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vendredi 4 décembre 2009

Noir Express : "Sous le signe du rosaire (Le retour)" (C. C. XIII) par Alain Pecunia, Chapitre 25


Chapitre 25





Le TGV de Christelle arriva en gare de Strasbourg a vingt-deux heures cinquante-deux.
Elle prit sa voiture laissée sur le parking et arriva près de chez elle vers vingt-trois heures trente.
Elle aperçut les gyrophares d’une voiture premiers secours des pompiers et de trois véhicules de police.
Une heure plus tôt, les abords du petit immeuble où elle habitait avaient été sécurisés. Le capitaine responsable du groupe, après avoir constaté qu’il n’y avait pas de code d’accès et que quiconque pouvait pénétrer librement, avait demandé au gardien de lui localiser les fenêtres de l’appartement de Christelle de Saint-Fort sur la façade.
Les volets des deux fenêtres du deux-pièces au troisième étage, sur la gauche, n’étaient pas fermés.
Dix minutes plus tard, le capitaine crut discerner un furtif mouvement de rideau.
Il releva à nouveau la tête vers les fenêtres.
Il eut tort. Ou raison. En tout cas, son attitude parut suspecte à Matthieu Toussaint qui avait pénétré par effraction discrète dans l’appartement de la jeune femme peu après vingt et une heures et qui s’impatientait, hésitant encore entre la défénestration suicidaire ou l’électrocution accidentelle dans le bain.
L’attitude du capitaine mit fin à son dilemme. Pour l’instant, il préférait s’éclipser discrètement et ne pas se faire prendre bêtement.
Il sortit de l’appartement silencieusement et se trouva nez à nez avec une jeune femme aux cheveux blonds mi-courts et à la mâchoire crispée qu’il regarda en souriant. Le lieutenant Handam qui avait été postée sur le palier et qui venait juste d’entendre dans l’oreillette de sa radio le capitaine annoncer à chacun que la cible se trouvait peut-être dans l’appartement.
Elle avait l’avantage, puisqu’elle avait commencé à dégainer son arme aussitôt.
– Les mains en l’air ! ordonna-t-elle en le visant à la tête quasiment à bout portant.
Matthieu Toussaint était déconcerté mais il avait toujours méprisé les femmes, et encore plus les fliquettes. En plus, celle-ci était une jeunette et une bleue. Ça se voyait à sa façon de tenir son revolver. Il pouvait tenter de la désarmer. Elle hésiterait à tirer.
Il commença à lever ses mains très lentement. Sans brusquerie. Comme au ralenti.
– Je le fixe ! ajouta-t-elle la voix tendue, parlant dans son micro, avec un rien de tremblement qui n’échappa pas au lieutenant Toussaint.
Il fixait toujours la fliquette en souriant d’un sourire enjôleur qui masquait une haine profonde.
Ses mains étaient à présent à hauteur de la poitrine.
Oui, il pouvait la désarmer. Il ne songeait même pas à la suite des événements. Il était obnubilé par le désir de donner une bonne leçon à cette garce.
Il entendait le bruit de la cavalcade dans l’escalier en arrière-plan.
Il fallait qu’il se décide. Il se décida.
Il mourut sans comprendre comment cette conne avait pu déceler son intention et prévenir son geste.
La salope, elle avait été meilleure que lui, le champion de sa promotion aux sports de combat, le plus fort et le plus rapide de toute la Crim pour désarmer un gus à mains nues et à bout portant…
Le lieutenant Handam tenait son arme abaissée à présent à deux mains, tentant de réprimer leur tremblement nerveux.
C’était son premier tué.
Après la fouille du corps, le capitaine Wolff lui tendit avec une moue de dégoût la photo trouvée dans le portefeuille de leur « client » particulier.
La photo représentait une jeune fille nue au regard vide allongée entre une femme et un homme d’une quarantaine d’années également nus. La femme regardait l’objectif en brandissant un énorme godemiché et l’homme se faisait masturber par la jeune fille, en lui tenant le poignet.



