samedi 17 novembre 2007

Noir Express : Tous les textes en téléchargement gratuit sur lulu.com

Sur mes dix textes disponibles en téléchargement au format PDF sur lulu.com, cinq étaient payants. Je les ai rendus gratuits car, de toute façon, on ne télécharge que ce qui est gratuit !
Tous les cinq sont des romans noirs et appartiennent à la suite "Flash noir" :
- Jeux d'enfants ;
- Louise ;
- La Fatwa ;
- Le Prix du meilleur scénario ;
- Fin de race.
Deux autres romans noirs seront bientôt disponibles (les derniers textes de la suite "Flash noir") :
- Vidange pour un maton ;
- Le Récidiviste.
Tous deux encore plus "noirs". Mais vous n'en aurez pas encore fini, car après, en 2008, il y aura toute la suite des "Chroniques croisées" dont Cheminements a publié deux titres (Un vague arrière-goût et Le Sanglot de Satan).
Avec ces "Chroniques", qui couvrent les années 2003 à 2005, on entrera peu à peu dans le politico-policier et les coups tordus des services qui débutent souvent par un simple crime ou dont un crime est l'aboutissement - mais avec pas mal de second degré et de dérision.
Normalement, un "bon" blog doit être activé chaque semaine, plus les forums de discussion, etc. Ce qui n'est pas toujours compatible avec l'écriture. Mais je promets de faire un "gros" effort par respect pour tous ceux qui se connectent régulièrement et qui me reprochent de ne pas être plus présent.

mercredi 17 octobre 2007

Noir Express : Un extrait de "Tous ensemble !" Brève chronique du Chantier n° 7, par Alain Pecunia

Avertissement de l’auteur


Ce récit est une œuvre de stricte fiction. Toute ressemblance avec des personnes physiques ou morales serait donc purement fortuite car il est évident que les acteurs – leur psychologie ainsi que leur comportement – et le cadre de cette « pochade » ne relèvent que des purs fantasmes malsains de l’auteur.


I
Je m’appelle Jean-Claude Rabollaud. Depuis huit ans, je suis le directeur du Chantier n° 7. Bien sûr, ce n’est pas son nom officiel, vous vous en doutez bien, mais, en tant que fonctionnaire, je me dois de respecter le devoir de réserve propre à mon statut. C’est tout simplement son nom de code officieux au sein des services du Premier ministre.
Cette dénomination remonte à il y a maintenant plus de vingt ans. Toutes les entreprises parapubliques et à statut particulier ont alors reçu, dans la perspective de leur restructuration et pour des raisons évidentes de discrétion, ce nom de « Chantier » auquel fut accolé un numéro d’ordre. Par exemple, le 1 pour l’Imprimerie nationale, le 2 pour la Documentation française, le 3 pour les Journaux officiels, le 4 la SEITA, et ainsi de suite.
Je vous accorde qu’une telle dénomination évoque plus une entreprise de l’ex-Union soviétique ou de l’un de ses satellites qu’un établissement de l’État français. « Chantier Lénine », « Chantier Aurore ». Ou un camp de travail.
N’y voyez pas pour autant une marque de l’esprit facétieux d’un quelconque haut fonctionnaire de l’époque mitterrandienne. C’est juste un hasard, peut-être regrettable, quoique, en l’occurrence, le Chantier n° 7, par bien des aspects, fasse songer à l’une de ces « usines à gaz » qui pullulaient dans l’ex-empire soviétique. Car, si l’État en assume la direction, il s’en remet à un syndicat unique pour ce qui concerne l’encadrement des employés y travaillant et l’organisation du travail.
À première vue, c’est surprenant et ce semble presque une aberration. Mais il s’agit plutôt d’un anachronisme. Ce partenariat État-syndicat a eu son utilité en des temps où les ouvriers – la « classe ouvrière », disait-on, que c’est loin ! –étaient turbulents, n’ayant pas encore subi les fourches caudines de la mondialisation. S’agissant d’une des entreprises les plus sensibles de l’État, ce partenariat a permis une continuité sans faille de la production en évitant tout mouvement d’humeur salarial. La recette fut simple. Le renoncement au droit de grève et l’acceptation d’une flexibilité du travail avant la lettre en échange d’un salaire élevé et d’une garantie à vie de l’emploi.
Un tel résultat n’eût pu être obtenu avec des fonctionnaires. Ils ne sont pas suffisamment flexibles. Ou alors il eût fallu confier la production à la gendarmerie.
Cela a d’ailleurs si bien fonctionné que, lors de l’invasion allemande de 1940, la production ne fut interrompue que quelques jours. Le temps de déménager l’ensemble des services du Chantier n° 7 à Vichy. C’est tout dire.
Mais ce type d’établissement parapublic à statut particulier finit toujours par être contaminé par la lourdeur et la pesanteur propres à notre administration. Elle se montre rétive à toute modernisation et son personnel finit par confondre garantie à vie de l’emploi avec immobilisme.
De toute façon, tous ces « Chantiers » sont condamnés par les règles de la concurrence prévalant au sein de l’Union européenne. L’État doit remettre leurs productions ne relevant pas stricto sensu de la mission de service public au secteur privé. Car il est bien vrai qu’il n’est pas dans le rôle de l’État de « gagner » de l’argent. Cela est peu régalien.
Le Chantier n° 7 est, de plus, un cas particulier. Durant vingt ans, il fut le seul Chantier à avoir vu son personnel augmenter à chaque phase d’informatisation.
Deux cents employés en 1980. La première phase de modernisation devait les ramener à quatre-vingts en trois ans. Ils furent quatre cents à l’échéance.
Ce qui se passe de commentaire.
Dix ans plus tard, deuxième phase. Cent de plus !
J’ai donc été nommé en 1996 pour les ramener à quatre-vingts.
Presque dix ans plus tard, j’en suis encore à trois cent cinquante et je n’ai plus que six mois devant moi pour remplir la mission qui m’a été confiée. Une mission impérative.
Avant d’être nommé directeur du Chantier n° 7, j’ai restructuré sans problèmes majeurs les Chantiers n° 1 et n° 5.
Ma méthode est des plus simples. D’abord, casser les règles du jeu établies au fil du temps au sein de l’entreprise concernée. Comme ces règles lui ont conféré un équilibre nécessaire à son bon fonctionnement, il ne faut guère attendre plus de six mois pour que les premiers dysfonctionnements apparaissent.
Ce qui n’a pas manqué de se produire au Chantier n° 7. Mais celui-ci me donne du fil à retordre et je me trouve face à une situation inédite.
Aucune de mes décisions – tel le retrait de la moitié de ses productions pour les sous-traiter en province, en Roumanie et jusqu’en Chine –, aucune des rumeurs que je fais circuler – licenciements secs, délocalisation en grande banlieue, informatisation de toute la production, suppression des primes –, n’a déclenché le moindre mouvement d’humeur de la part des employés. Ils sont d’une passivité absolue. De vrais veaux qui continuent de paître tranquillement dans leur pré sans même s’apercevoir que l’herbe s’y fait rare et que la Terre tourne.
Pourtant, j’ai fait tout ce qu’il fallait. Tendu des pièges subtils, soufflé le chaud et le froid. « Si nous n’atteignons pas nos objectifs, l’entreprise ne sera plus viable et il faudra en tirer les conséquences », « Ai-je parlé de licenciements secs ? Non, messieurs, mais trouvez des idées pour occuper les personnels. Je ne pourrai les payer à ne rien faire », « Vous êtes en sous-effectif pour assumer la production actuelle ? Vous me surprenez. D’après mes chiffres, vous êtes carrément en sureffectif. Mais nous pouvons en parler, si vous le souhaitez, bien sûr »…
Autant pisser dans un violon.
Moi, sans mouvement social, sans grève – condition sine qua non posée par Matignon qui ne veut pas liquider cette unité prestigieuse sans disposer d’un solide prétexte –, je ne peux engager la partie de bras de fer qui me permettrait de les liquider purement et simplement.
J’ai reçu carte blanche pour les pousser à la grève ou au sabotage des moyens de production, mais ils ne veulent pas faire grève et n’ont aucune envie de saboter quoi que ce soit !
Bien sûr, je vais continuer de leur retirer des productions au prétexte des directives européennes relatives à la concurrence, de les pousser à bout. Pourtant, je crains que ce ne soit en vain. Malgré toutes mes provocations, leur syndicat lui-même ne réagit pas et la direction technique élue par les employés eux-mêmes – autre particularité du Chantier n° 7, avec l’élection des cadres par le personnel, qui, elle, est une pure aberration – est aux abonnés absents.
J’ai l’impression de donner des coups d’épée dans l’eau.
C’est pour toutes ces raisons que j’ai été amené à frapper un grand coup.
Traditionnellement, tous les directeur et sous-directeurs du Chantier n° 7 sont issus de la fonction publique. Matignon a donc tout d’abord rechigné, avant d’admettre le bien-fondé de ma demande, lorsque j’ai proposé de recruter un directeur adjoint non fonctionnaire ayant fait ses preuves de liquidateur dans le privé.
Mais je ne proposais pas n’importe qui. Hyacinthe Boulon est la terreur du personnel des entreprises dans lesquelles il débarque. Sous ses airs patelins, c’est un provocateur-né.
Rien que l’annonce de sa nomination en tant que directeur adjoint en charge de la restructuration devrait me réveiller mes veaux.


© Alain Pecunia, 2007.Tous droits réservés.

Noir Express : Un récit délirant, "Tous ensemble" Brève chronique du Chantier n° 7, par Alain Pecunia, à télécharger gratuitement

Pour une fois je change de registre pour vous inviter à découvrir "Tous ensemble !" Brève chronique du Chantier n° 7, un récit loufoque et déjanté. Mais je vous promets de ne pas y revenir...



