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samedi 16 octobre 2010

Noir Express : sur Feedbooks...

Crève, frangin !, La Fatwa et Fin de race sont désormais disponibles en téléchargement gratuit sur Feedbooks : http://fr.feedbooks.com/

Crève, frangin ! :

Abel et Caïn. Romulus et Rémus. Depuis la nuit des temps, deux frères qui héritent, c’est toujours un héritier de trop. Alors Bernard Lèbre a pris l’initiative et s’est débarrassé de son frère par un crime parfait. Pierre-Henri était un être nuisible et personne ne le regrette. Sauf la voisine, une de ses maîtresses, qui nourrit des soupçons. Alors il faut recommencer. Mais jusqu’à quand ? Pas facile, surtout si l’on n’est pas un criminel.
Délirant mais bien réel. Du moins dans les rêves fraternels.

La Fatwa :

Avenue des Coquelicots-d’Argent, Saint-Michel-Chef-Chef, paisible commune du littoral atlantique. Derrière ses rideaux, Jean-Henri Loubert, dit Jeanri, guette le départ matinal de Luc Maginot pour son travail. Pour la dernière fois, car Jeanri a décidé que cet ami d’enfance qui l’a trahi devait mourir.
Grâce à ses dons de télépathe, la « fatwa » qu’il a lancée sur Maginot va le terrasser. Mais, si les morts se succèdent dans le voisinage, Luc Mouginot est, lui, toujours bien vivant.
Jeanri en est désespéré. Il n’est pas un criminel et n’a jamais souhaité la mort d’innocents. Il lui faut « réparer » la fatwa déréglée et reprendre ses dons en main…

Fin de race :

Grâce à la mort de son père, Hector-Louis, psychiatre de profession, hérite du titre de baron. Célibataire endurci, il se doit malgré tout à présent d’envisager de convoler en justes noces aristocratiques pour assurer sa descendance. Tâche ardue que sa mère décide d’assumer à sa façon car elle a toujours veillé avec un soin jaloux au bonheur de son fils, le seul amour qui ait illuminé sa vie. Transformant un banal acte biologique en chemin de croix pour Hector-Louis qui a conscience d’avoir tout raté, même son suicide.
Outre une mère possessive, une sœur déjantée et un demi-frère ex-taulard se pressent aux pieds de son fauteuil roulant en une conjuration maléfique.
Le titre de baron de Dugon de Milain de la Rochepic de Croisieu doit se transmettre coûte que coûte. Noblesse oblige.



dimanche 19 avril 2009

Noir Express : "Sur le quai" (C. C. XI) par Alain Pecunia, Chapitre 8 (suite 2 et fin)

Chapitre 8 (suite 2 et fin)





Le seul point noir de cette existence fut, l’année de ses quarante ans, en 1986, la naissance de son fils. Enfin, celle du fils de Dany. Car, là, il était sûr et certain de ne pas en être le père puisqu’il ne couchait plus avec sa femme depuis deux ans.
D’un commun accord, ils se servaient l’un de l’autre pour jouer le couple échangiste.
Question de standing. C’était plus classe que la promiscuité, pas toujours de bon aloi, socialement parlant, de leurs anciennes partouzes post-soixante-huitardes.
Avec l’échangisme, si l’on rencontrait quelques anciens et anciennes de Mai, il s’agissait au moins de ceux qui avaient réussi. Donc du même milieu.
On était entre soi. On ne mélangeait plus les torchons et les serviettes.
Bien sûr, il avait tenté de questionner Dany sur l’identité du père. Tenté seulement, car elle l’avait vite stoppé d’un : « Ça ne te regarde pas ! » hargneux.
Pour couronner le tout, elle décida de prénommer ce bâtard Jean. Rien que pour l’emmerder.
Dany avait quarante-deux ans à la naissance de son fils.
C’est à cette époque, peu après l’accouchement, qu’elle commença à se laisser aller physiquement.
Elle avait déjà commencé à s’empâter, mais là ce fut le pompon, le début de sa marche – par paliers – vers les quatre-vingts kilos pour son mètre soixante-neuf. Avec une nette tendance à picoler.
Et le début d’une haine de plus en plus sourde à l’égard d’Alexandre Caillard qui n’en comprenait pas la raison puisqu’ils vivaient librement leur vie d’un commun accord et qu’il s’était accommodé de l’existence de ce bâtard qu’elle lui avait pondu dans le dos.
Accommodé. C’était le mot juste, car, tout en l’éduquant comme son propre fils, il n’avait jamais éprouvé la moindre affection pour ce fils-là. Et, avec l’adolescence de ce petit con, la réciproque se manifestait de plus en plus.
Mais Alexandre Caillard n’y voyait pas un juste retour des choses. Seulement de l’ingratitude. Ce qui envenimait leurs rapports « père-fils » et les rendait de plus en plus conflictuels.
Il s’arrêta de tourner en rond dans son bureau et se demanda pourquoi il en était venu à penser à son fils.
À cause de leur engueulade d’hier soir ?
Ce n’était pourtant pas la première et ce ne serait sûrement pas la dernière.
Ils étaient aussi arrogants l’un que l’autre.
– Un chien ne fait pas un chat, mon Minou, minaudait sa pouffiasse de mère.
Rien que pour le plaisir de le narguer.
Il s’ébroua en haussant les épaules et se concentra à nouveau sur sa préoccupation essentielle.
Ce putain de coup de fil anonyme.
Cette curieuse voix surgie d’un lointain passé et qu’il s’efforçait en vain d’identifier.
Pourtant, elle avait quelque chose de familier.
Il avait déjà entendu cette voix. Il en était sûr.
En fait, il y avait eu deux appels.
Le premier la veille, vers dix-sept heures. À son cabinet de la rue du Cherche-Midi. Alors que sa secrétaire venait de faire entrer son avant dernier rendez-vous. Maud. Une ancienne maîtresse, épouse d’un sénateur socialiste, qui lui demandait de prendre en main son divorce.
Le genre d’affaire merdique en soi. Surtout que ledit sénateur appartenait à la même loge que lui-même.
Elle était enragée. La haine lui déformait le visage. À un point tel qu’il crut que son récent lifting allait lâcher quand elle cracha :
– Aide-moi à en tirer un max, Alex ! Ce pédé me trompe avec son attaché parlementaire. Un type de vingt-huit ans. C’est ignoble !
Alexandre Caillard afficha le masque protecteur de sa profession.
Apparemment poli mais absolument indéchiffrable.
Se demandant ce qui était « ignoble ».
D’ailleurs, il connaissait trop le penchant du sénateur pour les lolitas pour prêter le moindre crédit aux propos de Maud.
Il était bien placé pour le savoir.
Le sénateur le sollicitait toujours – et plus souvent que de raison – quand une de ses liaisons avec une mineure tournait mal.
Pain béni pour le « Service ».
Et il n’était pas le seul parlementaire à avoir ses « faiblesses » charnelles. Dérives des plus variées où la couleur politique ne rentrait pas en ligne de compte et que le « Service » encourageait parfois quand il ne les organisait pas.
La sonnerie de sa ligne perso lui sembla une perche salvatrice tendue par le Grand Architecte.
– Tu te souviens de Jean ?
La question le surprit bêtement. Il pensa tout d’abord à son fils.
– Jean ? dit-il sans réfléchir. Mais c’est mon fils…
– Non, je te parle de l’autre…
Et l’inconnu avait raccroché. Le laissant groggy.
Il avait ensuite subi la logorrhée matrimoniale de Maud dans un état de totale apathie que celle-ci interpréta comme une approbation muette.
Une demi-heure plus tard, sa secrétaire mit fin au soliloque de la femme du sénateur en venant annoncer d’un ton aigre l’arrivée de son rendez-vous suivant.
– Je n’en attendais pas moins de toi. Merci, Alex, dit Maud en se retirant vivement sous le regard d’inventaire de la secrétaire.
Il ne se souvenait même pas de ce qu’elle avait pu lui raconter ni de ce qu’il avait pu lui promettre.
En tout cas, il pouvait compter sur sa secrétaire et maîtresse occasionnelle pour ne pas lui trouver de rendez-vous avant six bons mois.
Et puis, ce matin, chez lui, ce deuxième appel. Plus inquiétant. Alors qu’il avait difficilement trouvé le sommeil et qu’il avait fallu que le fils de Dany le provoque pendant tout le dîner en le menaçant de se présenter dans la même circonscription que lui sur une liste trotskyste aux prochaines municipales.
– Tu te souviens de la mort de Jean ? avait demandé la même voix.
Mais ce n’était pas une question.
Il s’était tu.
– Tu vas payer, avait repris la voix.
Il s’était énervé.
– Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? avait-il crié.
L’autre avait déjà raccroché.