© Alain Pecunia, 2009.
Tous droits réservés.

Noir Express : "Sous le signe du rosaire (Le retour)" (C. C. XIII) par Alain Pecunia, Chapitre 24

Chapitre 24





Le lieutenant Matthieu Toussaint avait effectivement pris le TGV de quinze heures quarante-quatre à la gare de l’Est. Celui qui arrivait à Strasbourg-Gare à dix-neuf heures quarante-six. Ce qui lui laissait une marge confortable puisque l’arrivée des suivants s’échelonnait ensuite à partir de vingt et une heures deux seulement.
La veille au soir, il avait vu sur l’agenda de service du capitaine Isabelle Cavalier qu’elle avait donné rendez-vous à Sabrina Claron pour le lendemain en seconde partie de matinée.
Ce mercredi, il l’avait attendue sur son chemin de retour à la sortie de la station de métro La Tour-Maubourg. Pour savoir si elle s’en était bien tirée face à Cavalier.
Ils se parlèrent brièvement.
Elle avait tenu le coup mais elle avait croisé cette garce de Christelle qui était convoquée avant elle et qui avait dû « dire des choses ».
« Merde ! se dit Toussaint. On avait oublié celle-là et cette salope de Cavalier a dû la convoquer en loucedé puisqu’elle ne figurait pas sur son agenda… Merde ! »
Il était aussitôt rentrer chez lui. Un agréable trois-pièces haut de plafond et dont l’immeuble communiquait par les caves avec celles de l’hôtel particulier de Bonnot.
C’était d’ailleurs Bernard Bonnot qui lui avait loué cet appartement sous un nom d’emprunt quinze mois plus tôt. Par commodité pour leurs petites affaires.
Il avait immédiatement rejoint Bonnot par les caves.
Lui aussi avait aussitôt vu le danger.
– Je la connais bien, cette salope sainte-nitouche. Elle nous déteste et c’est sûr qu’elle a craché le morceau !
La décision avait été vite prise.
Le préfet Bernard Bonnot avait fouillé dans sa collection de photos particulières méticuleusement classées par années et par mois.
Il en extirpa une où figurait Christelle allongée entre Éloïse Cangros et Bernard.
– C’est la plus nette et une des dernières, dit-il en la lui tendant.
– Mais je n’ai pas son adresse à Strasbourg et elle a dû mettre le téléphone de son domicile sur liste rouge !
– T’inquiète ! Je prends toujours mes précautions et je l’ai.
C’est aussi Bonnot qui avait eu l’idée qu’il rentre chez lui par les caves et en ressorte aussitôt pour revenir à l’hôtel par la porte cochère.
– S’il y a une surveillance, ils te verront rentrer et ce sera ton alibi puisqu’ils ne t’auront pas vu ressortir. On aura passé l’après-midi ensemble et tu seras resté pour une folle nuit d’amour, mon ange, dit Bernard Bonnot en caressant voluptueusement le visage de Matthieu Toussaint qui lui tendit sa bouche.


© Alain Pecunia, 2009.
Tous droits réservés.

jeudi 3 décembre 2009

Noir Express : "Sous le signe du rosaire (Le retour)" (C. C. XIII) par Alain Pecunia, Chapitre 23