Les services du Premier ministre l’ont exigé : les employés du Chantier n° 7, entreprise relevant de son autorité, doivent se plier à une restructuration drastique sous la poigne de son directeur, le haut fonctionnaire Jean-Claude Rabollaud, secondé dans cette tâche par le redoutable Hyacinthe Boulon, surnommé le « liquidateur ».
Ces derniers ont reçu carte blanche : tous les coups sont permis pour provoquer un bras de fer avec les personnels, prétexte au coup de grâce.
Les employés sauront-ils déjouer les pièges du directeur Rabollaud ou succomberont-ils à leur désunion ?
« Tous ensemble ! » est la chronique de ce suspense.
Mais quiconque serait bien en peine d’identifier la prestigieuse unité de production dissimulée sous le nom de code : « Chantier n° 7 » puisque tout ceci ne relève que d’une folle imagination…


L'adresse de ma vitrine pour télécharger gratuitement sur lulu.com : http://stores.lulu.com/pecunia

mercredi 10 octobre 2007

Noir Express : Un extrait de "Entomologie II"

La tartine de moutarde

HISTOIRE VRAIE

À Élise

Au fond de ma prison
Une petite fille
Surgit de mon enfance


Souillonne
Sur le pas de sa masure
Tout le jour seule
Aux grands cheveux d’or
Et les yeux clos


Au fond de ma prison
Une fillette
Me sourit
De ses grands yeux pers
Je lui dis bonjour
Elle hoche la tête


Au fond de ma prison
Une sauvageonne
Me tend la main
Et m’apprivoise
M’entraînant dans sa cuisine
Salle à coucher
Sans un mot
De ses lèvres muettes


Au fond de ma prison
Je me souviens
Qu’elle m’offrit
Une large tartine de moutarde
Et je revins souvent
Dans la masure
Au quatre heures
Pour ce goûter de la misère
Et de la tendresse


Au fond de ma prison
Les larmes me viennent aux yeux
De t’avoir enfouie si long temps
Petite fille aux yeux pers
Et aux longs cheveux d’or
Au fond de ma prison
Je t’écris pour te dire
Combien il m’était cher
Ce goûter



Un jour
Je passai sans m’arrêter
Tu te retournas
Sans poser de questions
Car dans ta vie de misère
Tu n’en posais aucune
De tes grandes lèvres muettes


Au fond de ma prison
Je t’écris pour te dire
Combien elles étaient douces
Tes tartines de moutarde
Et que j’étais sot à six ans


Que tu sois geôlière
Ou princesse
Vivante ou morte
Après un si long temps
Au fond de ma prison
Ma main cherche la tienne
Pour t’inviter à courir
Au grand soleil
© Alain Pecunia, 2007.Tous droits réservés.

Noir Express : "Entomologie (II) Poèmes et chansons du siècle passé" par Alain Pecunia en téléchargement gratuit

Après Entomoloogie (I) Poèmes du siècle passé, voici Entomologie (II) Poèmes et chansons du siècle passé que vous pouvez télécharger gratuitement en format PDF sur lulu.com.

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mardi 18 septembre 2007

Noir Express : Salon du livre de Beaumesnil, Alain Pecunia

Le dimanche 23 septembre se tiendra le salon du livre de Beaumesnil (Eure), de 11 heures à 18 heures, au château de Beaumesnil précisément.
J'y dédicacerai mes bouquins en compagnie d'autres auteurs.
Le salon est organisé par l'association Artsetlettres.
Alors, si vous vous trouvez dans les parages, soyez les bienvenus.
Il fera beau, le parc est charmant et le château reste visitable durant le salon...

lundi 10 septembre 2007

Noir Express : Nouvel extrait de "La petite fille sans nom" par Alain Pecunia

Ce nouvel extrait est constitué par le poème final qui clôt le conte.
Ce poème a eu une histoire singulière car, une amie dramaturge l'ayant lu dans une MJC, il fit le tour de celles-ci au début des années 1980 de façon anonyme, ce qui est un beau succès pour un poème.
Etait-il mérité et le mériterait-il toujours ?

Ô rêve
Etoile qui jalonne ma route
Où je vais titubant
Tantôt te perdant
Tantôt te redécouvrant au détour
Sans cesse me relevant
Mon visage tourné vers toi
Où me mènes-tu
Croyant suivre ma propre route
En cheminant dans ta direction
N’es-tu que chimère
Ou ne suis-je qu’insensé
Me troubles-tu
Ou m’aveuglé-je seul
Puisque mille et mille barrières
Se dressent vertigineux à-pics
Me faisant traverser mille et mille traverses
Chaque fois croyant m’approcher
Chaque fois m’éloignant
Et pourtant cheminant après toi
Rêve étoilé
Pays des rêves
Où nul jamais ne titube
Ni ne s’égare ni ne doute
Où quiconque se tient face aux cieux
Sans terreur aucune
Ni ne plie l’échine
Où nul ne saurait blesser
Ni être blessé
Où quelque enfant ne saurait désespérer
Ni son visage se plisser
Où toute joie ne serait que pur cristal
Et larme rosée des prés à la vêprée



Ô mon pays des rêves
Pour lequel je vais titubant
Sous les frimas et les rafales
Tanguant sur les plaines
Me desséchant dans les déserts
Frissonnant dans l’obscur des forêts
Me désaltérant tantôt au mille sources de la vie
Puis tombant en désespérants vertiges
Mon doux pays
Terre promise de ma tribu
Plainte gémissante d’espoir
Espérance sans cesse rejetée
Vers laquelle je chemine en sa compagnie
Existes-tu
Chimère tu es
Insensé suis-je
Folle la tribu de tant de douleur et d’espérance



Et pourtant tu es en vérité
Puisque des hommes
Se dressant et marchant
Te veulent et te fondent
Par la force même de leur rêve
Et grande est ma tribu
Et royal ce chemin
Puisqu’ils savent avoir foi en eux
Et ô mon doux rêve
Jamais je ne pourrai me désespérer un long temps
Tant qu’un homme saura se dresser face aux cieux
Droit et fier
Par le seul fait de n’être qu’un homme
Et de savoir l’être
Car sans cesse les hommes sauront se relever
Reprenant ton chemin
Pays des rêves
Autant qu’un seul d’entre eux
Se souviendra que le bonheur est d’ici-bas
Que la justice est ici et maintenant
Qu’un cœur ne peut être encagé
Que l’esprit vole par-delà les montagnes
Que quiconque est une personne
Que tout être appelle en soi la dignité et le respect
Car les puissants n’ont de puissance
Qu’en leurs tromperies et violences
En notre ignorance et aveuglement
Les États et les royaumes se fondent sur le mépris et
l’arrogance
Quiconque opprime et domine est hors la loi
La liberté sans cesse sera à conquérir
L’égalité et la dignité à défendre pied à pied
Et que lorsque le pays des rêves sera atteint
Toute tribu oubliant cette loi retomberait en esclavage



Et pour cela le chemin est à poursuivre
Ne serait-ce que pour toi
Petite fille blottie contre mon épaule
Cœur résonnant contre le mien
Corps fiévreux et plein de sève
Innocence dont le nom est vie
Écoutant
Tantôt avec joie
Tantôt avec effroi
L’histoire que je vais te contant
Pour que tu oublies ta faim et tes frayeurs
À la poursuite de ce pays des rêves où je te mène
Toi, moi et notre tribu

© Alain Pecunia, 2007.
Tous droits réservés.

