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samedi 7 février 2009

Noir Express : "Pleurez, petites filles..." (C. C. IX) par Alain Pecunia, Chapitre 15 (suite et fin)

Chapitre 15 (suite et fin)





Le commissaire Derosier et le commandant Cavalier découvrirent rapidement une cinquantaine de photos « soft » dans le second tiroir du bureau dans la chambre du fils. Dans une boîte en carton et sous des cartes postales.
Le tiroir était juste fermé à clé et la boîte portait l’inscription « Souvenirs de vacances ».
Une autre boîte fut découverte derrière une pile de livres dans le bas de la bibliothèque vitrée. Elle contenait les photos « hard ».
Derosier était effondré et Pierre Cavalier tenta de le réconforter.
Vainement. Surtout après qu’ils eurent découvert, en allumant l’ordinateur portable du fils, que celui-ci avait créé un site et avait mis les photos en ligne.
– Voilà, dit Pierre Cavalier, comment des enfoirés ont dû avoir l’idée de monter ce coup tordu. Ils sont tombés sur le site, découvert l’origine et fait le rapprochement avec vous… Peut-être que quelqu’un voulait s’en servir pour vous faire tomber ou faire passer un message à la Crim. Mais pourquoi ?
Le commissaire haussa les épaules. Il n’en avait strictement aucune idée.
Pierre Cavalier, plus habitué des coups tordus, tant par son expérience personnelle que par son poste à la Direction centrale des Renseignements généraux, se dit pour lui-même que c’était là un coup génial par sa simplicité.
Il aurait bien aimé savoir si Pierre-Marie de Laneureuville
* pouvait en avoir tiré les ficelles. Et, si c’était le cas, on pouvait s’attendre à des rebondissements.
Normalement parano, il se demanda si ce message ne le concernait pas étant donné que l’enquête avait été menée par sa femme. Une façon de lui signifier que, si lui était en quelque sorte intouchable, « on » pouvait s’en prendre à elle.
Quand ils eurent ramené leur « saisie » à la Crim, Isabelle Cavalier et Djamila Kamil furent atterrées en découvrant les photos « sado ». Myriam ne leur avait pas tout raconté.
Mais le capitaine Cavalier estima qu’il n’était pas nécessaire de réentendre la gamine qui avait été raccompagnée chez elle avec ses parents.
Sa déposition était « éloquente » et il était inutile de lui raviver sa blessure. Si elle n’avait pu raconter « ça », c’est, tout simplement, parce que c’était trop douloureux.
De toute façon, les photos seraient jointes à la procédure et suffiraient largement à l’édification du juge.
Jeff Derosier et ses « clients » verraient leurs chefs d’inculpation s’aggraver lourdement.
Quand le commissaire principal Derosier félicita Isabelle Cavalier pour son travail sur cette affaire, elle vit en face d’elle un homme meurtri et désemparé.
– Je suis très fière de travailler sous vos ordres, monsieur, lui répondit-elle en lui serrant la main.
Elle savait qu’elle ne dirait plus jamais « ce con » ou « ce connard de Derosier ».
* Voir Un vague arrière-goût et Euh-Euh !

© Alain Pecunia, 2009.
Tous droits réservés.

vendredi 6 février 2009

Noir Express : "Pleurez, petites filles..." (C. C. IX) par Alain Pecunia, Chapitre 15

