jeudi 12 mars 2009

Noir Express : "Corses toujours" (C. C. X) par Alain Pecunia, Chapitre 17 (suite et fin)


Chapitre 17 (suite et fin)





Trois coups de feu, ça ne passe pas vraiment inaperçu en pleine nuit dans un hôpital, mais, grâce au sous-effectif chronique, la majorité du personnel soignant présent était largement occupée par les malades affolés.
Un des deux policiers en civil de garde se tenait à l’entrée du couloir du service, et l’autre, celui qui avait téléphoné, se tenait devant la porte de la chambre d’Élisa.
Jeanne Cavalier, elle, était tranquillement assise dans son fauteuil en plastique, le cabas sur les genoux. Attendant calmement la suite.
Jean Fernandi avait pas mal saigné du ventre, mais Cavalier et Bellou eurent surtout leur attention attirée par l’orifice de la balle au milieu du front. Ils se regardèrent sans avoir besoin de paroles pour se comprendre.
Ça ressemblait plus à une exécution qu’à de la légitime défense.
– Tant mieux ! conclut Bellou à qui ça donnait une idée.
Il se tourna vers le policier qui se tenait tout penaud devant la porte.
– Toi, tu me trouves une chambre vide.
Puis il demanda à Jeanne Collieri de réunir les affaires de sa nièce.
– On va la transférer dans une autre chambre, dit-il à Cavalier en guise d’explication.
Le policier parti à la recherche d’une chambre vide revint en s’excusant de n’en avoir pas trouvé. Mais il y avait un lit de libre dans une chambre de deux occupée par une vieille quasiment à l’agonie.
– Ça ira, fit le commissaire.
Pierre aida sa cousine à se mettre debout et Bellou vint à la rescousse pour la soutenir.
– On y va ! dit-il.
La surveillante de nuit survint à ce moment-là.
Le commissaire ne lui laissa pas le temps d’ouvrir la bouche.
– Il y a eu un règlement de comptes entre nationalistes et nous assurons la protection de notre témoin, dit-il avec autorité. Laissez-nous faire notre travail, s’il vous plaît.
– Ah ! fit la surveillante qui se hâta de se retirer.
Alors qu’ils s’engageaient dans le couloir, Bellou dit :
– Ici, dès que tu parles de règlement de comptes, t’es assuré de n’avoir aucun témoin. Tu verras, dès que la nouvelle va en courir dans l’hôpital, personne n’aura entendu de coups de feu. Généralement c’est chiant pour bosser, mais là c’est plutôt utile.
Ils installèrent la cousine dans sa nouvelle chambre.
Une infirmière se précipita même pour dresser un paravent entre les deux lits.
Au même moment, une explosion sourde se fit entendre.
– Ça, c’est du côté de la gare ferroviaire, commenta le commissaire.
Puis une autre quelques minutes plus tard.
– Là, c’est du côté du palais des congrès.
Il regarda sa montre.
– Ça nous laisse un bon quart d’heure.
Jeanne Collieri, Cavalier, Bellou et le policier se tenaient de part et d’autre du lit d’Élisa.
– Voilà le topo. Toi, dit-il en s’adressant au policer toujours aussi penaud, tu as entendu trois coups de feu et tu as vu un homme s’enfuir par le couloir. Ton collègue dira comme toi. Et il a intérêt, vu ? Vous (il s’adressait à Jeanne Collieri à présent), vous étiez chez vous. Vous n’étiez pas ici et vous n’êtes pas ici en ce moment. Compris ? fit-il d’un ton sans réplique.
La tante acquiesça d’un hochement de tête.
– Donc, pour résumer, je reste ici avec les deux abrutis (il parlait des deux policiers de surveillance) et j’explique à la PJ qu’un inconnu est venu abattre Jean Fernandi qui était recherché par mes services et qui devait se dissimuler dans l’hôpital.
– Mais il s’est fait buter dans la chambre d’Élisa ? objecta Cavalier.
– Pas de problème. Fernandi, poursuivi par son tueur qui l’avait débusqué sous son déguisement d’infirmier, est venu se réfugier dans cette chambre par hasard en tentant de lui échapper. L’autre l’a suivi et lui a tiré deux balles dans le ventre. Puis il l’a tranquillement achevé d’une balle au milieu du front. D’ailleurs, Élisa confirmera. Et, comme ça s’est produit, par le plus grand des hasards, dans la chambre d’un témoin sous la protection de mon service, mes hommes m’ont immédiatement appelé pour prendre les mesures nécessaires à la protection de ce témoin. Voilà, ça devrait aller.
Il consulta sa montre.
– Bon, Pierre, toi tu n’étais pas là non plus. Tu ramènes ta tante chez elle et on se voit plus tard. Je vous laisse cinq minutes et j’appelle les flics, dit-il en souriant. Avec les deux explosions qui les occupent, la permanence va m’envoyer ceux qui restent. Avec un peu de chance, ce sera les plus tocards et on leur déballera notre salade.
En sortant de la chambre avec sa tante, Cavalier entendit Bellou dire au policier :
– Toi et ton pote, vous avez intérêt à être à la hauteur, hein ! Sinon, je vous accuserai de vous faire sucer gratos par les putes d’Ajaccio et d’en recevoir des enveloppes. Dans le meilleur des cas, vous seriez mutés dans une banlieue parisienne pourrie qui vous ferait regretter le paradis corse. Vu ?… Alors va me le briefer pendant que j’appelle les collègues !



© Alain Pecunia, 2009.
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