Noir Express : Extrait de "La petite fille sans nom" par Alain Pecunia

Cet extrait, un "mini-conte" à l'intérieur du conte, est une "trace" que la pièce de Federico Garcia Lorca El maleficio de la mariposa a laissée en moi lorsque je dévorais avidement tout son théâtre dans ma cellule de la prison de Madrid.
…Invente-moi une histoire… Je n’en sais plus, petite fille sans nom… Si, si, encore une, s’il te plaît… Saurai-je encore inventer une seule histoire ?… Encore une… Même si c’est une histoire triste, petite fille aux grands yeux noirs ?… C’est toujours une histoire. Les histoires tristes pour les grandes personnes ne sont pas toujours tristes pour les petits enfants… Alors, écoute bien, ma petite fille. Et ne t’endors pas pour cette histoire-ci… Il était une fois, il y a très, très longtemps, une terre peuplée uniquement d’escargots… C’est pas possible… Dans les histoires, tout est toujours possible. Donc, cette terre était peuplée uniquement d’escargots, de toutes tailles et de toutes couleurs. Les plus nombreux n’étaient pas très beaux, ils étaient tout petits et tout gris, tout gris comme un mauvais ciel de pluie. Ils étaient les plus nombreux et les mieux organisés. Ils vivaient sans histoire… Il n’y avait pas de petits enfants ?… Si, il y avait des petits enfants escargots… Les gros escargots devaient les écraser alors ; s’ils étaient tout petits et tout gris, ils ne devaient pas les voir… Oui, ça devait arriver… Mais c’était pas de leur faute s’ils ne les voyaient pas ?… Non, ce n’était pas de leur faute. Donc, un jour, sur cette terre où ne vivaient que des escargots, apparut une jolie libellule qui dansait au-dessus des herbes et virevoltait autour des arbres. Tout occupé qu’il était à ses propres affaires, le peuple des escargots n’y prêtait guère attention. Qu’avait-il à faire, d’ailleurs, d’une libellule ? Et puis, lui qui était tout gris, il était un peu jaloux de ses belles teintes vertes et rouges. Mais un jeune escargot dressait ses cornes et levait sans cesse la tête quand elle venait à passer au-dessus de lui. Il la trouvait très belle. Bientôt il se mit à l’attendre. Parfois elle volait tout le jour au-dessus de lui. D’autres fois, il l’attendait longtemps et même plusieurs jours. Le petit escargot était donc tantôt très heureux et tantôt très malheureux. Il en vint même à ne plus se mêler aux jeux des autres petits escargots, il délaissait ses amis et prenait à peine le temps de manger. On le traitait de sot et de fou. Avait-on jamais vu un escargot amoureux d’une libellule ! Avait-on idée de ne pas vivre tout simplement comme devait vivre un petit escargot gris depuis qu’il y avait un peuple d’escargots ! L’herbe était tendre et il y avait même de très bonnes salades sauvages…Un jour, le petit escargot eut idée de monter au plus grand arbre pour mieux attendre sa jolie libellule. Elle fut toute surprise de le trouver là. Elle lui demanda ce qu’il faisait, lui, petit escargot, en haut d’un arbre. « Je vous attendais », lui dit-il timidement. « Moi ? » fit-elle tout étonnée et amusée à la fois. « Oui, parce que vous êtes très belle. » La libellule eut un petit rire et dit : « C’est vrai, que je suis très belle ? » Personne ne le lui avait jamais dit et elle était très heureuse, mais elle ne le montra pas trop. « Moi, je suis tout gris », dit tristement le petit escargot. « Mais tu es très gentil, lui répondit la libellule. Veux-tu être mon ami ? Je n’ai pas d’amis, et la vie est bien triste sans amis », dit-elle, elle aussi avec tristesse. « Oh oui ! je serai votre ami le plus fidèle », déclara le petit escargot tout heureux. Et le petit escargot gris prit l’habitude de monter à son arbre et d’y attendre son amie qui venait le plus souvent possible. Parfois ils se parlaient tout le jour. D’autres fois ils se taisaient tout le jour. « Ce n’est vraiment pas là chose sérieuse », commentait le peuple des escargots. « Quel fou ! » ajoutaient certains. Les parents escargots commençaient de s’inquiéter ; beaucoup de jeunes escargots dressaient leurs cornes et levaient la tête pour chercher eux aussi une jolie libellule qui deviendrait leur amie. Certains montaient même aux arbres pour attendre. Ils travaillaient moins et rêvaient beaucoup. « L’escargot doit vivre sa vie d’escargot, disaient les vieux escargots. Cessez de rêver et travaillez ! » Mais les jeunes escargots les écoutaient de moins en moins. Et même quelques vieux escargots se demandaient si, après tout, ils avaient jamais vraiment été heureux de leur vie d’escargots gris. Peut-être qu’une autre vie plus heureuse existait. Et ils écoutaient les rêves des jeunes escargots qui leur rappelaient d’anciens rêves. Le conseil des vieux escargots décida qu’une telle situation ne pouvait s’éterniser, il fallait y mettre fin sans plus attendre. Si chacun se mettait à rêver, ce serait le désordre, qui était déjà grand à leurs yeux, et les lois qui empêchaient de rêver seraient bafouées ! Ils décidèrent d’agir promptement. Un soir que le petit escargot gris descendait de son arbre fort tard, tout heureux de ces mille et une étoiles qui enluminaient le ciel et prolongeaient son rêve, ils firent rouler sur lui une grosse pierre qui l’écrasa. Les vieux escargots dirent qu’un gros escargot avait dû écraser le petit escargot gris. « Quelle idée de rentrer si tard ! Voilà où conduisent les rêves insensés. » La jolie libellule revint le matin suivant, puis un autre jour encore, et un autre jour. Elle cherchait son ami et ne le trouvait point. Un soir, toute triste, elle partit et décida de quitter cette terre des escargots. « Vous voyez bien, dirent les vieux escargots, il n’y a plus de libellule, ce n’était qu’un rêve ! » Et tout rentra dans l’ordre des vieux escargots. Mais le soleil avait de plus en plus de mal à se lever. Un jour, il ne se leva plus du tout, la lune tomba et la terre des escargots se mit à tourbillonner sur elle-même comme une toupie. Ailleurs, sur une autre Terre, on remarqua qu’une étoile avait disparu du ciel. Mais c’est là chose qui arrive… Ils étaient méchants, les vieux escargots… Non, petite fille, ils étaient surtout très bêtes. Ils avaient toujours eu peur de leurs rêves…


© Alain Pecunia, 2007.
Tous droits réservés.

Noir Express : Extrait (Introduction) de "La petite fille sans nom" par Alain Pecunia

Depuis combien de temps les tribus errent-elles, de colline en colline, de vallée en vallée, de désert en désert, de montagne en montagne, de fleuve en fleuve… ? Combien de générations se sont-elles succédé telles les vagues des océans, parcourant les vastitudes, battant et piétinant inlassablement aux portes de la vie, puis retombant, une à une, recouvertes par les suivantes – limon fertile – depuis l’aube des temps ? De cité perdue en cité céleste, de royaumes en nations, d’États en empires, les tribus se sont donné des lois, ont édifié, à leur gloire, des temples, ont adoré des dieux ou des idoles, se sont prosternées devant les puissants, se sont tues ou révoltées devant le glaive, s’entr’étripant sous tous prétextes, sous tous les masques possibles – pour s’assurer la nourriture, le territoire, conquérir la puissance, la gloire, ou fonder la justice, semant la haine, le désespoir et la misère, quelques fois une lueur d’espérance, sans cesse des tribus renaissant les hordes barbares, sans cesse la destruction et la mort – et sans cesse le rêve rejaillissant de la source que l’on croyait tarie sur cette terre brûlée habitée par les hommes.
Et tous ces hommes, pourtant, n’ont tenté tout simplement qu’une chose, à la fois la plus majestueuse et la plus malaisée : vivre. – Et les tribus.
Aujourd’hui je suis moi-même le membre errant d’une tribu errante. Et ma tribu est – tout autant – une tribu de ces passés ou de l’avenir. Et moi, homme de chair du présent, un de ces hommes d’hier ou de demain, semblant infiniment perdu parmi ces myriades d’êtres étranges tantôt faibles et tantôt grands, s’affermissant sur deux membres face aux cieux – termitière sans fin creusant ses galeries à travers les méandres des âges pour les uns, symphonie à nulle autre comparable de la vie pour d’autres dont j’ai essayé d’être ; individu émergeant du commencement des temps pour sombrer presque aussitôt, bientôt, dans cet espace qui n’aura de fin que celle du dernier des représentants de mon espèce, comme la fourmi sera fourmi tant qu’une seule fourmi cheminera cahin-caha, portant l’espoir de son espèce ; recouvert par ce long mugissement des océans, disparaissant chaque jour un peu plus, et irrémédiablement, dans cet incommensurable cortège s’effilochant dans la longue légende des siècles ; devenant, confondu avec mes semblables, à la fois l’acteur aux multiples corps et âmes et la matière de cette légende.
Mais avant de retourner d’où il vient, de prendre sa place dans cette cohorte légendaire, chaque membre de ce cortège sans fin, quelle que soit sa tribu et quel que soit le temps de celle-ci, a un devoir sacré, qu’il ne peut éluder sans peine de se damner – car il est autant sinon plus un devoir envers soi-même qu’envers autrui. Celui de dire ce qu’il sait, en vérité. Sans plus. À la mesure de ses moyens.
Devoir que je veux remplir à cette heure, car, malgré tout, bien que sans cesse devant remonter la pente où mon rocher me fait rouler, quels que soient les crimes des uns et grâce aux amours des autres, je tire fierté d’avoir appartenu à cette singulière espèce dont les individus savent parfois défier les cieux et chasser les ténèbres pour dévoiler leur soleil – Titans des légendes venus un jour sur cette Terre et y restant définitivement, volontairement, jusqu’au dernier d’entre eux.
Ce devoir ultime, je le dois autant à ceux qui ont passé ici depuis l’aube de nos temps, comme à ceux des temps à venir, qu’à moi-même.


C’est la Loi de l’espèce humaine :
« Toi qui es venu à la vie, qui as essayé de vivre, dis ce que tu sais.
« Ceux qui t’ont précédé t’ont transmis ce qu’ils savaient et t’ont aidé à trouver ton chemin.
« Car il ne saurait y avoir de plus noble tâche que d’apprendre à vivre, de transmettre le rêve de l’homme, dans la désespérance ou la folie enseigner l’espoir et l’amour. Dans le combat, chaque jour recommencé, de l’intelligence du cœur et de l’esprit contre l’ignorance et l’injustice. »


© Alain Pecunia, 2007.
Tous droits réservés.

Noir Express : "La petite fille sans nom - Légende de ma tribu", conte philosophique par Alain Pecunia

Pour ce retour de vacances, voici un texte particulier téléchargeable gratuitement sur lulu.com.
Ce conte philosophique ou humaniste est particulièrement destiné aux adolescents ou aux adultes ayant su sauvegarder l'esprit d'enfance qui était en eux.
Pour le résumer, je reprendrai ces propos d'un haut dignitaire maya du VIIe siècle, que l'ethnologue Jacques Soustelle avait mis en exergue à son célèbre ouvrage "Les Quatre Soleils" (de mémoire !), publié dans la collection "Terres humaines" chez Plon (toujours de mémoire !) :

Il ne s'agit pas de rassurer les faibles, il s'agit d'en faire des forts, parce que l'esprit est lutte et conquête, parce que nous ne sommes pas dans un monde de bijoutiers mais de forgerons.