Chapitre 15





À quinze heures trente, ils se retrouvèrent tous dans les locaux de la Crim. Rejoints par les parents de Myriam qui tenaient un magasin de prêt-à-porter vers le métro Pasteur et le Dr Djamila Kamil.
Mise en confiance par la présence de la jeune femme médecin, la petite révéla son calvaire.
Jeff Derosier et elle étaient dans le même lycée. Ils avaient noué une relation amicale au début de l’année scolaire précédente alors qu’elle était en troisième et lui en seconde. Elle avait alors quatorze ans et lui seize ans. En cours d’année, leur relation évolua et ils firent l’amour après les vacances de février. Chez ses parents à elle. Le samedi en général, car leur magasin restait ouvert à l’heure du déjeuner ce jour-là de la semaine et ils n’avaient rien trouvé à redire à ce qu’un camarade de lycée vienne déjeuner avec leur fille.
Puis, à partir des vacances de Pâques de la même année, Jeff l’avait contrainte à faire l’amour à deux ou trois. Des copains de lycée à lui. Souvent les deux qui avaient été arrêtés aujourd’hui. Les plus réguliers. Mais, au total, il y en avait une dizaine qui « alternaient », selon le niveau de leur argent de poche. Car Myriam avait vite découvert que Jeff Derosier les faisait payer. Qu’en fait, il la prostituait purement et simplement.
Jeff Derosier tombait donc sous le coup de proxénétisme aggravé sur une mineure.
Myriam n’avait jamais été consentante pour coucher avec les « potes » du rejeton Derosier.
Le saligaud avait monté son « business » d’une façon très classique.
Au début de sa relation sexuelle avec Myriam, il avait convaincu celle-ci de se laisser prendre nue en photo.
– Juste avec un Polaroïd, avait-il dit. Comme ça, ça restera entre nous.
Au bout de quelques semaines de leur relation, il s’était tout simplement servi de ces photos pour la faire chanter. Menaçant de les divulguer dans le lycée si elle n’acceptait pas de coucher « juste une fois » avec un de ses copains.
– Je te le jure, après je les déchire.
Puis il y eut un deuxième copain.
Et de nouvelles photos prises en cachette.
De nouvelles menaces.
De nouveaux copains.
Jeff Derosier les faisait venir par un ou par deux. Question discrétion.
– Je me sens sale, fit-elle en ravalant ses larmes.
– Tu n’es pas sale, ma chérie, lui dit Djamila Kamil. Tu as été salie par des salopards.
Sa mère lui demanda pardon de ne s’être rendu compte de rien tandis que son père rêvait de justice expéditive.
Le capitaine Cavalier prit la déposition de Myriam et elle avait les larmes aux yeux lorsqu’elle la fit signer à la petite.
Pendant ce temps, le fils Derosier finissait de donner la liste de ses « clients » après être passé aux aveux dès que son père eut débarqué dans le bureau où il était détenu en attente d’interrogatoire.
Le commissaire principal avait demandé à rester dix minutes seul à seul avec son fils « pour s’expliquer ».
Au bout de cinq minutes de coups, bruits de chute et cris divers, ses collègues décidèrent d’intervenir pour que le fiston reste présentable au juge.
Faut dire que Jeff Derosier avait mal commencé en se plaignant à son père que les « enfoirés là » ne lui avaient pas lu ses droits lors de l’arrestation.
– Je vais te les lire, moi ! avait lâché méchamment le commissaire avant de s’enfermer seul à seul avec sa progéniture.
C’était un sanguin, le commissaire.
Il faillit même remettre ça quand il découvrit, en parcourant la déposition des deux « clients » de son fils, que celui-ci avait joué de la position de son père à la Crim pour les pousser à pratiquer des actes de sadisme sur la gamine. Jeff Derosier leur ayant fait miroiter « l’impunité »…
C’était un tel choc pour le commissaire que le divisionnaire le dispensa d’une perquisition en règle de son appartement. Il proposa un accommodement. Pierre Cavalier l’accompagnerait chez lui pour récupérer les photos qu’avait prises son fils.



© Alain Pecunia, 2009.
Tous droits réservés.

jeudi 5 février 2009

Noir Express : "Pleurez, petites filles..." (C. C. IX) par Alain Pecunia, Chapitre 14 (suite et fin)

Chapitre 14 (suite et fin)





