lundi 1 juin 2009

Noir Express : "Sous le faux étendard du Prophète" (C. C. XII), par Alain Pecunia, Chapitre 7

Chapitre 7





– Qui ça peut être ? dit Gérard quand la sonnette de son pavillon des Lilas résonna vers vingt et une heures.
Une pointe d’inquiétude dans la voix.
Josy, sa femme, haussa les épaules.
Mais elle aussi était inquiète.
Le meurtre non élucidé de leur ami et copain Jean Partot les avait tous très choqués. Tous, excepté Gégé qui était surtout préoccupé par le carnet d’adresses de Jean. Est-ce que la police les convoquerait un à un pour les interroger ?
Pourtant, aucun d’entre eux n’avait rien à y voir de près ou de loin. Sûrement qu’il s’agissait juste d’un crime de camé en manque qui avait perdu la boule. Comme avait dit la presse.
– Peut-être un quêteur ou le pauvre de Noël, lança jovialement Alain, manière de détendre l’atmosphère, tandis que Gérard Collin se levait pour aller ouvrir.
Alain Berthon et sa femme Claudine – la deuxième Mme Berthon, copie conforme de la première avec dix ans de moins – étaient venus réveillonner chez le couple Collin.
Leurs deux plus jeunes enfants, surnommés les « Collinots » par les intimes, qui vivaient encore chez papa-maman en temps ordinaire, avaient ripé leurs baskets sur coussin d’air pour échapper à la cette soirée de « vieux ». – Deux garçons. Vingt-neuf et vingt-six ans.
Des parasites ou des débrouillards, au choix. Mais sympathiques au demeurant.
Gégé ouvrit la porte avec mille précautions.
Une brève bousculade et des exclamations se firent entendre dans le corridor.
Jérôme Cassard, le Gégé sur les talons, déboula dans la pièce et se laissa tomber hors d’haleine sur le sofa.
Jérôme était livide, le visage perlant d’une sueur malsaine.
Les épouses firent « Oh ! » et se levèrent dans le même mouvement. Puis restèrent figées sur place.
– Qu’est-ce qui se passe ? dit Alain en tournant sa chaise vers le sofa.
Gégé haussa les épaules avec une moue d’incompréhension.
Puis il poussa son appendice ventral en avant et celui-ci sembla se gonfler. Méthode poisson-lune pour conjurer son angoisse et peser de tout le poids de son autorité sur la situation qui lui échappait.
Claudine apporta un verre d’eau à Jérôme et dut l’aider à boire.
La tête rejetée en arrière, les yeux affolés dans leurs orbites, de l’eau lui dégoulinant sur le menton, Jérôme Cassard s’efforçait de faire comprendre par mimiques et soupirs interposés qu’il y avait un problème.
Ce qui semblait évident aux quatre observateurs.
– Tu t’expliques ou il te faut le Samu ? lança Alain pour tenter de débloquer la situation.
Josy et Claudine lui lancèrent un regard mauvais.
– T’es inhumain, ou quoi ?
Josy ne l’avait pas loupé.
Façon, de lui faire comprendre qu’elle n’appréciait guère sa nouvelle femme, plus jeune qu’elle.
Alain haussa les épaules et se leva pour se porter à la hauteur de Gégé qui avait la ride soucieuse et avait atteint la limite maximale de poussée en avant de sa panse. La chemise entrebâillée sur quelques rares poils au-dessus de la ceinture du pantalon, qui, supportant le haut et soutenant le bas, marquait cette limite indépassable.
– Dmi… dmi…, marmonnait Jérôme.
Claudine s’était assise à son côté et lui tapotait la main pour l’encourager.
– Dmi… reil Jean…
Jérôme s’énervait de ne pas parvenir à se faire comprendre.
– Dimitri est mort ? demanda Alain qui s’était souvenu que Jérôme et Dimitri avaient vaguement parlé de passer la soirée de Noël entre eux avec des copines.
Jérôme ferma les yeux et hocha la tête en signe d’acquiescement. Il semblait soulagé de bénéficier enfin d’un début de compréhension.
– Apporte la bouteille de vodka, ordonna Gégé à Josy. Il faut le déchoquer !


© Alain Pecunia, 2009.
Tous droits réservés.

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