L'adresse de ma vitrine sur lulu.com : http://stores.lulu.com/pecunia

samedi 7 juillet 2007

Noir Express par Alain Pecunia : Retour en arrière (3)


Variations sur un autoportrait "imaginaire" (1980)


Qu’importe mon nom ? Je suis moi. Cela me suffit.
Je me vis à volonté tout autant dans le paillasse de la commedia dellarte que dans un prince d’une tragédie shakespearienne revue par Machiavel. C’est ma fierté. Aucune commune concession ne m’est possible. Ni rôle intermédiaire.
Je me suis toujours exclu de la horde. Je n’appartiens qu’à moi-même. Telle la vie – en son être et jaillissement – pour le seul plaisir de celui-ci.
Si vous demandiez à brûle-pourpoint : « Mais, à part vous-même, que respectez-vous donc, qui ou quoi pouvez-vous aimer ? », une seule réponse m’est possible – une réponse qui est le tic-tac de mon horloge : la vie !
Dans son exubérance et sa sagesse, sa folie et sa cruauté, sa tendresse et toutes ses trahisons, ses amours et ses noirceurs.
Et les choses ? Elles sont ce qu’elles sont. Et les êtres ? Ce qu’ils peuvent être. Mais je me plais à rajouter : « ce qu’ils veulent être ». Le « peuvent », à lui seul, me ferait accepter la complaisance des humains à leur égard, cette propension à l’indulgence qu’ils éprouvent si souvent vis-à-vis d’eux-mêmes, et, curieusement, si rarement vis-à-vis d’autrui.
Les pleurs de l’enfant désespéré par l’absence de son ami imaginaire m’émeuvent au plus profond. Mais je reste impassible devant les adultes larmoyants. Je me fais alors clinicien sans émoi ni jugement d’aucune sorte.
Je ne juge pas.
J’accepte ou je n’accepte pas.
Ce que j’accepte : la vie. Ce que je refuse de toutes mes forces : ce qui va à son encontre, qui l’étouffe, la mutile ou la sclérose.
Ce qui me pèse le plus : l’obligation de côtoyer la bêtise.
Dans le monde animal, sans être zoologue, il me semble que les choses se présentent plus simplement que dans une société humaine : qui supposerait qu’un animal stupide puisse survivre ?
Défaut de raisonnement : l’animal rusé survit et n’est pas le plus intelligent.
Objection : la ruse animale est intelligence. Tandis que la ruse humaine peut être d’une bêtise incommensurable – et la bêtise, que de facettes, de nuances et de degrés !
À ce point-là, on pourrait penser que j’ai de moi-même une opinion exagérée. Que je me trouve bien important et supérieur à mes yeux.
Important, certes. La vie est importante. Et ma vie est la chose qui m’importe le plus.
Je n’en ai qu’une, je suis mortel. Et, à mi-cours de mon expérience de vie, je n’en connais que plus le prix – et sa valeur.
Personne ne peut vivre ma vie. Elle m’appartient. J’ai parfois supporté (et je supporte encore) des ingérences dans celle-ci – mais cela n’est qu’extérieur même si j’en éprouve de la gêne. Au plus profond de moi-même, jamais je n’ai accepté une ingérence.
Ce qui, en revanche, demeurera toujours une interrogation – c’est le fait que la grande majorité, l’immense majorité des êtres ne s’aiment pas eux-mêmes avant tout. Qu’ils n’aient pas un amour passionné – et qui ne sera jamais suffisamment exagéré – d’eux-mêmes. Qu’ils ne soient pas importants à leur propre regard.
Si cela était le cas, ils ne seraient pas malheureux et épargneraient à autrui leurs misères. N’ayant pas gâché leur vie, ils ne chercheraient pas à gâcher celle des autres. Ne désespérant pas d’eux-mêmes, ils ne chercheraient pas à entraîner autrui dans leur abîme.
Pour mieux préciser mon opinion, je dirai que l’homme – lâchement –, par perversion de son instinct de vivre, organise socialement son suicide. Il lui faut entraîner son voisin dans sa lente agonie. Il lui faut modeler son enfant à son image. Cela le rassure, l’empêche de se tourmenter. Cette « solidarité » sociale particulière, cet amour filial des plus morbides est ma stupéfaction.
L’homme organise sa vie pour mourir à petit feu.
Plutôt que de mourir de vivre.
Serais-je agressif, grimaçant et vociférant ?
Non, cela me donnerait une mauvaise image de moi-même, et vous avez déjà compris que rien ne m’était plus important que ma propre estime.
Orgueilleux ? Oh oui !
Je suis, en surface, plutôt souriant, affable et diplomate.
Tant, bien évidemment, que l’on ne prétend pas à l’ingérence. À ce point, je suis capable de manifester une cruauté implacable – question de survie. Et, là encore, que ne pourrais-je délayer : si vous prétendez échapper à une relation avec votre voisin parce que celle-ci vous étouffe, donc par survie, celui-là même qui vous étouffe vous taxera vite d’égoïsme de ne vouloir vous laisser étouffer… Mais ils sont si nombreux à vouloir vous étouffer d’une façon ou d’une autre que, socialement, ils peuvent vous juger cruel.
Et alors, qu’importe ce que l’on peut penser de vous si vous ne vivez pas – qui plus est, sans porter tort à quiconque – pour ces malades d’eux-mêmes !
Ce sont d’ailleurs ces mêmes sots qui me reprochent d’être diplomate à leur égard. Ils me souhaiteraient agressifs et sautant à pied joint dans leur jeu insensé ! Que je représentasse la même triste tragi-comédie !
Devant leurs insanités et leur vie, je souris. S’ils se prennent de querelle pour savoir s’il est midi trente-deux ou midi trente-trois – et de plus me prennent à témoin –, eh bien, je souris benoîtement mais ne me prononce pas. Au moins puis-je pendant le temps qu’ils en débattent penser à autre chose.
Eh oui, vous l’avez également deviné : je suis égoïste. Et même un monstre d’égoïsme – je dis bien un monstre – aux yeux de ceux pour qui passion des dixièmes de seconde égale passion de la vie.
J’aime la vie de façon monstrueuse.
Et je crois que je puis être monstrueux. Parfois cruel. Ces mots ne me font pas peur. La vie telle qu’elle est non plus. Cela me semble cohérent, et l’être est également important à mon propre regard. Mais mon image de marque n’est que pour moi-même. Je me cisèle œuvre d’art pour mon propre usage – et que la vie pourrait être agréable si chacun entreprenait cette tâche...
La cruauté de la vie – ce que nous jugeons tel –, je l’accepte, au même titre que sa beauté ou sa bonté. Quand elle se manifeste à notre égard, je la regarde, je la contemple. J’ai toujours su que je devais apprendre à l’admettre comme faisant partie de la vie. Accepter la vie, c’est l’accepter tout entière – la mort y compris qu’elle contient en son essence.
Mais la cruauté des hommes – jamais ! Celle-ci est encore une perversion humaine. Nulle nécessité n’y pousse l’homme.
Serais-je un être bon pour autant ?
Non, je ne le crois pas. Je suis, je vis. Je n’aime pas que l’on me nuise et je n’ai aucune envie de nuire à quiconque.
Pourtant, dans l’élan de la vie, j’ai dû nuire, d’autres ont dû me percevoir comme une nuisance, peut-être douloureuse, à leur égard.
Je n’en demande pas pardon.
Si, dans mon élan vital, j’ai bousculé autrui, c’est aussi la vie. Et, si autrui m’a bousculé, je l’ai accepté également.
Cela n’a rien à voir avec la cruauté ou la méchanceté organisée, établie en stratégie, en règle de conduite.
Nuire volontairement aux autres m’est étranger.
J’aime mon espèce. Ne pas aimer son espèce, ne pas se reconnaître en les autres soi-mêmes, comme ne pas aimer la vie, me semble être une maladie – fort répandue à travers l’histoire et dans le temps et me paraissant bien plus dangereuse que la peste et le choléra réunis.
Je ne souhaite pas pour autant que l’éducation, pour y remédier, annihile le jaillissement de la vie, standardise la médiocrité, ni que la science vienne à la rescousse pour en châtrer la « mauvaise part », telles les religions.
Il ne s’agit pas de conforter les forts ou de rassurer les faibles : mais d’apprendre à chacun à devenir fort – à devenir maître de lui-même et à trouver sa plus grande jouissance dans la joie de cette possession-là qui rend toute autre convoitise dérisoire.
Que serait une société où le but de l’éducation serait cet apprentissage de la possession de soi-même et des moyens de sauvegarde de cette possession ?
Alors que l’on apprend avant toutes choses la méfiance de l’autre : « Je veux que mon enfant sache se défendre, qu’il ne se laisse pas avoir… Je veux que mon fils soit le meilleur, un gagnant. Tout le monde ne peut pas arriver mais, lui, je veux qu’il ait sa chance… Les hommes sont ce qu’ils sont, idem pour la société, il faut faire son trou contre les autres… »
Petit, apprends à voir dans l’autre ton ennemi – sauf tes bons parents et peut-être quelques personnes au cours de la vie – celles qui peuvent t’être utiles !
Quel principe de vie exaltant !
Possède plus que l’autre, jouis plus que lui des biens de la vie, assure ton existence sur de solides bases, sois économe, essaie d’avoir du bien…
Posséder quoi, qui ? Au moment de la mort, toute possession qui n’est pas en soi n’est-elle pas dérisoire ?
Celui qui n’a pas joui de sa propre vie, de quel bien a-t-il pu jouir ?
Les bases de leur existence sont aussi assurées que celles d’un caveau de famille – mais ça sent le macchabée à tous les étages et l’on y est plutôt à l’étroit.
Sers-toi des autres si tu ne veux pas qu’ils se servent de toi ! Le même principe formulé autrement. On utilise son voisin comme une chose – et l’on devient chose soi-même. La beauté de la chose en moins. La vie en moins.
Je me méprise. Tu me méprises. Pendant ce temps, nous oublions que nous nous méprisons avant tout nous-mêmes. Nous n’avons pas le temps de nous rendre compte que le premier principe de l’éducation que nous avons reçue est le mépris de soi. On ne doit pas s’aimer plus que de raison. Si un jour on peut être satisfait de soi-même, ce sera par ses « œuvres », et la société, reconnaissante, vous le fera alors savoir et vous permettra, mais alors seulement, de vous aimer un peu plus qu’il ne vous est permis…
Je pense souvent qu’une plante doit s’aimer d’être elle-même : c’est l’essence de la vie. Ne pas s’aimer, c’est la mort. C’est le vrai cancer de l’homme.
Chut ! Il ne faut pas parler de corde dans la maison d’un pendu. Il ne faut pas parler d’une autre vie possible. Ça foutrait tout en l’air. Il faudrait tout réorganiser. Nous les médecins sociaux, nous guérissons l’homme par plus de maladie, plus d’illusion.
A-t-on le droit de dire à un moribond qu’il va mourir ? – Il s’en rend compte. – Soit, mais cela le rassure que d’être détourné de sa mort.
Cela le rassure d’être détourné de sa mort – ou ne serait-ce pas : cela le rassure d’être détourné de cette vérité insoutenable : il a gâché son existence, il a vécu comme un mort-vivant privé dès son enfance de sa propre vie, le seul bien qui avait vraiment quelque importance que ce soit.
Pas de scandale !
La vérité doit être aseptisée. Sinon elle agresse, elle rend malheureux.
Si vous me retirez mon illusion de vie, monsieur, je me tue sur-le-champ !
Si Socrate avait écrit au lieu de dire, il n’aurait sûrement pas été condamné à mort pour avoir dit la vérité. L’écrire la rend moins scandaleuse, la vérité.
Nous sommes dans un monde où la maladie fait chantage à la santé.
Eh bien, tuez-vous sur-le-champ !