Huit minutes plus tard, ils atteignaient la porte de l’appartement. Il était presque treize heures dix.
En prêtant l’oreille, ils entendirent des gémissements étouffés sur fond de musique techno.
Une grand-mère qui revenait de courses leur demanda même s’ils venaient pour la musique « trop forte ».
Évidemment, avec plusieurs appartements par étage et à l’heure du déjeuner, ça ne pouvait passer totalement inaperçu. Surtout lorsqu’ils décidèrent de fracasser la porte d’entrée après que leurs coups de sonnette et leurs « Ouvrez, police ! » furent restés sans réponse. Une de ces portes que l’on fait de plus en plus solides même dans les immeubles dits « sociaux ».
Gilbert et Pierre tentaient donc d’« ouvrir », tandis que le capitaine Cavalier répétait : « Police ! Ne restez pas là, intervention ! », arme de service au poing dans une main et plaque de police dans une autre, au fur et à mesure que les voisins faisaient leur apparition seuls, en couple ou en famille dans le couloir. Et que la petite grand-mère ne cessait de répéter dans la plus parfaite indifférence que c’était peut-être beaucoup de remue-ménage pour « juste de la musique trop forte ».
Il y eut même un « ami » de la police qui cria : « J’appelle la police ! » Et qui le fit.
C’est vrai, ce n’était pas tout à fait évident qu’elle fût déjà là. Dans leur précipitation, les trois policiers avaient oublié de passer leur brassard réglementaire. De toute façon, ils l’avaient oublié en ce qui concerne Isabelle et Gilbert. Pierre Cavalier, lui, ça faisait longtemps qu’il ne s’en encombrait plus.
Lorsque la porte fut finalement « ouverte » sous leurs coups de boutoir, Pierre Cavalier découvrit le spectacle de trois garçons en train de finir de se rhabiller à la va-vite et d’une gamine terrorisée, recroquevillée sur le divan du salon. Avec ses pleurs pour seule parure.
L’adolescent qui semblait l’aîné, le « Jeff », regardait les deux policiers – Isabelle s’efforçait toujours de « contrôler » le couloir – avec arrogance. Mais les deux plus jeunes les agressèrent avec rage avec tout ce qui pouvait leur tomber sous la main et que l’on peut trouver dans un salon : chaise, vase, bibelots divers, téléphone, coupe-papier…
Ils furent maîtrisés avec difficulté et le couloir ne fut réellement « contrôlé » qu’à l’arrivée de quatre flics du quartier de la BAC de jour.
Une fois l’extérieur sous contrôle des « collègues » qui faisaient la gueule parce qu’ « on aimerait bien, quand même, être prévenus de ce genre de rodéo sur notre secteur », et les deux récalcitrants maîtrisés, le capitaine Isabelle Cavalier pénétra dans l’appartement et pu tenter de reprendre les choses en main.
Elle constata d’abord avec plaisir – malsain, reconnut-elle plus tard devant Pierre, mais plaisir quand même – que son mari et Lenoir étaient tout essoufflés et n’avaient pas su parer tous les coups qui leur avaient été portés par les deux ados.
– Coups et blessures sur agents de la force publique, rébellion à autorité, dit-elle aux jeunes, plus viol en réunion, ça va vous coûter un max, mes cocos !
Ce qui n’eut pas l’air de les inquiéter outre mesure.
Surtout le plus âgé qui la toisait et semblait la narguer.
– Tu vas moins rire tout à l’heure ! lui lâcha-t-elle férocement tout en aidant la gamine toujours en pleurs à s’emmitoufler dans une couverture.
– Je m’en fous. Je suis fils de flic ! lui rétorqua-t-il.
Les trois policiers en restèrent bouche bée.
Le commandant Pierre Cavalier fut le premier à se ressaisir.
– C’est quoi le nom de ton père ?
– Derosier ! jeta avec arrogance l’ado.
Les policiers se regardèrent avec stupeur sous le regard narquois des trois jeunes.
– Derosier… comme le commi…, balbutia Lenoir.
– Comme le commissaire principal Derosier, oui ! lâcha Jeff Derosier.
– Oh ! la merde… Quel coup tordu ! dit Pierre.


© Alain Pecunia, 2009.
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mercredi 4 février 2009

Noir Express : "Pleurez, petites filles..." (C. C. IX) par Alain Pecunia, Chapitre 14

