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mardi 2 septembre 2008

Noir Express : "Cadavres dans le blockhaus" (C. C. IV) par Alain Pecunia, Chapitre 11 (suite et fin)

Chapitre 11 (suite et fin)





Il marqua une pause pour attaquer la dernière langoustine.
– Tu étais le pigeon idéal, quoi ! Ne m’en veux pas, s’empressa-t-il d’ajouter en voyant ma face cramoisie. C’est le business, c’est tout. Il n’y a rien de personnel et pardon s’il y a offense.
Je n’avais toujours pas dégoisé un mot mais j’en étais déjà à mon deuxième verre de muscadet sur lie tant j’avais la gorge sèche.
– Tiens ! pour te détendre, je vais te révéler un de ses petits secrets. Elle ne s’appelait pas Christine mais Georgette. Marrant, non ?
Moi, je ne trouvais pas. Ça me rendait encore plus con et elle pas moins salope.
Puis il se tut tandis que le serveur débarrassait.
Je m’efforçais de trouver une issue à mon impasse. Un moyen de remonter mon handicap. Reprendre l’avantage m’était encore hors de portée.
– Bon, fit-il, en attaquant son filet de bœuf. Assez parlé de Christine, scellons plutôt notre future association…
J’eus le courage de l’interrompre.
– Faut que je te dise, justement à propos de Christine…
– Quoi ? fit-il en haussant les épaules.
– Elle a disparu…
Il me regarda comme s’il avait affaire à un demeuré grave.
– Ben oui. Et alors ? Je t’ai dit que c’était pas un problème.
– C’est pas ça. C’est qu’elle a vraiment disparu.
– Arrête de me prendre pour un con, me coupa-t-il sèchement. Tu l’as butée, tu l’as fait disparaître. Je l’admets et je l’accepte… OK ? Cool, mec.
J’en pouvais plus. J’en avais presque les larmes au bord des yeux et j’arrivais pas à me faire comprendre avec des mots simples.
– C’est son corps qui a disparu… après. Et c’est pas moi qui…
Ça y est, il commençait à comprendre, se rembrunissant.
– Mais qui alors ?
– C’est là le problème, justement, fis-je tristement en haussant les épaules.
Pour lui aussi ce semblait être le problème. Mais je ne me sentais pas de taille pour lui raconter l’histoire du mannequin dans la baille. C’était trop compliqué pour lui le surnaturel. Sa branche, c’était le business. Comme on le lui avait appris à Sup de Co.
Maintenant, c’est lui qui avait moins faim.
– C’est toi qui m’appelais toutes les heures et qui attendais que je décroche pour raccrocher ?
– C’est quoi cette nouvelle connerie ? fit-il étonné.
C’était donc quelqu’un d’autre et je n’étais guère plus avancé sur la disparition de Christine et les coups de fil anonymes.
Mais quelqu’un ne nous voulait pas que du bien. Pour sûr !
Il en convint. Ce qui me réconforta.
– À nous deux, on va élucider ce merdier, dit-il. L’union fait la force !
Moi, justement, je me sentais moins seul et je n’avais plus envie de l’éliminer.
De toute façon, ce me parut au-dessus de mes forces. Pas pour le tuer. Mais après. Quand son cadavre se serait mis à vadrouiller comme celui de Christine.



© Alain Pecunia, 2008.
Tous droits réservés.

lundi 1 septembre 2008

Noir Express : "Cadavres dans le blockhaus" (C. C. IV) par Alain Pecunia, Chapitre 11