N’ayez crainte, les chances qu’il a de passer à l’acte sont très minimes.
Ce qui me révolte, c’est non pas qu’il vive avec cette illusion. Mais qu’il la propage, la diffuse. Que ce soit la logique de cette maladie-là que de se répandre en mille théories et discours afin de mieux satisfaire sa boulimie morbide.
Serais-je prompt à m’emporter ? Certes oui, mon fond est impulsif, hypersensibilité. Ce qui fait sourire tous mes amis, ceux qui me « connaissent ». Je ne suis rien que de plus équilibré, la force tranquille du percheron. Ils imaginent difficilement son fondement, qu’elle repose sur une mise en déséquilibre perpétuelle – qui, par la rapidité du réflexe de rééquilibrage, permet l’équilibre.
Je suis une surface calme dont les eaux profondes ne cessent de s’agiter et de tourbillonner.
J’ai travaillé sur moi-même. Les tendances profondes ne peuvent être détruites – et pourquoi donc ? Mais elles peuvent être maîtrisées, on peu modeler ce que l’on appelle sa personnalité. Permettre à tel trait de ressortir plutôt que tel autre. Enfouir ou utiliser différemment un troisième. Pour tendre à un comportement qui me satisfasse.
Si je n’ai jamais eu une seule vraie ambition dans ma vie – et elle a imprégné toute ma jeunesse, la petite et la grande – c’est bien celle-ci : devenir un homme. Car c’est un état que l’on n’acquiert pas par le simple fait d’appartenir de par sa naissance à l’espèce humaine. Le petit d’homme n’est qu’un « projet » d’homme.
J’ai peut-être été violent et emporté.
Pourquoi ne le suis-je plus ?
Parce qu’il faut se donner les moyens de sa fin.
Mes colères sont froides et livides. Et j’en veux à celui qui m’amène à un tel état où je vais sortir de moi-même, car, vraiment, il aura fallu qu’il insiste.
En règle générale, sur tout ce qui me paraît secondaire et accessoire, je suis prêt à toutes les concessions. À la limite, je n’en discuterai pas. Mais de ce qui constitue mon noyau fondamental, mon corps de principes – alors, attention ! il ne faut pas y toucher. Peut-être suis-je si transigeant dans l’accessoire pour être d’une intransigeance implacable, et quoi qu’il puisse m’en coûter, sur ce qui me paraît l’essentiel, le fondamental.
Pour cela, je pourrais me faire tuer. Sans être courageux pour autant. Car si je brave alors, ce n’est pas par choix à proprement parler, mais par nécessité vitale de tout mon être. À un certain point, transiger sur l’inacceptable serait encore une mort mille fois pire. (Ce qui est exagéré, bien entendu, une mort étant une mort, mais je me comprends – et me comprendre en premier lieu m’a toujours paru important – car s’y ajouterait le déshonneur.)
D’optimiste bouillonnant, je suis devenu, avec des expériences fondamentales, celles qui départagent un avant et un après, un optimiste froid, à la façon de Frazer, l’un des pères fondateurs de l’anthropologie.
Cet optimisme est, bien évidemment, lié à mon état vital, à mon amour de la vie. Et il ne m’a jamais quitté. (Sauf une fois, et j’y reviendrai.) Il va de pair avec une confiance d’enfant en la vie. Aussi loin que je puisse m’en souvenir, cette confiance a toujours été en moi. Un trait essentiel de mon caractère. La vie ne serait pas toujours rose mais elle ne m’apporterait que du bien. En aucune façon, enfant, je n’ai pu imaginer qu’elle puisse me décevoir. J’étais son élu et son privilégié – et, quoi qu’il puisse arriver, je retomberais sur mes pieds, de par sa grâce et sa magie consubstantielle.
Imprégné par mon père et mon grand-père paternel d’humanisme antique, je souhaitais, à la façon des Anciens, que la vie m’apporte des épreuves qui seraient autant d’occasions de me connaître, de me révéler à moi-même, de me dépasser pour devenir sans cesse plus moi-même, et quel nulle frayeur ne m’habite.
Je développai une mystique héroïque de la vie. La rencontre de Jean-Christophe de Romain Rolland ne fit que la conforter – et Jean-Christophe fut longtemps, jusqu’à ce que je devienne moi-même, le premier de mes compagnons.
Les biens invisibles sont les plus importants. Mon père me l’avait dit une fois, une seule fois. Et j’ai embrassé de tout mon être d’enfant cette certitude.
Mon regard d’enfant contemplant les grandes bouffes des adultes, leurs conversations combinardes, leurs visages tristes ou désabusés – sauf exceptions –, leur cupidité et ce besoin de posséder, savait d’emblée reconnaître son choix.
Bousculer ces mensonges et cette mesquinerie, aller vers la vraie vie, être un chevalier à la quête du Graal (et apprendre au fil de cette quête qu’il s’agit de son graal).
Je n’ai pas tergiversé un instant. Mais ce choix, enfant, je l’ai toujours dissimulé aux adultes que je côtoyais. Oh oui ! Enfants de toujours soyez des dissimulateurs de vos rêves les plus profonds. Les adultes ne peuvent les comprendre – ou rarement. Ils ne peuvent que vous ramener dans le droit chemin – qui se confond bien évidemment avec le leur.
Pourquoi cette méfiance instinctive vis-à-vis des adultes en général ?
Je ne sais. Je ne voulais pas leur ressembler, devenir comme eux. C’est-à-dire installés dans une vie qui n’est pas la vie tant elle est étriquée.
J’avais en moi une distance intérieure à leur égard, une lucidité « monstrueuse ». Mon être faisait la part de leurs paroles, de leurs actes – de mon bien et du leur.
Quand ils prétendaient, de façon générale, que ceci ou cela était bien pour la jeunesse, alors là, méfiance ! Prenons l’exemple des littératures enfantines. « À tel âge, lis cela. Ceci n’est pas de ton âge. » Ils ne m’on jamais fait lire leurs foutus bouquins pour la jeunesse. D’emblée, je comprenais qu’ils voulaient m’abêtir en me domestiquant, avoir prise sur mon univers, que ces lectures faisaient partie de l’éducation-dressage « pour mon bien » qui n’avait d’autre but que le leur : leur ressembler, devenir ce qu’ils étaient.
Je cours encore !
J’en profitais pour fouiller dans les bibliothèques à ma portée, cherchant mon miel.
Les adultes ne pouvaient m’amener à un point donné que si je reconnaissais qu’il était aussi le mien. Sinon, je dissimulais, mon apparence se rendait à ce point, mais tout mon être tendait vers son propre chemin.
Je n’en ai jamais souffert. Cela me semblait dans l’ordre des choses. Ma main était avant tout posée dans celle de Madame la Vie et par elle je me laissais guider.
Par là j’évitai aussi la religion. Ma mystique de la vie est toujours restée matérialiste. Pourtant mes grand-mères et arrière-grand-mère m’amenèrent plus ou moins régulièrement à la messe. Mais la notion de Dieu et de sa création du monde m’a toujours été étrangère. À aucun moment elle ne me tenta malgré toutes les explications. L’homme se suffisait à lui-même. Ou, plutôt, l’idée d’homme.
Par ailleurs, rien ne me paraissait plus indigne pour un homme que de devoir s’agenouiller ou se prosterner devant quoi que ce soit ou qui que ce fût. Quand je vis cela la première fois, j’en fus stupéfait.
Enfant, mon apparence suivait le mouvement général de l’église sous les pincements de ma grand-mère – mais la révolte était en mon cœur. Je ne supportais pas que l’on puisse s’humilier volontairement. Cela correspondait véritablement pour moi à abdiquer sa dignité d’homme.
Que les riches soient, en outre, au premier rang me paraissait contradictoire avec l’abc du christianisme. En un mot, on venait pour y paraître. Les gens bien – c’est-à-dire de biens – se devaient de fréquenter l’église le dimanche.
J’ai toujours refusé instinctivement ce qui cherchait à dominer l’homme – toute volonté qui voulait en subjuguer une autre.
Je n’ai jamais accepté non plus les cérémonials institutionnels.
Mais j’aime les églises anciennes, les cloîtres, tous ces lieux propres à la méditation, les vieilles pierres, quelles qu’elles soient, qui témoignent du passé – des hommes du passé.
Ma mystique de la vie était aussi une mystique de la fraternité humaine qui embrassait tous les temps.
Je vivais ma jeunesse dans un milieu privilégié, tout au moins protégé. Je ne comprenais pas que tous les enfants n’aient pas les mêmes conditions de vie que moi. Enfant, cela paraissait une limite à mon propre bonheur. Sur ce fait, les raisons des adultes étaient celles des adultes, c’est-à-dire sujettes à caution. Elles revenaient à dire que c’était la faute des pauvres s’ils étaient pauvres. Un tel n’est pas travailleur, tel autre est alcoolique, tel autre idiot, tel autre – et ainsi de suite. Les moins hypocrites, parmi les adultes, m’expliquaient que les sociétés étaient ainsi conçues : pour qu’il y ait des riches, il fallait qu’il y ait des pauvres – et, si les pauvres ne voulaient pas être pauvres, ils n’avaient qu’à travailler pour devenir riches, car, en travaillant beaucoup ou en étudiant très fort, tout le monde pouvait devenir riche. C.Q.F.D. Mais, moi, je n’admettais pas que, quoi qu’il en fût de toutes ces raisons, les enfants aient à pâtir de cette situation et n’aient pas tous droit aux mêmes conditions de développement.
Et c’est bien là le fondement de ma prise de conscience de l’injustice sociale et d’une autre qui dirigea ma jeunesse et mon adolescence : puisque j’étais privilégié, je devais me servir de mon privilège pour aider ceux qui en étaient privés. C’était très naïf : ce qui est pur et sans arrière-pensée, sans calcul mesquin et matériel.
Ma conscience enfantine refusait ce monde bourgeois, marchand – mercantile, plutôt –, étriqué dans sa vie et ses aspirations.
Mais ne vais-je pas me laisser piéger par ma propre histoire ? tomber dans le linéaire ?
Tout coule de source a posteriori. Telle que l’histoire est écrite égale qu’elle devait se dérouler ainsi. Alors qu’il est impossible d’en prévoir le déroulement en cours de route.
Tout aurait pu être différent.
Mais est-ce si sûr ?
Si quelqu’un pouvait être en possession de toutes les données, absolument toutes, même celles qui sont inconcevables par l’intelligence humaine : ne pourrait-on pas alors prévoir – et l’histoire ne s’écrirait-elle pas telle qu’elle doit s’écrire ?
Ce que nous envisageons comme champ d’intervention de la liberté humaine à certains moments ne recouvre-t-il pas une zone de déterminismes inconnus ? Et la liberté de l’homme sur son destin ne serait alors que la conséquence de son ignorance. Omniscient, l’homme n’aurait peut-être plus aucune liberté, puisque le choix serait lui-même annihilé : toute question n’ayant qu’une seule réponse.
J’aime examiner une chose, puis son contraire, puis le contraire de ce contraire enrichi de la connaissance intermédiaire – et sans cesse balancer.
J’aime la vérité vraie, au-delà de mes préjugés et sentiments. Et refuser l’enfermement de tout système.
Oui, refuser l’enfermement de tout ce qui jaillit et interroge – tous les conformismes, y compris celui de l’anticonformiste.
Refuser ce qui catalogue et étiquette la vie. Car c’est là le contraire de la vie.
Refuser tout ce qui est satisfait de soi, se renferme sur soi.
Refuser tout ce qui est superficiel, tout ce qui est préfabriqué en vue de donner illusion, en vue de mentir.