Chapitre 14





Le samedi matin, Isabelle téléphona à Phil, qui n’avait pas de cours le samedi, pour qu’il vienne s’occuper de Philippine en fin de matinée.
Puis elle téléphona au lieutenant Lenoir pour lui demander de se trouver à hauteur du métro Dupleix à partir de onze heures trente et de l’y attendre.
Pierre Cavalier avait proposé son aide à sa femme. Ce qu’elle avait accepté de bon cœur, tout en prenant la peine de lui rappeler qu’il s’agissait de son affaire à elle. Elle lui avait demandé de traîner autour du jardin Nicole-de-Hauteclocque – que tout le monde appelait « le square » – à partir de onze heures et de rester en liaison avec elle et Lenoir.
Philippine était tout énervée à l’idée de passer sa journée avec son « Papy » et expliquait pour l’énième fois à son poisson rouge qu’elle allait lui présenter son grand-père.
Isabelle, elle, commença seulement de s’énerver quand elle constata que Philippe-Henri était en retard.
– Excuse-moi, Isa, dit-il en arrivant à onze heures vingt avec Euh-Euh, mais je suis passé prendre Patrice chez lui.
– OK, dit-elle. Ne faites pas de bêtises et n’oublie pas de faire réchauffer le repas de midi. Moi, je file !
Elle renonça à prendre sa voiture et retrouva Gilbert Lenoir une quinzaine de minutes plus tard au métro Dupleix.
Alors qu’elle terminait son bref topo, elle aperçut Malika, la beurette de Quimper, qui débouchait de la rue Daniel-Stern et la cherchait du regard.
Il était midi quinze.
Isabelle Cavalier et Gilbert Lenoir traversèrent alors le boulevard pour aller à sa rencontre.
Après un bref conciliabule, Malika alla se poster sous le métro à côté du feu tricolore à la sortie de la station.
Le lieutenant Lenoir se plongea dans la lecture des affichettes de l’agence immobilière qui faisait le coin du boulevard et de la rue Daniel-Stern et le capitaine se posta juste en face devant l’entrée de l’agence bancaire.
Il était midi vingt-cinq et, avec, un peu de chance, la petite Myriam ne tarderait plus.
Dix minutes plus tard, une gamine attendait que le feu tricolore passe au vert.
Malika traversa le boulevard à ses côtés quand le feu passa au rouge.
C’était le « signe » convenu.
Les deux policiers la laissèrent s’engager dans la rue Daniel-Stern.
Malika les ignora et descendit le boulevard.
La gamine, une petite brunette de quinze ans en jean et veste fourrée, avec un petit sac à dos, avançait tête baissée et l’air renfrogné.
Isabelle Cavalier eut un pincement de cœur et sentit la rage la prendre. Celle de punir les salauds qui la martyrisaient.
Quand la gamine eut parcouru dix mètres, Isabelle ordonna d’un léger mouvement de tête à Lenoir d’y aller.
Il devait dépasser Myriam et aller se poster à la hauteur de l’entrée de l’immeuble de la gamine.
Isabelle attendit qu’il ait parcouru une dizaine de mètres avant d’avancer en parallèle sur l’autre trottoir, à une trentaine de mètres de l’ado.
Un garçon de dix-sept ans environ, qui se tenait en face de l’immeuble de Myriam, traversa la rue et vint à la rencontre de la jeune fille quand elle ne fut plus qu’à une vingtaine de mètres de l’entrée.
Lenoir ne s’en rendit pas compte. Il dépassa la librairie-papeterie Une histoire et poursuivit son chemin jusqu’à l’entrée.