Chapitre 23





Le même soir, après que leur fille Philippine eut accepté d’aller se coucher, Isabelle et Pierre Cavalier échangèrent leur moisson d’informations et firent le point.
Le personnage central du puzzle restait donc le préfet Bernard Bonnot. Les quatre couples y avaient pris leur place ainsi que leurs filles.
Quelque chose avait dû déraper au niveau de leurs activités « de groupe ».
Bernard Bonnot n’avait pas assisté à la cérémonie religieuse. Sûrement par prudence.
S’il avait tiré les fils des meurtres, il devait juger préférable de rester dans l’ombre. Éviter que les enquêteurs ne puissent établir un lien entre lui et les parents des deux victimes.
Et il avait raison. Il ne pouvait se douter des révélations de Christelle de Saint-Fort.
– Merde, mais si ! dit Isabelle en bondissant de sa chaise.
– Qu’est-ce qui te prend ? demanda son mari surpris.
– Nous sommes idiots ! Si Sabrina Claron a trouvé le moyen de lui faire savoir qu’elle a croisé Christelle de Saint-Fort à la Crim, il peut craindre qu’elle n’ait parlé et elle est donc en danger.
– Il risquerait gros de la faire disparaître. Deux crimes dans la même famille, ça ferait trop de bruit et ça le mettrait en danger.
– Mais c’est un pervers vicelard, cet enfoiré ! cria Isabelle. Il se croit au-dessus des lois. Rien ne l’arrêtera.
– Elle ne va pas se faire étrangler, arrête de délirer, Isa…
– T’as raison, elle ne va pas se faire étrangler, dit Isabelle la voix étranglée. Ils vont la tuer autrement. Et je ne sais même pas où elle se trouve…
Pierre Cavalier réalisa soudainement que sa femme avait raison.
– Je suis con, lâcha-t-il la voix blanche.
– Bon, mais sois un con utile. Fais quelque chose avec ton service à la noix !
Pierre Cavalier ferma les yeux pour se concentrer.
– Bon, fit-il au bout d’une minute qui parut interminable à Isabelle. C’est Lenoir qui surveille l’hôtel de Bonnot cette nuit. Personne n’en est sorti ou entré, sinon il aurait téléphoné. Par ailleurs, Christelle n’a pas dû loger chez ses parents et les Saint-Fort sont partis enterrer Angeline dans un bled en Touraine où ils ont une maison de famille. Elle n’était pas avec eux. À mon sens, elle a repris un train pour Strasbourg. C’est donc là-bas qu’elle est en danger.
– Ou pendant le trajet ? intervint Isabelle.
– Non, je ne crois pas. Je serais eux, j’organiserais un accident genre piéton renversé par un chauffard ou un suicide quelconque, type la sœur qui a culpabilisé d’avoir rompu avec sa famille et ne surmonte pas le décès de sa petite sœur.
Isabelle considéra son mari avec étonnement, comme si elle avait affaire à un étranger.
– Comment tu fais pour penser tordu comme eux ?
Il haussa les épaules et crispa les mâchoires. Il avait failli dire : « C’est mon boulot ! »
– J’imagine, c’est tout. Et je ne vois pas de hauts fonctionnaires mettre la main à la pâte. Ces types-là, ils sont habitués à avoir des sous-fifres et des larbins. Ils n’ont pas de sens pratique, sinon ça se saurait. Ils feraient moins de conneries.
– À qui tu penses ?
– Il est où ton lieutenant Toussaint ?
– Il a pris deux jours. Il a un tas de récups en retard. Mais la Crim ne va pas lancer un avis de recherche comme ça contre un de ses hommes ! fit Isabelle dépitée.
– Non, mais moi je peux mettre un dispositif de surveillance à la gare et autour du domicile de Christelle. Si rien ne se passe cette nuit, elle restera sous surveillance jour et nuit jusqu’à ce qu’on en ait fini avec ces salauds.
Pierre Cavalier passa les coups de fil nécessaire.
Il était près de vingt-deux heures.
Il espéra qu’il ne soit pas trop tard.
Elle avait dû prendre gare de l’Est le TGV de dix-sept heures quarante-sept ou de dix huit-heures cinquante.
L’un et l’autre arrivaient respectivement à Strasbourg-Gare à vingt et une heures quarante-sept et vingt-deux heures cinquante-deux.
– Ils peuvent se mettre en place rapidement ? demanda Isabelle angoissée.