© Alain Pecunia, 2009.
Tous droits réservés.

mercredi 1 octobre 2008

Noir Express : "Sous le signe du rosaire" (C. C. VI) par Alain Pecunia, Chapitre 16

Chapitre 16





Je repris mes visites au Dr Lévy dès la deuxième semaine de septembre.
Il me trouva en grande forme. Me demanda si j’avais suivi ses conseils.
– Oui, je suis allé en forêt. Et ça m’a bien plu.
– C’est très bien. Continuez !
Il réfléchit un moment puis me demanda des nouvelles de mon livre.
– Toujours pas d’éditeur ?
– Non.
– C’est dommage. Mais l’essentiel est que vous l’ayez écrit, n’est-ce pas ?
– Oui. D’ailleurs, j’arrête pas de lui rajouter des chapitres.
Il s’est montré très intéressé et m’a demandé très gentiment de le lui confier. Ça m’a fait très plaisir. Je lui ai promis de le lui amener la semaine suivante.
Ce que j’ai fait. Mais il n’a pas l’air de l’avoir lu.
Il ne m’en a pas parlé du tout les fois suivantes. C’est vrai qu’il est énormément occupé.
Ça m’a quand même déçu un peu.
De toute façon, ce ne fut pas une bonne année pour moi. Je me suis traîné comme si je portais un lourd fardeau sur les épaules.
Maman a été très inquiète. Même Ghislaine.
Ce fut une année de routine, en quelque sorte.
Mes cours. Maman et Ghislaine. Le Relais angevin.
Je pensais que ça irait mieux avec l’été. Mais non, ça a continué. Un joint de culasse juste avant le 14 juillet.
Comme un signe du destin.
« Mauvaise année, mauvais crime en perspective », me suis-je dit.
Je n’ai même pas eu besoin d’écouter maman pour ne pas tuer cet été 97. – De toute façon je n’écoute jamais maman pour mes crimes, c’est ma vie personnelle.
Et j’ai bien fait, oh ! la la !
Peu après le 15 août, la presse révéla la déception de la police.
Un dispositif exceptionnel avait été établi depuis le 10 juillet dans la capitale et dans les principales forêts d’Ile-de-France. Avec des effectifs en civil considérables de tous les corps.
Pour rien.
Certains commentateurs envisagèrent même le décès du mystérieux assassin « au collier de perles en bois ». Un journaliste alla jusqu’à envisager une exécution secrète, rappelant que dans une ancienne affaire, celle des « tueurs fous de l’Ardèche », le principal responsable ne fut jamais retrouvé et que l’on pouvait raisonnablement penser qu’il avait été liquidé. Un autre, d’extrême gauche, envisagea une autre version. Qu’il eût été « récupéré ».
« Est-ce que ces assassins mystérieux et introuvables ne participeraient pas à une opération de déstabilisation de la démocratie en créant à peu de frais un climat d’insécurité exploitable pour des menées occultes ? »
N’importe quoi !
Il y eut même un psy, le même qu’on voyait toujours sur les différents plateaux de télévision, pour déclarer que tout le monde faisait fausse route. Que le tueur « au collier de perles en bois » était peut-être tout simplement guéri et qu’on n’entendrait sûrement plus parler de lui.
Comme si j’étais malade !
Mais il persistait dans son analyse.
– Vous, savez, il a peut-être tout simplement suivi une psychothérapie…
Vraiment n’importe quoi. Par exemple, moi, c’est pas pour suivre une psy quelque chose que je vais voir le Dr Lévy. C’est seulement que j’aime bien bavarder avec lui et qu’il me donne toujours des conseils avisés.
Faut pas chercher midi à quatorze heures.
Tiens, justement, ça va être l’heure des soins de maman et de Ghislaine.


© Alain Pecunia, 2008.
Tous droits réservés.



Amis lecteurs, j'éprouve un cas de conscience - ce qui ne laissera pas de vous surprendre puisque je vous fais partager l'existence sordide de ce Philippe-Henri Dumontar. En bref, il reste 10 chapitres et, dans quatre jours, je ripe mes galoches - pardon, mes sabots en l'occurrence - au fin fond de la France, en un lieu où je ne disposerai pas de PC durant une semaine. Adonc, soit je vous laisse poireauter en cours de route, soit je mets ces 10 chapitres en ligne d'ici à samedi soir. J'ai tranché pour vous : je "groupe". Ce qui est par ailleurs préférable pour moi car mes lectrices "mères de famille" risquent de mal réagir au finale - et je me fais déjà un grand plaisir de les laisser mijoter jusqu'au prochain épisode des "Chroniques croisées"...

samedi 20 septembre 2008

Noir Express : "Sous le signe du rosaire" (C. C. VI) par Alain Pecunia, Chapitre 6