C’est alors qu’il entendit dans son oreillette Isabelle Cavalier lui demander de revenir un peu sur ses pas pour essayer de capter des bribes de conversation entre les deux jeunes gens.
Au même moment, Isabelle aperçut son mari qui se tenait dans le prolongement de la rue au niveau du square. Il se tenait immobile et lui fit signe d’attendre quand il eut capté son attention.
Elle était surprise qu’il n’utilise pas son micro. Peut-être était-il défectueux. Mais elle vit deux jeunes qui se tenaient non loin de lui et elle comprit qu’il avait dû craindre de se faire remarquer en l’utilisant.
Puis elle vit Myriam et l’ado au blouson de cuir se diriger côte à côte vers l’entrée de l’immeuble. L’ado semblait lui parler mais la gamine restait tête baissée, donnant un sentiment de résignation.
Isabelle traversa la rue et se posta devant la librairie-papeterie.
Pierre parla alors dans son micro et demanda à Isabelle et à Lenoir de laisser passer les jeunes sans les suivre.
– Il y a plus, dit-il sibyllin.
Isabelle Cavalier chercha des yeux son mari et remarqua qu’il avait tourné le dos aux jeunes et s’était déplacé de quelques mètres.
Le lieutenant et le capitaine se mirent donc à contempler chacun de leur côté les titres des journaux dans les présentoirs à l’extérieur et les cartes postales sur leurs tourniquets.
Cinq minutes plus tard, Lenoir et Isabelle, qui commençait de s’impatienter, entendirent le bref message de Pierre Cavalier :
– Ils arrivent. Laissez passer. Rejoignez-moi.
Isabelle se mit alors en mouvement. Suivi par Gilbert avec un temps de retard.
En marchant, vers le square, ils croisèrent les deux garçons d’une quinzaine d’années qui se dirigeaient vers l’immeuble et riaient entre eux.
Ils ne leur prêtèrent pas la moindre attention. Ils donnaient l’impression d’être sur un bon coup.
Lorsqu’ils eurent rejoint le commandant Pierre Cavalier sur la petite esplanade devant le square et qu’il leur dit : « Ça va être bon ! », Isabelle eut un petit pincement.
Elle avait juste accepté un coup de main de son mari – qui était d’ailleurs le bienvenu – et voilà qu’il semblait prendre la direction des opérations alors qu’il s’agissait de sa propre enquête à elle !
Mais elle n’eut pas le temps de reprendre les choses en main.
– On leur laisse dix minutes d’avance, était en train de dire son mari, et nous avons un super flag !
– Explique ! dit-elle sèchement.
– En traînant autour du square, j’ai repéré deux jeunes qui semblaient attendre. Ils m’ont intrigué et j’ai réussi à saisir des bribes de conversation. Qu’ils attendaient l’appel d’un certain Jeff avant d’ « y aller ». Et puis, quand ils ont aperçu au loin la gamine dans la rue, ils ont dit : « C’est elle ! » Ils m’ont semblé tout excités. L’un d’eux a dit : « Faut attendre que Jeff appelle. » Cinq minutes plus tard, le portable de l’un d’eux a sonné et ils sont partis. À mon avis, ce sont nos « clients ».
– T’as intérêt ! lâcha d’un ton rogue Isabelle Cavalier.
Son mari sourit légèrement et regarda sa montre.
– On peut y aller ! ordonna-t-il.
– Mais on ne sait pas dans quel appart ça se passe ! objecta Gilbert Lenoir.
– T’es con, parfois, Gilbert ! se défoula Isabelle Cavalier. Si le gus attendait la gosse dans la rue, c’est qu’il n’est pas de l’immeuble et les deux autres non plus. Donc ça se passe dans l’appart de la petite. Et Djamila nous a donné l’escalier, l’étage et le numéro.