– Oui, là-bas, il y a une équipe spéciale pour le Parlement que je peux mobiliser dans l’heure. Si elle a pris le train qui arrive dans près d’une heure, nous serons dans les temps.
Pierre Cavalier s’efforça d’imaginer le comportement d’un flic comme Matthieu Toussaint.
La cérémonie religieuse s’était terminée à quinze heures trente et il n’était pas présent dans l’assistance.
A priori, il ne pouvait pas savoir si Christelle de Saint-Fort resterait ou non à Paris. Par exemple, jusqu’au week-end. Mais si la jeune femme avait fui cinq ans plus tôt Paris et ses mauvais souvenirs, elle n’avait sûrement pas envie d’y traîner maintenant.
Il se mit à la place de Matthieu Toussaint.
« Moi, j’aurais appelé le secrétariat en me faisant passer pour un journaliste et demandé à parler à l’attachée parlementaire du député X. Et le secrétariat m’aurait indiqué sa date de retour. »
Donc, Toussaint a dû partir en début d’après-midi dès que la décision d’élimination de la jeune femme a été prise.
Par Bernard Bonnot, probablement.
Il appela le lieutenant Gilbert Lenoir qui était en train de planquer dans une cuisine qui donnait sur l’entrée de la porte cochère de l’immeuble de Bonnot. Chez une vieille dame qui était toute contente de rendre service à la police. – « Ça me fera un peu de compagnie », avait-elle dit.
Il lui demanda de visionner la bande enregistreuse comprenant la plage horaire entre midi et deux et de vérifier la venue à l’hôtel de Matthieu Toussaint.
Les téléphones de Bonnot étant sous surveillance, Toussaint avait dû obligatoirement se déplacer pour lui rendre visite.
– Mais je t’assure, dit Lenoir, personne n’est venu de la journée.
– D’accord, mais celui qui t’a précédé a peut-être été pisser ou abandonné sa surveillance cinq minutes et aura eu la flemme de visionner la bande.
– Mais il l’aurait ensuite vu ressortir, objecta Lenoir. Et Toussaint et Bonnot ont peut être pu communiquer par courrier électronique…
– Non. Je suis convaincu qu’il est venu et qu’il est reparti par une autre sortie. Les caves de l’hôtel doivent communiquer avec les caves d’un autre immeuble sur le derrière.
La vieille dame, insomniaque, rôdaillait dans la cuisine et ne perdit pas un mot de la communication.
Elle tapota l’épaule du lieutenant.
– Excusez-moi, monsieur, dit-elle pour attirer son attention.
Gilbert Lenoir demanda à Pierre Cavalier de patienter.
Elle avait un air de petite fille prise en faute.
– Vers une heure et demie, j’ai remplacé votre collègue pour qu’il puisse déguster le sauté de veau que je lui avais préparé.
Le lieutenant Lenoir crut halluciner.
– Oh ! ne vous inquiétez pas. Il a mangé là dans la cuisine et il a juste été au petit coin après…
– C’est tout ? demanda Lenoir.
– Il a aussi été acheter des cigarettes. Juste un quart d’heure. Mais ne vous inquiétez pas, j’ai surveillé à sa place…
Elle se mit à rougir de confusion.
– … Mais il n’y a que des habitués qui sont passés sous le porche. Des gens qui habitent les appartements dans les anciens communs ou des gens que je vois souvent venir. Rien de particulier, vous savez. C’est ce que j’ai dit à votre collègue…
Gilbert Lenoir s’efforça de rester calme. La vieille dame n’y était pour rien.
Il prit une des photos parmi celles posées sur un coin de la table de la cuisine et la mit sous le nez de la propriétaire des lieux.
– Ce monsieur, qui est un habitué, vous l’avez vu ?
– Bien sûr, quand votre collègue a fini de déjeuner et que je lui ai servi son café ! répondit-elle en haussant les épaules.
Le lieutenant Lenoir fit un bref calcul mental et reprit sa communication avec Pierre Cavalier.
– Confirmation. Il est venu entre quatorze heures et quatorze heures quinze…, dit-il en regardant la vielle dame qui lui montrait les dix doigts de ses mains. Je peux même te préciser. Dix heures dix.
– Bravo, vieux ! Tu as été super rapide pour visionner deux heures de bande de surveillance, le félicita le commandant Cavalier.


© Alain Pecunia, 2009.
Tous droits réservés.