Chapitre 6





J’ai attendu toute une semaine avant de retourner au Relais angevin.
– Ben alors, m’a dit Jean d’emblée en miaulant, on ne vous voit plus avec la petite dame, monsieur Dumontar ?
Depuis que je suis redevenu moi-même, je m’attends à ce genre de question.
– Je n’ai pas de nouvelles d’elle. Elle est peut-être partie en vacances.
– Sans vous prévenir ? C’est pas chic. Pourtant, vous aviez l’air d’être bien ensemble ?
– Oh ! vous savez, c’était juste une relation amicale comme ça. Sans plus, dis-je en haussant les épaules.
Christine, la petite amie du patron – sa « fiancée », car ils parlent de mariage, mais ça semble traîner – est venue s’en mêler. C’est une blonde bêcheuse sur qui courent pas mal de ragots dans le quartier. Elle a beau être toujours vêtue de façon stricte et être secrétaire au ministère de la Défense, il y a quelque chose en elle que je déteste. Je la sens « femelle ».
– Mais elle a peut-être disparu, dit la future Mme Langlot avec assurance.
– Comment ça ?
– La police enquête depuis que l’hôpital lui a signalé qu’elle n’avait pas repris son poste le 16 août. Ils nous ont même interrogés comme tous les commerçants de la rue et les voisins.
Bien sûr, je m’y attendais. Mais ça me fait quand même quelque chose. Un petit pincement.
– Ils vont d’ailleurs sûrement vous interroger. Surtout qu’on a été obligés de leur dire que vous étiez très lié avec elle. C’est pas que ça nous faisait plaisir, mais ils nous ont demandé si on lui connaissait des amis ou des relations. Et, à part vous, il semblerait qu’elle n’ait fréquenté personne d’autre que vous dans le quartier…
La garce guette ma réaction. Je me compose un masque soucieux.
– Je vous remercie de me l’avoir appris. Je vais d’ailleurs me rendre tout de suite au commissariat s’ils ont besoin de m’entendre. Autant les aider.
Au commissariat de la rue Amélie, ils sont surpris de ma visite spontanée, mais ça les satisfait. Je savais que ce serait un bon point pour moi que de me présenter spontanément.
– Nous allions justement nous rendre à votre domicile, me dit l’inspecteur.
– Je viens d’apprendre à l’instant la disparition de Mlle Lenoir par la fiancée de M. Langlot. J’ai tout de suite pensé que vous souhaiteriez m’entendre puisque nous avions une relation amicale.
Ils ont tout de suite attaqué le vif du sujet.
Quand est-ce que je l’avais vue pour la dernière fois ?
– Un peu avant le 15 août, le 11 ou le 12.
– Pourtant, vous vous voyiez souvent ?
– Oui, mais je lui avais dit que je devais travailler sur un manuel scolaire et que j’aurais donc moins de temps à lui consacrer.
– Vous étiez amants ?
– Voyons, messieurs, juste une relation amicale entre gens de bonne compagnie !
– Pourtant, le 15 août en milieu d’après-midi, Mlle Lenoir s’est rendue chez le traiteur et a commandé un repas fin pour deux personnes. Elle semblait, d’après le serveur, très enjouée.
– En tout cas, ce n’était pas pour dîner avec moi !
Avec un haussement d’épaules à l’appui.
Mais ils revenaient déjà à la charge.
– Vous prétendez donc ne pas l’avoir vue le 15 août ?
– Mlle Lenoir ne m’avait pas invité à venir dîner chez elle ce soir-là. D’ailleurs, je ne suis jamais monté chez elle et, lorsqu’il nous est arrivé de dîner ensemble, c’était toujours au restaurant. Au Relais angevin. Vous pouvez d’ailleurs le leur demander.
– Ça, nous le savons.
Pause. Re-attaque.
– Mais elle pouvait venir dîner chez vous. Vous aviez pu l’inviter…
– Dans ce cas, messieurs, je me serais rendu moi-même chez le traiteur. Mon éducation ne m’aurait pas permis d’inviter une dame chez moi en lui demandant de faire les courses !
Je les prenais de très haut. De mon ton professoral. Ça impressionne toujours. Surtout les anciens cancres.
– Pourtant, quelqu’un l’a vue s’engager dans la rue Saint-Dominique en venant de la rue Cler…
– Que voulez-vous que je vous dise ? Je ne l’ai pas vue ce jour-là, un point c’est tout. Ce que je peux aussi vous dire, c’est que Mlle Lenoir est une personne très discrète. Nous n’abordons jamais de sujets privés et notre relation est juste une relation amicale de bon goût.
– Néanmoins, elle avait parlé de vous à l’une de ses collègues à l’hôpital. Elle lui a confié qu’elle ne vous comprenait pas toujours et que vous aviez parfois des côtés bizarres…
– Bizarres… ? coupai-je en haussant les épaules.
– Ou, si vous préférez, qui l’intriguaient… que vous aviez été, semble-t-il, très affecté par la mort de votre mère…
– Cela est vrai. Mais je suis un professeur avec une vie sans histoire. Tout le monde pourra vous le confirmer dans ce quartier.
– Cette collègue pense que Mlle Lenoir avait une relation plus qu’amicale avec vous. Qu’elle souhaitait en tout cas dépasser ce stade-là et…
– Messieurs, je vous arrête. Ce ne sont là que suppositions gratuites et je puis vous assurer que, pour ma part, je n’avais d’autres intentions qu’une relation amicale avec Mlle Lenoir. Et je pense qu’il en était de même pour elle.
Je me sentais fort, très fort.
– Et puis, elle va peut-être réapparaître ! leur dis-je avec assurance.
Heureusement qu’elle est venue un 15 août, cette conne, alors que le quartier est désert, et qu’elle n’a croisé personne dans l’immeuble, pensais-je intérieurement. Maman m’avait encore porté chance. Le 15 août, c’est sa fête. La Sainte- Marie.



© Alain Pecunia, 2008.
Tous droits réservés.

jeudi 18 septembre 2008

Noir Express : "Sous le signe du rosaire" (C. C. VI) par Alain Pecunia, Chapitre 4

Chapitre 4





Ce fut une visite charmante. Bien que je trouvasse les Impressionnistes fort ennuyeux. Surfaits. Moi, je reste un classique envers et contre tout. Et puis, ça sentait la sueur et les pieds avec ces touristes étrangers en shorts et baskets. Aucun respect pour cette cathédrale de la culture !
Mais quel bonheur que d’être au côté de Ghislaine, malgré cette promiscuité odorante. Elle me rappelait tant maman jeune. Mais sans son côté autoritaire contre lequel j’avais parfois tenté de me rebeller. En vain. Tant la moindre contrariété faisait pleurer maman.
Quand elle me disait : « Tu viens de faire de la peine à maman. Si tu es méchant, tu ne dormiras plus avec maman. Tu dormiras seul dans le noir » tout en se mettant à pleurer, je me jetais à ses genoux en sanglotant des « Pardon, maman ! » et l’implorant de ne pas me laisser dormir seul.
– Jure-moi que tu ne feras plus de peine à maman !
– Oh oui, maman, je te le jure !
Avec Ghislaine, c’était comme avec maman. Peut-être même mieux, me surpris-je à penser. Ce dont j’eus immédiatement honte. Maman, elle aurait pas aimé que je pense ça. Repens-toi ! me dis-je. Mais je n’osai pas me signer au milieu de toute cette foule.
En redescendant, nous parcourûmes les salles du rez-de-chaussée. Côté Seine seulement, car il était déjà tard pour Ghislaine qui était de garde ce soir-là à l’hôpital.
Deux religieuses en habit s’attardaient longuement devant une grande toile. Cela attira nos pas et nous nous retrouvâmes devant un grand format qui nous laissa perplexes.
Une immense touffe de poil. Comme maman.
L’Origine du monde que ça s’appelait.
Tous quatre – les religieuses, Ghislaine et moi – étions comme fascinés.
Ghislaine passa son bras sous le mien comme voulant chercher protection.
Je me raidis et rougis. Elle faisait comme maman.
– C’est de qui ? demanda-t-elle.
– Courbet, répondit une des religieuses en souriant.
– Courbet, répétai-je, confus.
Nous étions fort troublés l’un et l’autre en ressortant du musée.
– Je regrette de devoir travailler ce soir, me dit-elle pudiquement en battant des cils de cette façon si particulière qu’elle avait de le faire, tout en baissant la tête.
Je n’ai pas compris ce qu’elle voulait dire.
Nous convînmes de nous revoir pour le feu d’artifice du 14 Juillet. Elle voulait aussi assister au défilé sur les Champs-Elysées. Mais je n’ai pas voulu. Maman n’aurait pas aimé. Elle avait toujours dit que c’était un spectacle de violence et que ce n’était donc pas pour moi. Le soir du feu d’artifice, nous dînâmes avant au Relais angevin.
– Alors, les amoureux, qu’est-ce que je vous sers ? demanda Jean.
J’en fus très choqué. Ghislaine aussi, je crois, puisqu’elle baissa la tête en rougissant.
– Ce n’est rien, lui dis-je après le départ de Jean. N’y prêtons pas attention. Ce loufiat n’a pas d’éducation !
Elle opina silencieusement. Avec un regard empreint de tristesse. La preuve qu’elle avait été choquée.
Heureusement, ce fut le patron, Gérard Langlot, qui vint nous apporter la salade composée et la carafe d’eau. Il ne faisait pas de remarque déplacée, lui !
Il y avait foule au Champ de Mars comme d’habitude. Nous sommes restés près du bassin du côté de l’Ecole militaire.
J’ai passé mon bras autour des épaules de Ghislaine pour la protéger. Elle avait la même taille que maman et sa tête est venue se poser contre ma poitrine. Comme le faisait maman.
C’était bien.
Après, je l’ai raccompagnée jusqu’au bas de son immeuble de la rue Cler. Mais je n’ai pas voulu monter jusqu’à son studio pour prendre une verveine-menthe. Il était tard et ce n’eût pas été convenable. Et je suis sûr que maman n’aurait pas été contente.
Ghislaine l’a d’ailleurs très bien compris. Elle a eu la délicatesse de ne pas insister.