© Alain Pecunia, 2009.
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mardi 3 février 2009

Noir Express : "Pleurez, petites filles..." (C. C. IX) par Alain Pecunia, Chapitre 13

Chapitre 13





Le lendemain en milieu d’après-midi, le capitaine Cavalier reçut le coup de fil qu’elle attendait avec impatience.
Djamila Kamil lui donnait rendez-vous à son appartement à vingt et une heures trente et lui demandait de venir seule.
– Mais je ne t’ai rien promis. C’est le collectif qui décidera, comme convenu, OK ?
Isabelle Cavalier était confiante mais elle éprouva une légère appréhension lorsqu’elle sonna à la porte de l’appartement, situé au quatrième étage dans le même immeuble que le cabinet médical.
Elle avait déjà eu la chance de ne pas tomber par hasard sur l’indic du premier. Dont elle avait fait lever la surveillance confiée à Lenoir vers dix-neuf heures.
Les deux petites filles de Djamila étaient déjà couchées et son mari était de service ce soir-là aux urgences de l’hôpital Pompidou. Donc elles n’étaient qu’entre femmes.
Cinq de seize à quarante-cinq ans.
Deux d’« origine maghrébine », l’une née à Marseille et l’autre à Quimper. Une Black de Tourcoing. Une Aveyronnaise. Une Parisienne « pur jus » et Djamila, « banlieusarde », comme elle se définissait elle-même.
Chacune observa Isabelle Cavalier avec une curiosité attentive à son arrivée.
Après un bref instant qui parut à Isabelle une éternité, Djamila Kamil balaya du regard le cercle plus ou moins parfait que formaient ses cinq copines, en les interrogeant muettement une à une.
– Bon, fit-elle, on est donc toutes d’accord ! fit-elle en se tournant vers Isabelle et en lui proposant de s’asseoir où elle le souhaitait.
Chacune des cinq femmes souhaita alors la bienvenue au capitaine.
– Voilà ce qu’on a décidé, commença Djamila une fois que Cavalier se fut assise sur une chaise près de la télé. Nous avons fait une rapide enquête et nous avons eu confirmation pour cette histoire de viol. Nous connaissons même le nom de la gamine concernée. C’est une gamine que je suis en tant que médecin de la famille. Mais je ne peux pas appeler comme ça chez elle. Donc, la fille cadette de Louison (elle désigna celle qui était l’aînée du groupe, la Black de Tourcoing), qui est dans la même classe que la petite, qui s’appelle Myriam, va trouver un prétexte quelconque pour la faire venir à mon cabinet samedi après-midi ou en tout début de semaine… En tout cas, le plus tôt possible. Si elle le veut bien. Puis j’essaierai de la convaincre de vous rencontrer… Voilà, c’est tout ce qu’on peut faire, conclut Djamila Kamil en haussant les épaules.
– Je vous remercie, dit Isabelle, pour moi c’est déjà beaucoup. Mais, d’ici à ce que vous la rencontriez et que je puisse la rencontrer à mon tour ensuite, il peut se passer beaucoup de choses, surtout pour la gamine. Aussi, avec mon collègue, nous pourrions essayer de la surveiller en attendant.
Elle les vit tiquer.
– Nous ferons ça de notre propre chef, sans en référer à notre hiérarchie, s’empressa-t-elle d’ajouter. Je vous promets de tout faire pour mettre fin à son calvaire avec le moins de casse possible et dans la plus grande discrétion… mais il faut absolument y mettre fin.
Les femmes du groupe acquiescèrent en silence.
– En général, enchaîna Isabelle Cavalier, ça se passe dans une cave, mais ça peut aussi se passer dans un box de parking, un local technique en sous-sol, ou même dans un appartement. Vous avez une idée ?
– Ça ne semble pas se passer dans les caves. Plutôt dans un appartement. Mais ce peut être aussi bien ici ou ailleurs.
– Ce que je propose, c’est que l’une d’entre vous puisse me la décrire quand elle rentrera de cours demain midi. Et, dès ce moment-là, nous la surveillerons.
Elle se mit d’accord sur les détails avec Djamila et l’une des femmes lui prêta un double des clés pour lui permettre d’accéder dans le groupe d’immeubles sans problème.
Il était minuit passé quand Isabelle Cavalier rentra chez elle ce soir-là.




© Alain Pecunia, 2009.
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samedi 31 janvier 2009

