Affichage des articles dont le libellé est prison. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est prison. Afficher tous les articles

mardi 9 septembre 2008

Noir Express : "Cadavres dans le blockhaus" (C. C. IV) par Alain Pecunia, Chapitre 17

Chapitre 17





On m’a conduit à la prison de Nantes. Le 21 juin. Je n’y suis resté que jusqu’au lundi 7 juillet. Pourtant, ça me plaisait bien. C’était rustique, même un peu austère. Mais j’aimais bien la cellule où j’étais tout seul « étant donné mes mœurs ». J’étais tranquille. Comme protégé. Plus rien ne pouvait m’arriver.
Il y avait même un gardien qui était plein de petites attentions pour moi. Il était gentil. Il m’amenait du chocolat, du saucisson. Des petites choses qui améliorent l’ordinaire d’un prisonnier. Et sans rien demandé en échange.
Il m’a même dit un jour qu’il s’appelait Michel mais que je pouvais l’appeler Michou quand on était entre nous.
Dommage que je ne sois pas resté là plus longtemps. Je suis sûr que nous aurions pu devenir de grands amis. En prison, on a le temps de se faire des amis.
Paraît que je n’étais pas tout à fait responsable. Que mon cas relevait de la psychiatrie. Que j’étais un peu fou, quoi !
Alors on m’a emmené dans un lieu – à Paris ou près de Paris, je ne sais pas vraiment – où il y avait plein de gens comme moi, qu’on m’a dit. Mais je me trouvais plein de différences avec eux. Ils n’étaient pas du tout comme moi. En tout cas, je préférais la prison.
L’avocat m’a dit que j’avais de la chance. Moi, je ne trouve pas. Avec tous les trucs qu’ils me font prendre, je me trouve bizarre.
Je préférais le saucisson et le chocolat de Michou.
Et puis, c’est pas un lieu où l’on peut se faire des amis.



© Alain Pecunia, 2008.
Tous droits réservés.

jeudi 14 août 2008

Noir Express : "National, toujours !" (C. C. II) par Alain Pecunia, Chapitre 25

Chapitre 25





Ferniti partit purger sa peine à Moulins et Papinski aux Baumettes.
La population des Baumettes étant majoritairement d’origine maghrébine, Papinski eut du mal à y trouver sa place.
Il bassina tellement les oreilles des uns et des autres au fil des ans par ses : « Mais je suis émigré comme vous. Moi je suis fils de Polonais », qu’il fut victime de l’ironie de l’histoire.
Au début de la deuxième Intifada, les plus fanatiques se mirent à voir en lui un Juif polonais. Le seul Juif qu’ils aient sous la main.
Il mourut bêtement le 5 octobre 2000. Égorgé tandis qu’il prenait sa douche.
Quant à Ferniti, il eut plus de chance. Il passa sa détention dans le quartier des activistes politiques, français et arabes, parvenant même à se faire accepter d’eux quand il comprit qu’il fallait jouer la carte palestinienne.
Pour bonne conduite – en fait, pour avoir accepté d’être placé comme mouton dans le quartier des activistes –, Jean Ferniti fut libéré discrètement vers la fin avril 2002. Il avait cinquante-neuf ans.
Il était l’auteur de cinq meurtres effroyables et prémédités, à caractère raciste, mais sa libération anticipée passa tout à fait inaperçue.
La France d’alors était occupée à manifester contre Le Pen et le fascisme et s’apprêtait, dans le même mouvement, à plébisciter son président sortant.


© Alain Pecunia, 2008.
Tous droits réservés.

mercredi 10 octobre 2007

Noir Express : Un extrait de "Entomologie II"

La tartine de moutarde

HISTOIRE VRAIE

À Élise

Au fond de ma prison
Une petite fille
Surgit de mon enfance


Souillonne
Sur le pas de sa masure
Tout le jour seule
Aux grands cheveux d’or
Et les yeux clos


Au fond de ma prison
Une fillette
Me sourit
De ses grands yeux pers
Je lui dis bonjour
Elle hoche la tête


Au fond de ma prison
Une sauvageonne
Me tend la main
Et m’apprivoise
M’entraînant dans sa cuisine
Salle à coucher
Sans un mot
De ses lèvres muettes


Au fond de ma prison
Je me souviens
Qu’elle m’offrit
Une large tartine de moutarde
Et je revins souvent
Dans la masure
Au quatre heures
Pour ce goûter de la misère
Et de la tendresse


Au fond de ma prison
Les larmes me viennent aux yeux
De t’avoir enfouie si long temps
Petite fille aux yeux pers
Et aux longs cheveux d’or
Au fond de ma prison
Je t’écris pour te dire
Combien il m’était cher
Ce goûter



Un jour
Je passai sans m’arrêter
Tu te retournas
Sans poser de questions
Car dans ta vie de misère
Tu n’en posais aucune
De tes grandes lèvres muettes


Au fond de ma prison
Je t’écris pour te dire
Combien elles étaient douces
Tes tartines de moutarde
Et que j’étais sot à six ans


Que tu sois geôlière
Ou princesse
Vivante ou morte
Après un si long temps
Au fond de ma prison
Ma main cherche la tienne
Pour t’inviter à courir
Au grand soleil
© Alain Pecunia, 2007.Tous droits réservés.