Il y a patience et patience. L’une qui est forme de résignation, l’autre qui est une impatience contenue et maîtrisée.
Ma patience est impatiente, car la roue tourne, que les jours s’écoulent, et que le sillon doit se tracer.


J’attends que surgisse un regard d’enfant, un visage de femme, une silhouette d’homme. Que leurs traits se précisent peu à peu, que leur démarche habite mon corps.
J’attends de me décomposer en mes personnages – à m’y perdre et à ne retrouver mon unité qu’en étant toutes leurs existences à la fois.
J’attends de franchir ce point de non-retour de l’autre côté du miroir.
Que tout ce et ceux que je sais me deviennent étrangers dans une curieuse décomposition et que de ce magma informe surgissent des vies nouvelles, imaginaires et plus réelles à la fois que les vraies.
J’attends d’avoir accompli mon œuvre d’anthropophage – que tous ceux que j’ai ingérés et digérés au cours de ma vie soient restitués à une autre vie.
Qu’après l’horrible le merveilleux s’accomplisse. Qu’après cet égoïsme succède cet altruisme.
J’attends d’être ignorant de moi-même et vierge de toute structure préconçue.
Et que dans ces visages à venir je ne puisse plus reconnaître les visages connus et aimés. Qu’à un trait de ces nouvelles vies, je me dise « tiens, il me fait penser à quelqu’un ». Mais cette évocation sera floue, subalterne à la nouvelle réalité.
L’alchimie de la création ! Quelle alchimie à la fois monstrueuse et enivrante…


© Alain Pecunia, 2007.
Tous droits réservés.

mardi 3 juillet 2007

Noir Express : "Le Prix du meilleur scénario", par Alain Pecunia

Le Prix du meilleur scénario est à présent disponible sur Feedbooks en téléchargement gratuit :
http://fr.feedbooks.com

Noir Express par Alain Pecunia : Retour en arrière (2)

Le recueil de poèmes Entomologie date du printemps 1979.En 1978, j’avais écrit La petite fille sans nom, conte philosophico-humaniste qui peut paraître « simple », mais qui est le fruit d’un long travail et d’un effort de « simplicité ».
Ensuite, profitant de mon heureux statut de célibataire récemment recouvré, je me suis plongé dans un processus d’écriture qui est resté à l’état d’ébauches diverses. Puis, en 1982, j’ai rencontré la femme de ma vie. J’ai immédiatement su que je devais choisir : l’amour (la vie à deux !) ou l’écriture.
Ma première Princesse charmante, je l’avais sacrifiée sur l’autel de mon militantisme révolutionnaire en 1964 (je devais être sans attache aucune !). Et je ne m’attendais pas à croiser une seconde fois un être d’exception. Alors, j’ai choisi l’amour sans la moindre hésitation, la vraie vie, celle qui m’a paru toujours supérieure.
Vingt ans plus tard, j’ai enfin accepté de répondre à l’appel de l’écriture alors que j’avais vécu la majeure partie de ma vie. Celle-ci n’ayant plus grand-chose à m’apprendre, je pouvais alors entrer en écriture comme on entre en religion – ou en révolution… Corps et âme (d’ailleurs Nadia y voit une rivale redoutable), en acceptant de devenir un être d’encre et de papier qui n’a guère de rapport avec le précédent. Mais je n’aurais pu franchir ce pas avant. Écrire n’a jamais été pour moi une façon de vivre par procuration. J’ai toujours voulu, ado, faire de ma vie un roman – ce en quoi elle a d’ailleurs dépassé toutes mes espérances ! Mais, à présent, je n’appartiens plus qu’à mon écriture et aucun événement – petit ou grand – ne pourrait m’en détourner.
C’est ma 3e vie…

© Alain Pecunia, 2007.
Tous droits réservés.

mardi 26 juin 2007

Noir Express par Alain Pecunia : Retour en arrière (1)