Chapitre 11





– Mais qu’est-ce que je vais pouvoir raconter à ce con de Derosier ! dit Cavalier en atteignant le rez-de-chaussée. Je ne vais quand même pas lui parler de poisson qui parle présentement en panne… Leur indic, il est totalement fêlé, oui, il est même bon pour l’HP !
– Écoute, lui dit Lenoir, vérifions la rumeur. Ce sera toujours ça. Il n’y a pas de fumée sans feu.
– Tu veux aller frapper à chaque porte ?
– Au moins le concierge…
– Remarque, ce n’est pas stupide ce que tu dis… Et si on commençait plutôt par ce toubib, là… On est juste devant sa porte…
Ils attendirent patiemment leur tour dans la salle d’attente. Il n’y avait que deux patients avant eux.
Ils furent reçus trois quarts d’heure plus tard par le médecin. Une jeune femme de type méditerranéen d’une trentaine d’années. Le Dr Djamila Kamil.
Au sourire avenant mais qui se referma dès qu’ils se furent présentés.
Le secret médical.
– Mais nous enquêtons sur un viol collectif, docteur, insista Isabelle Cavalier. En tant que femme, vous ne pouvez rester indifférente…
– Je ne suis pas indifférente, rétorqua le médecin. J’anime d’ailleurs le comité de quartier de « Ni putes ni soumises ». C’est vous dire… Si une de mes patientes me confiait avoir été violée ou si je m’en apercevais, je la conseillerais et essaierais de la convaincre de porter plainte, mais je ne téléphonerais pas à la police…
– Vous pouvez au moins nous dire si vous avez entendu parlé d’une rumeur ? demanda Lenoir.
– Non…
Isabelle Cavalier perçut que ce n’était pas un nom définitif. Que le médecin semblait réfléchir.
– Oui…, reprit-elle, il y a effectivement une rumeur qui court… Mais laissez-moi le temps d’en vérifier le fondement…
Le portable du capitaine sonna à ce moment précis.
– Excusez-moi, dit-elle en appuyant sur la touche OK, j’attends des nouvelles de ma petite Philippine…
Pierre rassura brièvement Isabelle et celle-ci présenta à nouveau ses excuses au médecin après avoir éteint son portable.
– Philippine, c’est le nom de votre fille ? demanda le Dr Kamil.
Isabelle Cavalier acquiesça.
– Comme c’est curieux ! J’ai deux filles de cinq et trois ans et l’aînée s’appelle Philippine…
– Pas possible !
– Si ! Et on l’a appelée ainsi parce que mon mari se prénomme Philippe.
– C’est incroyable ! Moi aussi… enfin, c’est son grand-père qui se prénomme Philippe-Henri.
– Oh !
Le lieutenant Gilbert Lenoir fut ahuri de voir les deux jeunes femmes se lancer dans un dialogue « maternel » et féminin à bâtons rompus dans lequel elles se tutoyèrent d’emblée.
Il éprouva la désagréable sensation d’avoir été « oublié » sur sa chaise. De ne pas être là…
Le lieutenant ne pouvait se rendre compte qu’il assistait à la naissance d’une amitié féminine indestructible.
Les deux femmes le savaient, elles.
Mais tous trois ignoraient encore que l’enquête était en train de démarrer à ce moment précis. Grâce à ce pacte féminin.
Après que les deux femmes eurent échangé leur numéro de téléphone et se furent fait la bise, Isabelle Cavalier demanda, juste au moment de partir :
– Que penses-tu de ton voisin du dessus, le Jean Fernandi ?
Le front de Djamila Kamil se plissa.
– Il me met toujours mal à l’aise quand je le croise… Il me rappelle quelqu’un, je ne sais pas qui… ou, plutôt, si, mais c’est quelqu’un qui avait un autre nom, et ça remonte loin…
*.
– Moi aussi, il me met mal à l’aise.
* Voir National, toujours !


© Alain Pecunia, 2009.
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jeudi 22 janvier 2009

Noir Express : "Pleurez, petites filles..." (C. C. IX) par Alain Pecunia, Chapitre 7