Chapitre 11





Le lundi 16, j’arrivai à La Baule à onze heures et demie. Prêt à improviser. Un quart d’heure plus tard, je trouvais une place à une cinquantaine de mètres du Casino. J’attendis midi pile pour sortir de la voiture et me diriger vers le Casino tout en essayant de reconnaître un visage connu parmi les passants.
Je ne reconnus personne et personne ne semblait m’attendre.
Quand – stupéfaction – j’aperçus l’ex de ma femme, Lionel Péroti, de l’autre côté du boulevard, côté mer. S’apprêtant à traverser et tout sourire.
« Manquez plus que lui ! » me dis-je avant de réaliser, puisqu’il se dirigeait vers moi, qu’il devait être le « grossiste ».
Mon effarement devait être visible.
– Surpris, non ? dit-il en me tapotant l’épaule.
J’étais surtout paumé.
– J’ai réservé une table au Castel Marie-Louise. Dans le jardin. Nous pourrons y discuter tranquillement, enchaîna-t-il tout en m’entraînant par le bras.
Je n’avais pas revu le premier mari de Christine depuis huit, neuf ans. Ce devait être peu avant le divorce. Il avait deux ans de plus que Christine et devait donc juste avoir dépassé la quarantaine. Grand, bronzé, sûr de lui et pas une trace de calvitie.
Nous n’échangeâmes pas un mot tant que nous n’eûmes pas atteint les jardins du restaurant. Il devait vouloir me laisser mijoter.
Il commanda d’office deux whiskies et me dit tout de go :
– Alors, Christine ?
Avec un sourire mi-moqueur, mi-indulgent.
Je ne savais quoi répondre. Pourtant j’en avais des réponses. Genre : « Cette salope s’est encore barrée ! » C’était d’ailleurs la plus simple et le plus plausible avec Christine. Il était bien placé pour le savoir. Pourtant je me tus. Je me sentais con, mais con ! Je n’avais même pas un début de lueur de compréhension. Mais il devait deviner mon ébranlement cérébral.
Le serveur avait apporté les boissons et l’ex commanda d’office des langoustines et un filet de bœuf pour nous deux.
– Elle va bien ? attaqua-t-il de nouveau tout en portant le verre à ses lèvres.
– Oui, oui…, dis-je machinalement.
Et là, l’enfoiré, il me fit le coup en vache. Imprévisible.
– Tu t’en es débarrassé comment ?
Je faillis m’en étrangler et mordre à pleines dents le rebord du verre. Je regardais l’ex éberlué.
– Tu n’es pas obligé de répondre. C’est ton problème et, à la limite, ça ne me regarde même pas, fit-il en balayant une miette imaginaire sur la nappe immaculée avec le bout de son couteau.
Je me sentais tout à coup redevenu petit garçon devant ce mec qui était pourtant de presque dix ans mon cadet. Son assurance m’intimidait et sa mansuétude me désarçonnait. J’avais quand même éliminé son ex-femme et intermédiaire.
– C’était quand même un super coup et une super salope, hein ? Quelle baiseuse divine !
Je n’appréciai pas outre mesure ce type d’appréciation. Il la jouait trop familier. Mais je continuai de me taire.
– Mais je ne te reprocherai rien. Elle devenait trop imprévisible et trop gourmande depuis qu’elle ne contrôlait plus sa consommation de coke. Elle devenait dangereuse, en fait.
Il me souriait toujours, mi-moqueur, mi indulgent.
– En fin de compte, tu m’as rendu un fier service. Tu as fait ce que j’aurais fini par devoir faire. Mais le meurtrier, c’est toi. Pas moi !
C’était donc ça, il croyait me tenir, le salaud.
Il attaqua ses langoustines de bon cœur et moi du bout des lèvres. Il jouissait de me voir dans la nasse.
– Puisqu’elle est, disons, disparue, je peux t’avouer un secret. Nous n’avons jamais été mariés. C’était juste une idée à elle pour mieux te ferrer. Elle avait tout de suite compris que tu étais un possessif et un exclusif.
Il se marrait presque, l’enfoiré. Se foutait de moi ouvertement.
– Mais, Christine et moi, nous avons toujours été partenaires, associés, si tu préfères. Toi, tu n’étais que la couverture et ton restau était un lieu stratégique idéal dans ce quartier friqué.



© Alain Pecunia, 2008.
Tous droits réservés.