Pendant quarante années, j’ai accumulé des notes pour des ouvrages « sérieux ». Mon petit fil rouge était les rapports de pouvoir entre les hommes, la genèse de l’État, la constitution des Empires et les raisons de leur chute, les révoltes populaires à travers les âges et les causes de leur échec. A part l’Antiquité, mes périodes de prédilection sont la Révolution française et l’Empire, la révolution mexicaine et la guerre civile espagnole. Précisément, je m’apprêtais à me plonger dans la rédaction d’une étude sur l’aspect militaire de cette dernière lorsque le « polar » m’est tombé dessus.
Jusqu’alors, mes rapports avec le roman noir à la française relevaient du pur divertissement pendant les vacances depuis seulement une dizaine d’années. Une sorte de soupape après m’être « farci » des choses sérieuses. En 1986, j’en avais écrit un qui tournait autour du terrorisme d’État mais il était fort mal ficelé. Je l’avais rédigé avec un plan et une bible de personnages. En 1989, j’en avais débuté un autre, cette fois-ci en écriture automatique et qui tournait autour des milices patronales. Hélas, dans la nuit, mon chat en griffa le manuscrit avec acharnement et délectation. Ce que je ne regrettai pas car je me sentais incapable de poursuivre au-delà d’une trentaine de pages en me « lâchant » (En 2003, j’en ai récupéré le premier chapitre et le personnage du gros beauf qui m’ont permis d’écrire National, toujours !, qui sera publié par Cheminements ou que je mettrai en ligne sur lulu.com.)
Ensuite, en juillet-août 2001, pour me distraire durant les vacances, je me suis amusé à écrire une histoire avec un personnage de flic sympathique, anticonformiste et bien typé. Sur un grand cahier, et c’est d’ailleurs la dernière fois que je me servais de ce support. Il s’agit d’Un été pourri que je mettrai en téléchargement gratuit sur lulu.com en juillet.
Je lui avais envisagé une suite, puis je suis retourné à mes tâches « sérieuses » et je l’ai carrément oublié.
Ce n’est qu’après avoir écrit une dizaine de mes « Chroniques croisées » (publiées chez Cheminement) que je m’en suis souvenu. Comme quoi il n’y a jamais de hasard même dans un processus créateur.
Donc, en avril 2003, alors que je rentrais très consciencieusement sur mon ordinateur mes dernières notes sur Byzance, un différend familial des plus inopportuns me fit voir rouge. Pour me défouler, je décidai de l’écrire sous forme de polar et, miraculeusement, alors que j’imaginais incapable de création pure, il se transforma en un récit qui s’extrayait de la réalité pour la transfigurer.
Je me suis alors dit : « Pourquoi ne pas en écrire un autre ? »
Ce fut National, toujours !
Mais pourquoi pas continuer ? Surtout qu’en mettant à la dernière page de mon texte une citation de Victor Hugo (« Le sanglot de Satan dans l’ombre continue »), celle-ci m’entraînait à le faire. C’est en quelque sorte ma citation fétiche. Il suffit que je tape cette phrase à la fin d’un de mes « polars » pour qu’aussitôt l’idée du suivant surgisse !
Au bout de quatre ou cinq textes, je me suis dit : « Que fais-tu de ton devoir, quasi-mission, d’écrire tes grands textes sérieux ? »
Question d’autant plus légitime que j’allais avoir cinquante-huit ans et que, si j’avais atteint la maturité pour le faire, je n’avais pas l’éternité devant moi.
Mais la création pure agissait telle une drogue, à fois par ses extases et ses tourments et, si je n’écrivais pas, j’étais en total manque. (Pour éviter toute ambiguïté, je précise que je n’ai jamais été un adepte des paradis artificiels et que je n’ai que mépris à leur égard du seul fait qu’ils sont artificiels et qu’ils reviennent à tricher avec soi-même.) Fin de la parenthèse, mais le processus est identique et je m’en suis senti déstabilisé au début.
Il suffisait que je mette devant mon ordinateur, que je tape une phrase – à vrai dire n’importe laquelle, la plus loufoque ou la plus sensée – pour que, lettre après lettre, ligne après ligne, une histoire se racontât.
J’avais quasiment l’impression que mon cerveau se trouvait branché sur mon ordinateur et que mes petites mimines ne faisaient que retranscrire ce qu’il avait envie de me faire dire. Cela fait drôle, mais puisque cela me procurait au final une bonne histoire, je n’avais que faire de m’interroger sur le processus créateur étant donné que mon rôle est de raconter des histoires et non d’en démonter les rouages.
D’ailleurs, je serais incapable d’écrire mes histoires autrement qu’avec mon ordinateur car ma vitesse de frappe est à l’unisson avec le jaillissement des idées, même quand je passe deux heures à écrire une ligne. Et toujours sans plan parce que, lorsque je veux « forcer » mon histoire, celle-ci se bloque. Je dois la laisser se dérouler telle qu’elle le souhaite ou selon sa logique qui lui est propre. Me surprenant tout autant que le lecteur en passant d’un paragraphe à l’autre.
Alors, à chaque nouveau récit, je me suis lancé un défi : partir d’un thème ou d’une idée ou d’une phrase improbable.
En mettant la barre toujours plus haute puisque j’ai derrière moi suffisamment (trop ! selon lui) de récits pour alimenter mon éditeur.
Par exemple : un vieil homme assis dans un fauteuil qui berce un ours en peluche.
Cela a donné Fin de race…
Ou alors : c’est un mec pressé et il abrège la vie de sa mère car elle met trop de temps à mourir.
Vidange pour un maton…
Ou encore : un type qui tantôt sait qui il est et tantôt ne le sait plus.
Ce qui m’a fourni le personnage du serial killer sympathique de mon sixième récit Sous le signe du rosaire…
En revanche, si je pars sans filet et en écriture automatique, j’ai besoin d’une accroche « territoriale ». Mes histoires se déroulent ou débutent dans des lieux précis qui vont leur donner une tonalité. Ceux-ci sont au nombre de trois, je les connais bien et ils « m’inspirent » : Saint-Michel-Chef-Chef et la Côte de Jade avec ses stations balnéaires familiales, la ville de Bernay et la campagne de l’Eure, et Paris (mais pas n’importe lequel, celui du 7e et un peu le 15e car ce sont deux quartiers bien plus criminogènes que le 9-3 !).
Alors comment surgissent mes personnages « en chair et en os » ? Soit d’une silhouette ou d’un trait de caractère. J’associe deux brins d’ADN et le principe qu’ils contiennent se déroule de lui-même donnant une histoire in fine. Mais il n’y a malgré tout que du travail, beaucoup de travail, avec rigueur et constance, six heures par jour ou nuit.
Les processus créateurs sont identiques, qu’ils soient culturels ou scientifiques.
Je n’ai pas le talent du compositeur mais je suis son égal. Si son médium est le piano, il fait des gammes, il pianote, souvent, le plus possible, puis, à un moment imprévisible, un accord s’enchaîne à un autre et, mystérieusement, s’il se laisse conduire tout en la travaillant, une nouvelle mélodie va naître.
En fait, le créateur est le Créateur, avec ses doutes et sa puissance créatrice – alors mes textes sérieux et quasiment universitaires ! Je ne suis vraiment pas près de changer de rôle, car, avec mes notes, n’importe qui peut créer quelque chose. Mais de presque rien, non ! (Toutefois, je les conserve précieusement : au cas où je vivrai très vieux et perdrai mon pouvoir créateur, il sera toujours temps que je m’y mette !)
Donc, cela m’a donné une vingtaine de romans noirs, tous relativement courts puisqu’ils ne dépassent pas les cent à cent cinquante pages. Ce qui n’est pas volontaire, car, même lorsque le sujet pourrait s’écrire long, l’histoire qui se raconte par moi m’oblige à une ellipse qui la « stoppe » net.
C’est d’ailleurs pour cette raison qu’en mai dernier – mai 2006 –, prévoyant l’année électorale et littérairement politique, je me suis engagé dans l’écriture longue d’une saga historique. Également parce que, après avoir écrit vingt-sept « polars », en voulant attaquer le 28e, j’ai pris conscience que, inconsciemment, j’avais traité l’ensemble des thèmes sociétaux contemporains et qu’une pause s’imposait dans le roman noir. Par ailleurs, moi qui suis plutôt fleur bleue, j’en avais un peu marre de naviguer dans des univers troubles – mais, comme chacun sait, ce n’est pas en décrivant des univers paradisiaques que l’on fait de bons romans. Le « bon » fouaille l’homme et la société derrière leurs apparences et ce qu’ils prétendent être.
Donc, nouveau défi : faire « long ».
Objectif atteint un an plus tard presque jour pour jour avec un texte de 650 000 signes, le premier tome (années 1915-1921). Et j’ai l’intention de rédiger le deuxième sans aucune pression avant de me mettre à la recherche d’un nouvel éditeur.
En attendant, j’ai ouvert ce blog pour m’éviter de tourner de salon en salon (je préfère écrire !) et faire savoir que je me déleste d’un certain nombre de mes textes en les mettant à disposition sur lulu.com sous forme d’e-books téléchargeables en format PDF. Expérience, hors intermédiaires, qui s’adresse surtout à mes jeunes lecteurs qui ne sont pas rebutés pas cette forme de lecture « virtuelle », et qui, de plus, a un avenir pour les textes littéraires courts ou la poésie.
En effet, après la tablette d’argile, le papyrus et le papier, il n’y a aucune raison (à part les habitudes qui disparaissent en même temps que ceux qui les portent) que l’on n’utilise pas dans un avenir proche, très proche, un support électronique de la dimension d’une feuille de papier format de poche sur lequel on tournera virtuellement les pages d’un « livre ». Car ce n’est pas le support qui compte sinon l’alphabet qui s’y imprime en mots s’enchaînant les uns les autres de quelque façon que ce soit.
D’ailleurs, il existe un curieux rapport entre la tablette d’argile « effaçable » et le support électronique « auto-effaçable » où les pages succèdent aux pages. Mais il y a un grand progrès : l’encombrement de la mémoire emmagasinée dans l’électronique est bien plus pratique que des piles de tablettes d’argile… ou de livres qui représentent autant d’arbres.
Et, dans ce cas, il n’existe plus d’intermédiaires entre l’auteur et le lecteur. Ils sont enfin en face à face !


© Alain Pecunia, 2007.
Tous droits réservés.


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jeudi 21 juin 2007

Noir Express : Entomologie (I) par Alain Pecunia

Voici l'adresse de ma vitrine sur lulu.com pour télécharger gratuitement Entomologie (I) Poèmes du siècle passé : http://stores.lulu.com/pecunia

Noir Express : "Entomologie (I) Poèmes du siècle passé", par Alain Pecunia

Un petit intermède poétique pour changer - enfin, si on veut...
Puisque ce e-book est en téléchargement gratuit sur lulu.com, je me dispense de toute présentation.
Un peu de curiosité, que diable !
En tout cas, pas plus que les quelques lignes qui suivent...

Écrire, c’est, en quelque sorte, épingler des papillons sur une plaque de liège
Mais ces papillons-là sont les sentiments et la chair de la vie même
Une fois, ils se révoltèrent et refusèrent obstinément de se laisser épingler
Ils virevoltèrent en moi pendant des semaines et des mois sans cesse et sans fin
Le battement de leurs ailes se substituant aux pulsations de mon cœur
M’emplissant et m’attaquant de toutes parts de l’intérieur
Cette marée papillonnaire semblait irrépressible et près de me submerger –
je sentais le moment où elle tapisserait tout mon corps, où celui-ci deviendrait une immense ruche à papillons
Cependant, un jour de printemps, sans trop savoir pourquoi ni comment, je parvins à les épingler de nouveau sur ma plaque de liège
Pourquoi se laissèrent-ils épingler à nouveau – alors que j’y avais peut-être renoncé à jamais ?…

mercredi 20 juin 2007

E-books par Alain Pecunia téléchargeables sur lulu.com au format PDF

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Noir Express : premières pages de "La Fatwa" par Alain Pecunia

Jean-Henri Loubert, dit Jeanri, était satisfait de lui. Comme toujours, eût-il pu remarquer s’il avait été conscient de ce trait de caractère. Mais, là, il était particulièrement satisfait de lui, et non sans raison.
Il ne lui restait plus qu’à attendre. C’était une question de jours. Une quinzaine tout au plus, avait-il estimé.
Il s’étira dans son lit et regarda sa montre.
Il était six heures vingt.
Dans dix minutes exactement, car celui-ci était un maniaque de la ponctualité, Luc Mouginot sortirait de chez lui et se rendrait à pied à son café-restaurant de la Dune, qu’il ouvrirait à sept heures pétantes.
Jean-Henri se leva à poil et ouvrit les volets de sa chambre.
Posté derrière les rideaux, il ne pouvait s’empêcher de consulter sa montre toutes les dix secondes.
Six heures trente. Il vit sortir Luc Mouginot de chez lui.
Jean-Henri eut un sourire de satisfaction.
– Va, mon gars, dit-il à haute voix, t’en as plus pour longtemps.
Il consulta à nouveau, machinalement, sa montre. Il avait largement le temps de préparer son café.


Vingt minutes plus tard, il revint se poster derrière les rideaux de sa chambre.
Maryse Mouginot allait bientôt ouvrir les volets de la villa.
Il fut tenté d’écarter légèrement le rideau pour mieux l’apercevoir quand le premier volet – celui de la chambre du couple Mouginot – fut rabattu.
Maryse Mouginot ouvrait toujours sa maison en chemise de nuit. Une nuisette vaporeuse qui laissait entrevoir le haut de sa poitrine opulente et découvrait totalement ses cuisses. Mais, là, pour en jouir pleinement, il fallait que Jean-Henri attende qu’elle apparaisse sur le perron et rabatte les volets à trois battants de la porte-fenêtre.
Il était tout excité quand elle apparut enfin. Maudissant ce foutu voilage qui lui gâchait le spectacle.
« Toi, tu vas être veuve, ma cocotte », se dit-il en portant à deux mains le bol de café à ses lèvres.
Jean-Henri avait toujours eu envie de sauter Maryse Mouginot. Mais c’était une aguicheuse, pas une volage.
Il se sentit encore plus excité en se prenant à rêver que, peut-être – et même sûrement, pourquoi pas ? –, il aurait ses chances quand elle se retrouverait veuve.
Il pensa que ce serait la cerise sur le gâteau. Le parachèvement absolu de sa vengeance. Baiser la femme de son pire ennemi après l’avoir fait mourir.
Jean-Henri n’en pouvait plus. Prenant son bol vide dans la main droite, il entreprit de se masturber sur-le-champ, debout derrière les rideaux, en fermant les yeux sur l’image de Maryse à poil. De l’autre main, car il était gaucher.