© Alain Pecunia, 2008.
Tous droits réservés.

mercredi 17 septembre 2008

Noir Express : "Sous le signe du rosaire" (C. C. VI) par Alain Pecunia, Chapitre 3

Chapitre 3





Évidemment, depuis que maman est morte, il y a des femmes qui se sont mises à rôder autour de moi.
Mais je les ai tenues à l’écart car elles n’en veulent qu’à mon appartement et à mon salaire. Maman m’avait bien prévenu sur leur compte et leur manège. – Moi, j’appellerais ça des manigances, plutôt.
Même des collègues célibataires de l’institution où j’enseigne, c’est dire !
Elles ont été si dépitées de mon indifférence et mauvaises langues qu’elles ont fait courir le bruit que je devais être homosexuel. L’horreur ! Et les garces – car c’est pas le genre de mœurs de notre institution – ont failli me porter grand tort. Surtout lorsque l’une de ces trois harpies s’en est ouverte au directeur. Qui m’a convoqué à son bureau.
Le directeur, lui, me voyait plutôt pédophile.
– Monsieur, comment pouvez-vous…
– C’est pas grave, mon cher ami. C’est pas grave. Mais n’importe quel enseignant peut être soumis à la tentation. C’est naturel. Alors, si, jamais… – vous voyez ce que je veux dire ? – n’hésitez pas à venir vous en ouvrir à moi, en toute confiance… Mais, surtout, de grâce, pas de scandale ici !
Je m’en étouffai d’indignation. Parvenant à la surmonter avec peine et à expliquer mon comportement qui était tout de réserve à l’égard de mes collègues femmes. Ce dont il me félicita.
Elles avaient toutes trois entre quarante et cinquante ans. Je les aurais bien étranglées avec joie. Mais elles étaient trop jeunes pour moi et n’en eus retiré aucune jouissance, je le crains. Et puis c’eût été attirer inutilement l’attention sur moi.
Mais il y en a quand même une qui a failli m’avoir.
Elle n’était pas enseignante mais médecin.
C’était juste après la vieille du Champ de Mars. Un après-midi de début juillet où je faisais mes courses rue Cler.
Je m’étais assis à la terrasse du café-restaurant Le Relais angevin. Point stratégique d’où j’aime observer les passants tout en sirotant une menthe à l’eau. Surtout les dames d’un certain âge du quartier. Mon regard aimant s’attarder sur leur nuque et m’extasier lorsque j’ai le bonheur de découvrir un de ces délicieux chignons bien remontés sur la nuque qui se font, malheureusement, de plus en plus rares.
Mais j’avais promis à maman de ne jamais recommencer dans le quartier. C’était juste pour l’émotion secrète que mon imagination secrétait.
Jean, le premier serveur, déposa d’office ma menthe à l’eau habituelle.
Je l’en remerciai et il prit la monnaie que j’avais d’avance déposée sur le guéridon. Le montant de ma consommation plus vingt centimes de pourboire. Comme à chaque fois.
– Alors, monsieur Dumontar, maintenant que vous êtes en vacances, vous viendrez prendre votre petite menthe tous les après-midi ?
Jean a toujours un mot aimable à mon égard. Mais il a une curieuse façon de se tenir et de parler. En bref, il fait « fille ». J’aime pas trop parce que ça me donne parfois l’envie imbécile de l’étrangler alors que c’est un homme.
– Bien sûr, Jean, bien sûr.
Il détourna son regard vers la personne qui occupait le guéridon voisin du mien.
– Ah ! madame, que ça doit être beau d’être enseignant avec toutes ces vacances !
C’est ainsi que je fis la connaissance de Ghislaine. Une petite brunette d’une trentaine d’années à l’air réservé. En me tournant vers elle et en la saluant d’une inclination de tête.
Je notai qu’elle était vêtue décemment et qu’une fine chaîne en or autour du cou retenait une croix comme celle de maman qu’elle ne quittait jamais. J’en fus émue.
Elle crut devoir répondre à mon salut en m’adressant la parole.
– Seriez-vous enseignant, monsieur ?
– Professeur de lettres, madame.
– Mademoiselle…, me dit-elle d’une voix pleine de pudeur.
Je ne pus que m’excuser de ma méprise.
– Je vous en prie, me répondit-elle avec un battement de cils tout aussi pudique que sa voix.
Je pensai qu’elle devait être enseignante. Probablement dans une institution privée vu sa mise décente et son ton tout de modestie.
– Seriez-vous enseignante également, mademoiselle, si je puis me permettre une telle question qui, j’espère, ne vous paraîtra point indiscrète ou importune ? osai-je courtoisement.
– Vous ne m’importunez point, monsieur. Il est si agréable de pouvoir converser avec une personne de bonne éducation.
J’en rougis et fus fort étonné d’éprouver une telle émotion en la présence d’une femme autre que maman.
– Je ne suis pas enseignante, reprit-elle, mais médecin des hôpitaux. Pédiatre, plus précisément. Et la médecine occupe tellement ma vie que je suis toujours célibataire.
– Je comprends. Moi-même…
Je lui parlai longuement de ma vocation enseignante, de maman qui s’était tant dévouée et avait été si fière de mon agrégation de lettres, la récompense de tous ses sacrifices.
– Eh oui, mademoiselle, elle m’a élevé toute seule et n’a voulu que l’excellence pour son fils. Aussi, je n’ai jamais pu l’abandonner…
Je sentis son émotion à mon récit.
Évidemment, elle ne connaissait pas grand-chose à la littérature. Elle me demanda de lui conseiller des livres d’auteurs modernes.
– Vous n’y pensez pas, mademoiselle ! On ne peut même plus se fier aux pages littéraires du Figaro ! Les classiques, mademoiselle, les classiques…
Cela sembla l’impressionner fortement.
Je lui proposai de renouveler sa consommation.
– Et une menthe et une limonade ! hurla Jean de sa voix flûtée.
Elle me pria de l’appeler Ghislaine. Et moi Philippe-Henri.
Nous convînmes d’aller visiter ensemble le musée d’Orsay dès qu’elle aurait un après-midi de libre. Elle souhaitait voir les Impressionnistes.
Si elle m’avait proposé le Louvre, j’aurais refusé tout net. En mémoire de maman. Mais Orsay, je n’y avais jamais mis les pieds. Maman ne souhaitait pas.
Je n’ai jamais su pourquoi ni jamais osé le lui demander.