Chapitre 7





Le lendemain, mercredi 19 novembre, Isabelle Cavalier passa la matinée en compagnie de sa fille, l’aidant à habiller et déshabiller ses poupons.
Elle se souvenait avoir longuement parlé à Pierre de son « secret ». Mais il y avait comme un blanc sur ce qu’elle avait pu lui dire concrètement et comment elle le lui avait dit.
À présent elle se sentait apaisée. Laissant son corps frissonner à l’évocation de cette étreinte toute de tendresse que lui avait offerte Pierre quand il était venu la chercher au petit matin.
Alors qu’elle s’apprêtait à préparer le déjeuner pour elles deux, la sonnerie de son portable vint crever sa petite bulle de douceur.
C’était le divisionnaire qui tenait à la féliciter et qui lui passa ensuite Derosier. Pour une sombre affaire de « tournante » dans un des groupes d’immeubles de la ZAC Dupleix.
« C’est pas vrai ! pensa-t-elle. Si même les flics se mettent à parler de tournante au lieu de viol collectif… »
Elle ne voyait pas en quoi cela concernait la Crim. Mais le commissaire principal Derosier y voyait l’occasion de relancer l’enquête sur les cinq crimes non élucidés des deux derniers mois car quatre des victimes avaient habité ce groupe
*. Et comme c’était elle qui avait été en charge de l’enquête sur le terrain…
– Mais nous n’avons jamais eu la moindre piste et aucun élément nouveau n’a été porté à notre connaissance…, opposa le capitaine Isabelle Cavalier.
– Justement, Cavalier ! C’est l’occasion de reprendre. Si on identifie ces petits violeurs et si on les secoue un peu, il y en a peut-être un qui parlera. C’est partout la loi du silence parmi les bandes de jeunes… Mais ce n’est par urgent, commencez demain. Je vous ferai porté le dossier dans l’après-midi par le lieutenant Lenoir qui a travaillé avec vous sur cette affaire et que le commissaire Antoine remet à notre disposition… Et puis, Cavalier, après cette sale affaire d’hier, ça vous fera comme des vacances, hein ? ajouta le commissaire en mettant fin à la conversation.
« Tu parles de vacances ! se dit le capitaine en mettant la table. Passer de l’inceste au viol… »
Elle aurait préféré une affaire de meurtre toute simple, genre rixe ou crime entre voisins. Même un petit règlement de comptes. Ça, c’étaient des vacances.
De son point de vue. Car un flic, c’est un peu comme un croque-mort, ça n’a pas la même perception des choses de la vie que tout un chacun.
Au moins elle aurait plaisir à faire équipe avec Gilbert Lenoir. Qui devait éprouver le même plaisir car il débarqua à quatorze heures trente. Pour la plus grande joie de Philippine qui passa un quart d’heure sur ses genoux avant d’accepter d’aller faire sa sieste.
– Je ne le sens pas, ce coup-là, et toi ? demanda Isabelle au lieutenant Lenoir.
– Moi non plus. Surtout qu’il n’y a pas grand-chose comme point de départ. Juste une rumeur et l’info d’un indic qui habite le groupe d’immeubles en question.
– Il est fiable ?
– Un type qui a fait de la taule
**. Une dizaine d’années. Quatorze ans et quelques mois. Il est sorti en avril 2002.
– Pour quelles raisons ?
– Meurtre et tentative de viol.
– Tentative seulement ?
– Pour le viol, oui, mais il a quand même cinq meurtres à son actif…
– Et c’est ça notre indic ! lâcha Isabelle Cavalier en levant les yeux au ciel. Mais pourquoi l’ont-ils remis si tôt dans le circuit ?
– Pour bonne conduite. Très bonne même, puisque qu’il a fait le mouton dans la section des activistes à la centrale de Moulins. Il paraît que c’est un bon indic, un peu bizarre comme bonhomme d’après ce qu’on m’a dit, mais un bon.
– C’est surtout un sacré salopard !
Le capitaine Cavalier enregistra l’information et sembla la ruminer quelques instants.
– Mais pourquoi on nous le sort maintenant, cet indic ? On en aurait eu besoin dès le début de l’enquête sur ces meurtres au couteau à désosser, en septembre…
– La DST se le gardait au chaud. D’après ce que j’ai compris, il a été prêté à la Crim pour relancer l’enquête. Il semblerait que la DST n’ait pas digéré la mort de son indic, celui qui s’est fait tuer quasiment à leur porte, le 11 septembre. Ahmed Larbi, tu te souviens ?
– Oui, celui dont Euh-Euh a été le témoin du meurtre. Bien sûr si je me souviens… Mais la DST, surtout avec son siège dans le quartier, a les moyens d’enquêter toute seule comme une grande sur cette affaire sans nous dévoiler un de ses agents et en se passant de nous ?
– Il y a peut-être un deal passé avec le patron de la Crim. Va savoir ! fit le lieutenant en haussant les épaules et en prenant un air désabusé. En plus, la DST a insisté pour qu’Antoine ne soit pas dans le coup cette fois. Ils ont une dent contre lui depuis la mort de leur indic !
Le capitaine se dit que Gilbert Lenoir devait être dans le vrai. En tout état de cause, ce ne serait pas une affaire simple.
– Et il s’appelle comment, notre « auxiliaire » ? demanda Isabelle Cavalier d’un ton maussade.
– Jean Ferniti.
– Et il a quel âge ?
– La soixantaine. Il est né en 42.
Isabelle se leva du canapé où elle était assise depuis le début de leur discussion et fit quelques pas dans le salon-salle à manger.
– Écoute, dit-elle, la baby-sitter de Philippine doit arriver d’une minute à l’autre. Dès qu’elle sera là, on file voir de quoi il a l’air, ce Jean Ferniti. D’accord ?
* Voir Euh-Euh !
* Voir National, toujours !


© Alain Pecunia, 2009.
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