Comme tous les matins, Jean-Henri Loubert retourna se coucher jusqu’à neuf heures. Mais, cette fois-ci, rien ne pressait réellement. Tout serait bientôt conclu.
On l’avait pris pour un con. On s’était moqué de lui. On l’avait trompé. Trahi. Eh bien, ils allaient voir !
Il songea à sa « pauvre » femme qui avait préféré rester vivre à Paris avec son boulot à la con et pour être près des enfants. Refusant de le suivre sous prétexte de ne pas lâcher la proie pour l’ombre. Mais, à cinquante-trois ans, il était peut-être temps de quitter Paris et de profiter de la vraie vie jusqu’à la retraite avec un boulot sympa.
Jean-Henri avait été certain de prendre la bonne décision. Avec les indemnités de son licenciement économique, et l’héritage de son père qui était tombé à point nommé le mois suivant, c’était le moment ou jamais de changer de vie.
Ni frère ni sœur, la villa était pour lui seul ainsi que les cent vingt mille euros que le père avait sur ses comptes.
Il avait un toit, de quoi voir venir avec ses indemnités et il pouvait investir les cent vingt mille dans un café-restaurant. Son rêve de toujours. Mais ici, à Saint-Michel-Chef-Chef. Pas ailleurs.


C’était cet enfoiré de Luc qui lui avait refilé ce virus. Son meilleur pote d’enfance. Enfin, un de ses multiples potes.
Lui, le Luc, il n’avait pas eu à se décarcasser dans la vie. Il avait fait le barman dans l’affaire de ses parents dès la fin de la scolarité obligatoire et s’était contenté de prendre leur succession quand ces derniers avaient pris leur retraite.
Un boulot peinard. Trois mois de saison à bosser et à faire son beurre. Le reste de l’année à se laisser vivre avec l’habitué local et le représentant de passage. De quoi laisser du temps pour la pêche et la chasse.
L’été précédent, alors que Jean-Henri était encore salarié, Luc lui avait laissé entendre qu’il avait envie de passer la main. Il n’attendait que la première occasion et l’acheteur.
– Si c’était moi, tu me ferais un prix ? il lui avait demandé.
– Un prix, je ne sais pas. Le prix, c’est le prix, avait dit Luc. Mais, si c’était toi, je te ferais des facilités. T’es mon pote, Jeanri, c’est la moindre des choses.
Pour Luc Mouginot, tous ses clients réguliers étaient des potes. Et ses potes avaient toujours été, en quelque sorte, ses clients. Commerce de bibine oblige.
[…]


© Alain Pecunia, 2007.
Tous droits réservés.

mardi 12 juin 2007

Noir Express: Louise et les autres, la suite Flash noir par Alain Pecunia

Noir Express: Louise et les autres, la suite Flash noir par Alain Pecunia

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Louise et les autres, la suite Flash noir par Alain Pecunia

Après Jeux d'enfants et Louise, La Fatwa, Le Prix du meilleur scénario et Fin de race seront bientôt disponibles en e-books téléchargeables sur lulu.com.
Avec deux autres textes à venir ultérieurement, ils constituent la suite "Flash noir", tous plus déconcertants les uns que les autres. Le premier chapitre ou un extrait figure sur mon blog mais le résumé (la "4e" de couverture) n'y figurait pas encore. Alors, si cela peut vous en donner le goût, le voici.

Dans Jeux d'enfants, je me suis attaché à la destinée du petit Philippe Borjol, "Machiavel" du crime en herbe. Son seul but est de vivre avec celui qu'il croit être son "vrai" père et il saura atteindre son objectif en éliminant les obstacles majeurs se dressant sur son chemin. Mais sa "soeur" perturbe sa puberté et son "père" le blesse dans son idéal familial. Alors le petit Borjol au visage d'ange reprendra sa quête à sa façon toute simple que certains pourraient juger gore. Mais est-il un monstre pour autant et aura-t-il droit à sa rédemption ?

Louise est née "grâce" à une amie qui a vu son studio parisien squatté alors qu'elle était en vacances. Et cela dure depuis près de trois ans. Evidemment, ce n'était qu'un point de départ et, s'il est question de squat dans mon récit, le scénario est bien plus complexe avec mon personnage de Serge Fabrique, chroniqueur théâtral renommé, amateur de jolies femmes et farouchement réfractaire à toute union durable. D'ailleurs, il a une méthode infaillible pour se débarrasser de ses partenaires en évitant tout drame. Mais, contre toute attente, sa méthode se révèle inopérante avec sa dernière conquête, la ravissante Louise, anthropologue américaine en poste à l'Unesco.
La rupture sera accidentellement brutale et Serge se réfugie quelque temps chez sa tante, son initiatrice amoureuse. Hélas ! quand il réintégrera ses pénates, il trouvera son appartement occupé par de sympathiques squatters et aucune trace du corps de Louise. Ce qui ne correspond pas du tout à son scénario.
Si l'on ajoute que Louise n'est pas celle qu'il croyait et que lorsque son cadavre réapparaît ce n'est pas le sien...
La Fatwa, quant à elle, a pour cadre Saint-Michel-Chef-Chef, paisible commune du littoral de la Côte de Jade, renommée pour ses galettes et qui me tient à coeur - j'y ai passé une grande partie de mes vacances durant une vingtaine d'années et j'y compte toujours des amis chers - et à corps, si je puis dire, puisque c'est là que, dans la nuit du 4 au 5 août 1966, les services français et espagnols (franquistes alors), réunis dans une glorieuse action combinée, parvinrent à m'intercepter et à me rendre paraplégique (mais, puisque je fus laissé pour mort, je ne pense pas que ce fusse leur objectif, de toute façon nous y reviendrons...)
Bref, dans cette paisible commune de Loire-Atlantique, avenue des Coquelicots-d'Argent, Jean-Henri Loubert, dit Jeanri, guette derrière ses rideaux le départ matinal de Luc Mouginot pour son travail. Pour la dernière fois, car Jeanri a décidé que cet ami d'enfance qui l'a trahi devait mourir.
Grâce à ses dons de télépathe, la "fatwa" que Jeanri a lancée sur Mouginot devrait le terrasser. Mais, si les morts se succèdent dans le voisinage, Luc Mouginot, quant à lui, est toujours bien vivant. Jeanri en est donc désespéré. Il n'est pas un criminel et n'a jamais souhaité la mort d'innocents et encore moins celle de...
Il décide alors de "réparer" de toute urgence la "fatwa" déréglée et de reprendre ses dons en main. Mais... et mais...
Avec Le Prix du meilleur scénario, nous rejoignons la Normandie, précisément le département de l'Eure, celui du "bonheur"...
Fabien Duguenot, scénariste de renom, y vit retiré en compagnie de Carole, sa séduisante épouse. Fabien peine sur l'écriture de son dernier scénar mais parvient finalement à le boucler à sa grande satisfaction car il est positivement gé-nial.
Une tragédie survient alors dans le voisinage.
La réalité révélant une étrange parenté avec son scénario, Fabien Duguenot se voit contraint de le modifier. Mais les événements nne cessent de s'entremêler à la fiction et le scénario se détraque ainsi que la réalité.
Et, comme souvent dans mes romans noirs, les "services" ne sont jamais loin...
Changement de registre avec Fin de race puisque nous naviguons entre la Sologne et Paris VIIe.
Grâce à la mort de son père, Hector-Louis, psychiatre-psychanalyste de profession, hérite du titre de baron. Célibataire endurci, il se doit malgré tout à présent d'envisager de convoler en justes noces aristocratiques pour assurer sa descendance. Tâche ardue que sa mère décide d'assumer à sa façon car elle a toujours veillé avec un soin jaloux au bonheur de son fils, le seul amour qui ait illuminé sa vie (mais peut-être en avez-vous des exemples autour de vous ?). Transformant un banal acte biologique en chemin de croix pour Hector-Louis qui prendra conscience d'avoir tout raté, même son suicide.
Outre sa mère possessive, une soeur déjantée et un demi-frère ex-taulard se pressent aux pieds de son fauteuil roulant en une conjuration maléfique.
Le titre de baron de Dugon de Milain de la Rochepic de Croisieu doit se transmettre coûte que coûte. Noblesse oblige...
(Ici, pas de "services", la famille suffit largement.)

mardi 5 juin 2007

jeudi 31 mai 2007

mardi 29 mai 2007

Noir Express: Voilà !

Noir Express: Voilà !

Voilà !

J'ai franchi le pas en ouvrant ma vitrine sur le monde.
Après avoir publié Les Ombres Ardentes - un Français de 17 ans dans les prisons franquistes (2004), mes deux premiers romans noirs appartenant au cycle des "Chroniques croisées" : Un vague arrière-goût, Le Sanglot de Satan (2005 et 2006) et un roman sur fond de résistance (Le Dernier Maquisard, 2006), tous les quatre aux éditions Cheminements, et avant d'autres publications traditionnelles, je vais mettre en téléchargement sur lulu.com certains de mes récits noirs qui sont de la même veine que ceux des "Chroniques croisées" et que j'ai regroupé sous l'intitulé "Pages Noires".
Le premier d'entre eux, Jeux d'enfants, sera disponible dans les jours à venir et fera l'objet du deuxième message.