© Alain Pecunia, 2008.
Tous droits réservés.

mercredi 23 juillet 2008

Noir Express : "National, toujours !" (C. C. II) par Alain Pecunia, Chapitre 5

Chapitre 5





Perdu dans ses pensées, il ouvrit la porte du bar-restaurant Aux Amis, situé juste en face des Établissements Legrand. Ça sentait le ragoût de mouton et la merguez-frites à vous couper l’appétit la première fois que vous y pénétriez. Les vitres de la devanture semblaient opaques, mais la crasse et la graisse accumulées en étaient la cause. C’était pas cher, ça c’est sûr. Vingt-sept francs le plat du jour et le quart de vin. Brouhaha et fumée. Un véritable atelier de chaudronnerie.
Le patron interpella Ferniti.
– Alors, monsieur Jean, on est en retard aujourd’hui ?
Levant instinctivement le regard, Ferniti lut douze heures quarante à la pendule derrière le comptoir. « Ce petit con de Breton m’a fait perdre sept minutes de bouffe. Me le paiera. »
Puis il se tourna vers le bistroquet.
– Des papiers à classer, mon brave Marcel, dit-il d’un air entendu.
Marcel, il l’aimait bien. « Monsieur Jean », ça sonnait comme il faut. Tout au moins quand c’était un Français qui s’adressait à lui en ces termes. Il trouvait que ça faisait révérencieux et familier à la fois. On se sentait membre de la même famille, la France. Mais il voulait que ses trois subalternes l’appellent « monsieur Ferniti ». Ils n’étaient pas ses égaux.
Marcel, c’est vrai qu’il l’aimait bien. Un ancien caporal-chef de la coloniale. Engagé volontaire pour l’Indo comme lui pour l’Algérie. Un dur à deux blessures, une au genou gauche, la seconde au biceps du bras droit. Deux citations au bataillon, une au régiment. Un brave. Un vrai marsouin.
– Et cette jambe, Marcel ?
– Humide, aujourd’hui, répondit l’autre.
Le Marcel, une météo ambulante avec ses douleurs.
Entre amis sûrs, Marcel racontait aisément ses faits d’armes. Il omettait simplement de dire qu’il avait commencé par la Milice et qu’à la Libération ça avait été soit la taule, soit l’engagement « volontaire » pour réimporter la démocratie et la civilisation à la péninsule indochinoise. Il préférait se présenter comme un FFI dont l’élan patriotique l’avait propulsé de la libération du territoire à celle de l’Empire.
Claudiquant de la jambe gauche, Marcel lui apporta le plat du jour : ragoût de mouton.
C’était simple : un jour le ragoût, le lendemain merguez-frites. Une alternance élémentaire qui mettait à l’épreuve les estomacs. Quoiqu’ils fussent blindés par son « petit vin de pays ».
Le vendredi, c’était Byzance : couscous royal. Mais on retrouvait le mouton et les merguez. Ça permettait de terminer les restes de la semaine.
Et le samedi – Jean le savait pour y venir lorsqu’il devait préparer des expéditions urgentes pour le lundi première heure –, on terminait le couscous du vendredi. Avec un peu moins de mouton et une merguez au lieu de deux, et parfois pas de pois chiches. Mais ça s’appelait toujours le couscous royal.
Seuls des habitués déjeunaient là de toute façon. S’ils revenaient, c’est qu’ils en avaient pris leur parti et n’en tenaient pas rigueur au patron.
Les douze tables de six couverts chacune, disposées en damier, mais en longueur, se partageaient en trois clans quasiment immuables, tant géographiquement que numériquement.
Près de l’entrée, les Français « de bonne souche et de bonne éducation », comme aimait à dire Yvonnick le Breton qui n’y mettait guère les pieds – « Et tant mieux ! pensait Ferniti, m’emmerderait encore ». Mais il ne comprenait pas pourquoi le rouquin ironisait avec ces « Français de bonne souche et de bonne éducation ». C’étaient effectivement de vrais Français, qui se tenaient correctement à table, venaient là pour déjeuner paisiblement. Ils avaient de la retenue et n’étaient pas à tu et à toi même s’ils déjeunaient à la même table depuis des années. De la discrétion, de la distance, de la classe, quoi ! Des employés de bureau pour la plupart. Et Ferniti aimait à reconnaître qu’il était le seul chef de service.
Ensuite, le deuxième tiers était occupé par des ouvriers maghrébins et quelques Portugais, de moins en moins nombreux. Et là, Ferniti le disait, « ils sont pas comme nous mais ils sont de bonne éducation et ils respectent nos usages ». Même discrétion que dans la première classe du premier tiers. La seconde classe en quelque sorte. Reproduction par mimétisme, mais un cran au-dessous, du comportement précédent. En général des pères de famille.
Venait enfin la troisième classe, coupée en deux tronçons par la porte des toilettes et dont ceux du fond encadraient la porte de la cuisine aux vives et prégnantes odeurs. Si vous étiez assis là, on devinait tout de suite, de retour chez vous, votre menu du midi. On le sentait.
La dernière classe, pensait Ferniti. « Amalgame », le mot était de lui, d’ouvriers français et d’ouvriers maghrébins. Braillards et à tu et à toi, potes et camarades. Tous syndiqués ou peu s’en faut, si ce n’est cocos ou gauchistes.
La dernière classe était également la plus jeune. Moins de trente ans.
Ferniti aperçut Momo qui se levait et se dirigeait vers la troisième classe.
Il venait régulièrement s’y asseoir pour prendre son café, après avoir déjeuné en deuxième classe avec Ahmed.
« Au moins Ahmed sait se tenir, il reste à sa place, se dit Ferniti. Un faux-cul ce Momo, il bouffe en seconde et il sirote en troisième. Peut pas se tenir. »


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dimanche 20 juillet 2008

Noir Express : "National, toujours !" (C. C. II) par Alain Pecunia, Chapitre 3

Chapitre 3





À huit heures quinze, il arriva aux Établissements Legrand et Fils, à Issy-les-Moulineaux. De la petite mécanique. Une quarantaine d’employés. Quarante-neuf exactement, pour éviter un comité d’entreprise à partir de cinquante. Un de plus, et ç’aurait été la chienlit rouge assurée.
Jean Ferniti y était chef magasinier et responsable des expéditions. Il avait trois types sous ses ordres. Deux Marocains et un jeune Breton.
Question boulot, il préférait travailler avec des étrangers. Les Français, ils rouspètent toujours, ne savent pas rester à leur place. Les Maghrébins, eux, pas de problème. « Chef » par-ci, « chef » par-là. Sûr que c’est pas eux qui maniganceraient pour essayer de lui piquer son poste. Et, en plus, arrangeant question salaire. D’ailleurs, il les prévenait toujours :
– Si vous n’avez pas de papiers en règle, je veux bien vous prendre quand même, mais je ne peux pas vous payer comme des Français.
Normal, quoi. Ça convenait à tout le monde. D’accord, ils n’avaient pas la sécurité sociale, mais ils ne payaient pas d’impôt. Ça compensait.
Il le reconnaissait. Pour ça, ils étaient réguliers. Si l’un d’eux tombait malade, il ne faisait pas d’ennui. Un cousin de cousin venait travailler à sa place.
Même que lorsque le Porto s’était fait tuer en se trouvant dans la trajectoire d’un palan, tous, comme un seul homme, ils avaient déclaré que c’était de sa faute.
Il était pas con le fils Legrand d’être à la bonne avec l’inspecteur du travail, de lui faire un cadeau de temps à autre ou de lui envoyer parfois un gars le week-end pour bricoler sa baraque.
Ç’avait drôlement été utile. Surtout que ce n’était pas le premier accident de ce type.
Ça aussi, il savait le reconnaître, il n’était pas sectaire Jean. D’ailleurs, il le disait souvent : « Quand il y a du bon, je le dis. » Les inspecteurs du travail n’étaient pas tous des gauchistes qui ne pensaient qu’à emmerder les patrons.
Puis, il faudrait savoir ce qu’ils veulent les socialo-cocos. Ce n’est pas en s’occupant de sécurité et des droits des travailleurs qu’on faisait tourner une entreprise. C’est en produisant.
Pour Jean, c’était clair. Les syndicats et les lois sociales, c’était fait pour les feignants. Pour ceux qui s’entassent dans l’administration ou à la SNCF, pas pour ceux qui veulent travailler.
Lui, par exemple, il en avait bavé avant de devenir chef magasinier et responsable des expéditions. Depuis le djebel, il avait crapahuté rien qu’avec son certif. Et il en était fier. Son boulot, il le connaissait. La baraque, il savait comment elle tournait.
Directeur des ventes, il en aurait été capable. Il en avait même été question. Mais, en 81, la mauvaise année, le fils Legrand, qui prenait de plus en plus de place dans la maison, lui avait préféré un jeunot. Il avait prétendu qu’un diplômé était nécessaire pour la fonction.
D’ailleurs, Jean Ferniti, ça ne l’avait pas trop surpris. Distant et jouant aisément au « monsieur », hypocrite comme pas un, le fils Legrand ne l’avait jamais considéré que comme un subalterne. Quand il mettait les pieds dans son secteur, c’était toujours pour râler à propos d’une expédition mal faite ou n’importe quoi. Et sans le regarder qu’il lui parlait à Jean Ferniti. Ça, il détestait. Ce petit cul pincé, il aurait bien aimé le voir dans le djebel, face aux fellouzes. Il avait trois ans de plus que lui. Ferniti était né en 42, le fils Legrand en 39. De l’Algérie, le fils Legrand n’en parlait jamais. Réformé qu’il avait dû être.
Heureusement que le père Legrand n’était pas de la même trempe. Ah ! c’était autre chose. À croire que le fils n’était pas le fruit du père. Toujours un mot gentil. De la distance, certes, mais juste ce qu’il faut pour un patron. Pas plus. Le père, il lui faisait confiance les yeux fermés. Jamais il se serait permis des remarques comme son connard de fils. Hélas ! ce dernier avait pris totalement la gestion de la baraque en main depuis six ans. 81. Toujours cette année de poisse.
Actionnaire majoritaire, le père, à près de soixante-dix-sept ans, passait encore une fois ou deux par semaine un après-midi dans son ancien bureau. Mais on ne le voyait plus guère dans les ateliers ou au magasin.
Depuis le décès de sa femme en 1984, il s’était rapetissé rapidement. Il n’était plus tout à fait le même. Et le fils semblait en profiter pour imposer ses vues à son vieux.
Ah ! avant, il filait quinze nœuds le fiston quand le père tenait encore les rênes. Combien de fois Jean Ferniti n’avait-il pas assisté à des engueulades du jeune par le vieux. La queue basse qu’il en sortait, le fils.
Le père, ç’avait été un chef. Il faisait pas dans l’ambiguïté et les manières, lui. Il était franc. Et savait se faire respecter – avant qu’il ne commence de perdre la boule, bien sûr.
C’est pas avec lui qu’on aurait vu un syndiqué dans la cabane, ni même à la porte pour distribuer des tracts coco. Avec son taré de fils, sûr, si ça continuait comme ça, avec ses façons, c’est pas un syndiqué qu’on verrait, mais tout un syndicat.
Le vieux, lui, aucun, même pas FO où qu’il y a du RPR. Faut dire que le vieux, le RPR, il ne l’avait jamais aimé. Une petite aide par-ci, par-là pour les élections. Faut bien que les affaires tournent. Quand on est patron, on est bien obligé de fréquenter les gens du pouvoir. Mais le gaullisme d’avant, de pendant et d’après, c’était pas son truc. Le sien, au père Legrand, c’était l’ordre moral, le vrai, celui de Pétain, le Maréchal.



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vendredi 18 juillet 2008

Noir Express : "National, toujours !" (Chroniques croisées II) par Alain Pecunia, Chapitre 1

Dans une banlieue HLM parisienne des années 80, deux crimes sexuels viennent jeter le trouble dans une paisible résidence et font monter la tension. Jean Ferniti et Albert Papinski ont décidé de frapper un grand coup et d’exécuter les ordres du « chef ». Bientôt leur « grand soir ». Et on ne voit pas ce qui pourrait les arrêter en si bon chemin. Mais qui est leur mystérieux« chef » ?

C’est l’histoire de beaufs quelque peu extrémistes tels qu’on en trouvait dans les cités HLM. L’épilogue a lieu en avril 2002 et Jean Ferniti réapparaîtra dans les Chroniques croisées 9 et 10. A lire au second degré !






Chapitre 1





Comme chaque matin, à six heures douze précises, Jean fut réveillé par la chasse d’eau du quatrième.
Il grogna et dit à mi-voix :
– Merde, ce con, il est réglé comme un coucou suisse.
Il se roula dans ses couvertures, tentant de retrouver son rêve.
À présent, il entendait la baignoire qui se remplissait. Puis des voix étouffées, le pleur d’un enfant.
En semaine, il ne pouvait jamais dormir au-delà de six heures douze. Pourtant, lui, il n’avait à se réveiller qu’à six heures trente.
– Bande de bougnouls ! dit-il à haute voix en se levant.
Un rire étouffé de femme lui parvint. Il résonnait en lui comme un écho moqueur. Jean lança un regard rageur au plafond.
– J’en ai pas buté assez en Algérie, de ces coupeurs de couilles, murmura-t-il à lui-même. Ils ont voulu leur indépendance mais il faut qu’ils bouffent sur le Français, ces minables.
Comme chaque matin, il se lançait dans son monologue.
Il se dirigea vers le bocal du poisson rouge planté au milieu du buffet sur une assiette.
– Ça va, mon Titi ? dit-il en tapotant de petits coups secs de son index droit contre la paroi de verre. Ils seraient capables de te bouffer, tu sais, les bicots ! ajouta-t-il en montrant du doigt à Titi le plafond.
Il grignota une pomme tandis que le café passait et revint donner à manger au poisson.
Comme chaque matin, il dialoguait avec Titi, faisant les questions-réponses.
Puis il prit son café et alla se laver.
Quand il sortit sur le palier, les piaillements des enfants partant pour l’école emplissaient la cage d’escalier.
Comme chaque jour, il prenait son temps pour s’assurer de la fermeture de son verrou. L’aînée des Kamil descendait l’escalier et arriverait bientôt à sa hauteur.
– Bonjour, dit-elle en souriant. Ça va ?
– B’jour, répondit-il renfrogné sans la regarder.
Quand elle l’eut dépassé, il jeta un regard à la dérobée.
Il ne put s’empêcher de penser qu’elle était belle pour une Arabe. « C’est comme les Juives, se dit-il, elles sont précoces et salopes. »
Arabes et Juifs, pour lui, étaient à mettre dans le même charter. Direction la Palestine pour faire simple et qu’ils puissent s’y exploser la gueule joyeusement.
« Chacun chez soi, se disait-il en franchissant le hall défraîchi et couvert de graffitis du HLM. La France aux Français et toute cette lie d’étrangers chez eux. »
Le gardien de la cité interrompit le cours de ses pensées.
– Alors, monsieur Ferniti, ça va ?
– Ça ira mieux un jour ! dit-il en redressant la tête et en indiquant du menton un jeune Français au teint basané qui tentait de faire démarrer son vélomoteur.
– Oui, mais quand ? Ma femme, elle en a de plus en plus peur avec ce qui se raconte partout. Ça ne peut plus durer, monsieur Ferniti, surtout depuis ce deuxième meurtre.
– Ça ne durera pas, Georges. Patience ! répondit fermement Jean Ferniti. Patience, c’est pour bientôt.
Puis il baissa la voix.
– Quand on sera au pouvoir, les socialo-communistes n’auront qu’à bien se tenir ! Les marxistes à genoux et les étrangers chez eux. Ils perdront leur arrogance, vous verrez !
Tout en marchant vers l’arrêt d’autobus, il rêva de la France de demain. Une France forte et qui saurait se faire respecter. Dont il serait un des artisans. La preuve que ça avançait, c’était l’état dans lequel se trouvait la cité depuis ce deuxième meurtre.
État de choc au premier, tension depuis le deuxième. Au troisième, ça péterait. Sûrement.
La presse parlait de crime à caractère raciste ou racial. Selon.
La première victime était une jeune adolescente française retrouvée la gorge tranchée après avoir été violée dans une des caves labyrinthes de la cité. Au moins deux personnes se seraient trouvées avec elle sur les lieux selon les indices et les prélèvements divers. « On » soupçonnait de jeunes désœuvrés d’origine maghrébine.
La deuxième victime, une Arménienne d’une trentaine d’années. Dans les mêmes conditions. Mais dans une autre cave de la cité. Et comme il n’y avait pas de Turcs dans la cité, « on » soupçonnait encore de jeunes Arabes.


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mardi 3 juillet 2007

mercredi 20 juin 2007

Noir Express : premières pages de "La Fatwa" par Alain Pecunia

Jean-Henri Loubert, dit Jeanri, était satisfait de lui. Comme toujours, eût-il pu remarquer s’il avait été conscient de ce trait de caractère. Mais, là, il était particulièrement satisfait de lui, et non sans raison.
Il ne lui restait plus qu’à attendre. C’était une question de jours. Une quinzaine tout au plus, avait-il estimé.
Il s’étira dans son lit et regarda sa montre.
Il était six heures vingt.
Dans dix minutes exactement, car celui-ci était un maniaque de la ponctualité, Luc Mouginot sortirait de chez lui et se rendrait à pied à son café-restaurant de la Dune, qu’il ouvrirait à sept heures pétantes.
Jean-Henri se leva à poil et ouvrit les volets de sa chambre.
Posté derrière les rideaux, il ne pouvait s’empêcher de consulter sa montre toutes les dix secondes.
Six heures trente. Il vit sortir Luc Mouginot de chez lui.
Jean-Henri eut un sourire de satisfaction.
– Va, mon gars, dit-il à haute voix, t’en as plus pour longtemps.
Il consulta à nouveau, machinalement, sa montre. Il avait largement le temps de préparer son café.


Vingt minutes plus tard, il revint se poster derrière les rideaux de sa chambre.
Maryse Mouginot allait bientôt ouvrir les volets de la villa.
Il fut tenté d’écarter légèrement le rideau pour mieux l’apercevoir quand le premier volet – celui de la chambre du couple Mouginot – fut rabattu.
Maryse Mouginot ouvrait toujours sa maison en chemise de nuit. Une nuisette vaporeuse qui laissait entrevoir le haut de sa poitrine opulente et découvrait totalement ses cuisses. Mais, là, pour en jouir pleinement, il fallait que Jean-Henri attende qu’elle apparaisse sur le perron et rabatte les volets à trois battants de la porte-fenêtre.
Il était tout excité quand elle apparut enfin. Maudissant ce foutu voilage qui lui gâchait le spectacle.
« Toi, tu vas être veuve, ma cocotte », se dit-il en portant à deux mains le bol de café à ses lèvres.
Jean-Henri avait toujours eu envie de sauter Maryse Mouginot. Mais c’était une aguicheuse, pas une volage.
Il se sentit encore plus excité en se prenant à rêver que, peut-être – et même sûrement, pourquoi pas ? –, il aurait ses chances quand elle se retrouverait veuve.
Il pensa que ce serait la cerise sur le gâteau. Le parachèvement absolu de sa vengeance. Baiser la femme de son pire ennemi après l’avoir fait mourir.
Jean-Henri n’en pouvait plus. Prenant son bol vide dans la main droite, il entreprit de se masturber sur-le-champ, debout derrière les rideaux, en fermant les yeux sur l’image de Maryse à poil. De l’autre main, car il était gaucher.



Comme tous les matins, Jean-Henri Loubert retourna se coucher jusqu’à neuf heures. Mais, cette fois-ci, rien ne pressait réellement. Tout serait bientôt conclu.
On l’avait pris pour un con. On s’était moqué de lui. On l’avait trompé. Trahi. Eh bien, ils allaient voir !
Il songea à sa « pauvre » femme qui avait préféré rester vivre à Paris avec son boulot à la con et pour être près des enfants. Refusant de le suivre sous prétexte de ne pas lâcher la proie pour l’ombre. Mais, à cinquante-trois ans, il était peut-être temps de quitter Paris et de profiter de la vraie vie jusqu’à la retraite avec un boulot sympa.
Jean-Henri avait été certain de prendre la bonne décision. Avec les indemnités de son licenciement économique, et l’héritage de son père qui était tombé à point nommé le mois suivant, c’était le moment ou jamais de changer de vie.
Ni frère ni sœur, la villa était pour lui seul ainsi que les cent vingt mille euros que le père avait sur ses comptes.
Il avait un toit, de quoi voir venir avec ses indemnités et il pouvait investir les cent vingt mille dans un café-restaurant. Son rêve de toujours. Mais ici, à Saint-Michel-Chef-Chef. Pas ailleurs.


C’était cet enfoiré de Luc qui lui avait refilé ce virus. Son meilleur pote d’enfance. Enfin, un de ses multiples potes.
Lui, le Luc, il n’avait pas eu à se décarcasser dans la vie. Il avait fait le barman dans l’affaire de ses parents dès la fin de la scolarité obligatoire et s’était contenté de prendre leur succession quand ces derniers avaient pris leur retraite.
Un boulot peinard. Trois mois de saison à bosser et à faire son beurre. Le reste de l’année à se laisser vivre avec l’habitué local et le représentant de passage. De quoi laisser du temps pour la pêche et la chasse.
L’été précédent, alors que Jean-Henri était encore salarié, Luc lui avait laissé entendre qu’il avait envie de passer la main. Il n’attendait que la première occasion et l’acheteur.
– Si c’était moi, tu me ferais un prix ? il lui avait demandé.
– Un prix, je ne sais pas. Le prix, c’est le prix, avait dit Luc. Mais, si c’était toi, je te ferais des facilités. T’es mon pote, Jeanri, c’est la moindre des choses.
Pour Luc Mouginot, tous ses clients réguliers étaient des potes. Et ses potes avaient toujours été, en quelque sorte, ses clients. Commerce de bibine oblige.
[…]


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mardi 12 juin 2007

Louise et les autres, la suite Flash noir par Alain Pecunia

Après Jeux d'enfants et Louise, La Fatwa, Le Prix du meilleur scénario et Fin de race seront bientôt disponibles en e-books téléchargeables sur lulu.com.
Avec deux autres textes à venir ultérieurement, ils constituent la suite "Flash noir", tous plus déconcertants les uns que les autres. Le premier chapitre ou un extrait figure sur mon blog mais le résumé (la "4e" de couverture) n'y figurait pas encore. Alors, si cela peut vous en donner le goût, le voici.

Dans Jeux d'enfants, je me suis attaché à la destinée du petit Philippe Borjol, "Machiavel" du crime en herbe. Son seul but est de vivre avec celui qu'il croit être son "vrai" père et il saura atteindre son objectif en éliminant les obstacles majeurs se dressant sur son chemin. Mais sa "soeur" perturbe sa puberté et son "père" le blesse dans son idéal familial. Alors le petit Borjol au visage d'ange reprendra sa quête à sa façon toute simple que certains pourraient juger gore. Mais est-il un monstre pour autant et aura-t-il droit à sa rédemption ?

Louise est née "grâce" à une amie qui a vu son studio parisien squatté alors qu'elle était en vacances. Et cela dure depuis près de trois ans. Evidemment, ce n'était qu'un point de départ et, s'il est question de squat dans mon récit, le scénario est bien plus complexe avec mon personnage de Serge Fabrique, chroniqueur théâtral renommé, amateur de jolies femmes et farouchement réfractaire à toute union durable. D'ailleurs, il a une méthode infaillible pour se débarrasser de ses partenaires en évitant tout drame. Mais, contre toute attente, sa méthode se révèle inopérante avec sa dernière conquête, la ravissante Louise, anthropologue américaine en poste à l'Unesco.
La rupture sera accidentellement brutale et Serge se réfugie quelque temps chez sa tante, son initiatrice amoureuse. Hélas ! quand il réintégrera ses pénates, il trouvera son appartement occupé par de sympathiques squatters et aucune trace du corps de Louise. Ce qui ne correspond pas du tout à son scénario.
Si l'on ajoute que Louise n'est pas celle qu'il croyait et que lorsque son cadavre réapparaît ce n'est pas le sien...
La Fatwa, quant à elle, a pour cadre Saint-Michel-Chef-Chef, paisible commune du littoral de la Côte de Jade, renommée pour ses galettes et qui me tient à coeur - j'y ai passé une grande partie de mes vacances durant une vingtaine d'années et j'y compte toujours des amis chers - et à corps, si je puis dire, puisque c'est là que, dans la nuit du 4 au 5 août 1966, les services français et espagnols (franquistes alors), réunis dans une glorieuse action combinée, parvinrent à m'intercepter et à me rendre paraplégique (mais, puisque je fus laissé pour mort, je ne pense pas que ce fusse leur objectif, de toute façon nous y reviendrons...)
Bref, dans cette paisible commune de Loire-Atlantique, avenue des Coquelicots-d'Argent, Jean-Henri Loubert, dit Jeanri, guette derrière ses rideaux le départ matinal de Luc Mouginot pour son travail. Pour la dernière fois, car Jeanri a décidé que cet ami d'enfance qui l'a trahi devait mourir.
Grâce à ses dons de télépathe, la "fatwa" que Jeanri a lancée sur Mouginot devrait le terrasser. Mais, si les morts se succèdent dans le voisinage, Luc Mouginot, quant à lui, est toujours bien vivant. Jeanri en est donc désespéré. Il n'est pas un criminel et n'a jamais souhaité la mort d'innocents et encore moins celle de...
Il décide alors de "réparer" de toute urgence la "fatwa" déréglée et de reprendre ses dons en main. Mais... et mais...
Avec Le Prix du meilleur scénario, nous rejoignons la Normandie, précisément le département de l'Eure, celui du "bonheur"...
Fabien Duguenot, scénariste de renom, y vit retiré en compagnie de Carole, sa séduisante épouse. Fabien peine sur l'écriture de son dernier scénar mais parvient finalement à le boucler à sa grande satisfaction car il est positivement gé-nial.
Une tragédie survient alors dans le voisinage.
La réalité révélant une étrange parenté avec son scénario, Fabien Duguenot se voit contraint de le modifier. Mais les événements nne cessent de s'entremêler à la fiction et le scénario se détraque ainsi que la réalité.
Et, comme souvent dans mes romans noirs, les "services" ne sont jamais loin...
Changement de registre avec Fin de race puisque nous naviguons entre la Sologne et Paris VIIe.
Grâce à la mort de son père, Hector-Louis, psychiatre-psychanalyste de profession, hérite du titre de baron. Célibataire endurci, il se doit malgré tout à présent d'envisager de convoler en justes noces aristocratiques pour assurer sa descendance. Tâche ardue que sa mère décide d'assumer à sa façon car elle a toujours veillé avec un soin jaloux au bonheur de son fils, le seul amour qui ait illuminé sa vie (mais peut-être en avez-vous des exemples autour de vous ?). Transformant un banal acte biologique en chemin de croix pour Hector-Louis qui prendra conscience d'avoir tout raté, même son suicide.
Outre sa mère possessive, une soeur déjantée et un demi-frère ex-taulard se pressent aux pieds de son fauteuil roulant en une conjuration maléfique.
Le titre de baron de Dugon de Milain de la Rochepic de Croisieu doit se transmettre coûte que coûte. Noblesse oblige...
(Ici, pas de "services", la famille suffit largement.)