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vendredi 3 juillet 2009

Noir Express : "Sous le faux étendard du Prophète" (C. C. XII) par Alain Pecunia, Chapitre 33

Chapitre 33





La première réaction de la police et des pompiers montreuillois fut d’attribuer cette explosion au gaz.
C’était l’évidence, à première vue, étant donné sa violence.
Une fuite qui forme une poche, et houp la boum !
Quand les corps furent découverts de dessous les gravats, plus ou moins par bouts et morceaux qu’il était difficile d’approprier précisément à son propriétaire – à qui le cervelet ou le morceau de moue ? –, on se mit à douter de l’explosion de gaz.
« On », c’est-à-dire les sapeurs-pompiers, car, curieusement, l’Intérieur semblait se désintéresser de l’affaire et trouvait satisfaisante la thèse du gaz.
Mais les pompiers s’entêtèrent et prouvèrent que les restes de sacoches avaient contenu de l’explosif. Que, curieusement, si l’on tentait de les reconstituer, ça ressemblait à l’attirail de base de tout kamikaze. Et que venaient faire ces Coran, trois pistolets automatiques et deux pistolets mitrailleurs de marque israélienne ? Et ces grenades retrouvées intactes dans une sacoche ?
L’Intérieur mit le holà et demanda aux pompiers de s’occuper de ce qui les regardait au lieu de se mettre à affoler les populations avec leurs élucubrations gratuites.
D’ailleurs, un communiqué du ministère, qui tombait à point nommé, coupa court à toute rumeur dans l’après-midi du 30 décembre.
« L’identité des cinq individus qui ont péri dans l’explosion qui s’est produite à Montreuil dans la nuit du 27 au 28 décembre n’a pu être déterminée, mais des analyses ADN sont en cours en vue de les identifier avec certitude.
« Toutefois, il est établi que ces cinq individus, inconnus des services de police, étaient liés au grand banditisme et qu’ils avaient entreposé une quantité importante d’explosifs qu’ils avaient probablement l’intention d’utiliser lors d’attaques de fourgons blindés ou de débits de tabac.
« En tout état de cause, ils auraient déclenché accidentellement l’explosion dans laquelle ils ont péri en manipulant lesdits explosifs. »



© Alain Pecunia, 2009.
Tous droits réservés.

jeudi 2 juillet 2009

Noir Express : "Sous le faux étendard du Prophète" (C. C. XII), par Alain Pecunia, Chapitre 32

Chapitre 32





Pierre Cavalier partit de chez lui vers dix-huit heures trente, juste au moment où Isabelle arrivait après être passée prendre la petite chez la baby-sitter du premier.
Après avoir embrassé tendrement sa femme et sa fille. En y mettant encore plus de tendresse que d’habitude.
– On m’a appelé. Il y a peut-être une piste, dit-il simplement en guise d’explication et pour soulager sa mauvaise conscience à l’égard d’Isa.
À vingt heures dix, il pénétra discrètement dans le sous-marin.
Il rejoignait l’équipe de nuit.
L’équipe de jour avait transmis deux nouveaux va-et-vient d’un jeune. Qui était revenu à chaque fois avec deux grands sacs de ce qui semblait être des provisions.
– Ou d’autre chose, commenta machinalement Pierre Cavalier sans penser à rien de précis.
Dans le fourgon aménagé en sous-marin et bourré de matériel divers d’écoute et de transmissions, régnait une odeur de sueur, de tabac et de cochonnaille.
Les transmissions pouvaient servir, mais pas l’écoute.
Cavalier avait renoncé à sonoriser la ruine servant de planque. Aucun de ses hommes engagés dans l’action ne comprenant un traître mot d’arabe.
L’équipe de trois hommes lui avait fait un peu de place. Mais c’était malgré tout étroit pour quatre.
Mais ils étaient contents que le commandant soit avec eux.
Pour Cavalier, c’était une question de point d’honneur.
Il voulait partager leur sale boulot et leur montrer qu’il en assumait toute la responsabilité.
À vingt et une heures, il accepta un sandwich au saucisson à l’ail et une bière blonde.
L’équipe s’installait pour la surveillance de nuit.
À présent, peut-être qu’avec un peu de chance et grâce à l’agitation de la DST, quelque chose allait bouger.
– Tiens ! en voilà un, dit le guetteur.
Pierre Cavalier regarda à travers la vitre sans tain.
C’était un des jeunes qui sortait de la boutique murée. Il venait de derrière le petit immeuble.
Ils le virent repasser une heure plus tard. Avec deux grands sacs de voyage, cette fois.
Merde ! une patrouille de police en voiture s’était mise à rouler au ralenti à sa hauteur.
– Pourvu qu’ils ne l’interpellent pas, ces cons ! dit le guetteur.
Le jeune la jouait naturel et eut le culot d’adresser un léger sourire aux occupants de la voiture de police.
Celle-ci accéléra et se désintéressa du jeune au moment même où il atteignait le petit immeuble condamné.
Il y eut un soupir de soulagement général dans le sous-marin.
Nouvelle alerte vers vingt-deux heures quarante-cinq.
Un nouvel arrivant. Qui fut identifié comme étant « Momo » selon la description fournie par la femme de Roger Bangros.
La pression monta d’un cran dans le sous-marin.
À minuit cinq, ce fut l’arrivée de Mourad.
Deux crans d’un coup, cette fois.
Pour bouger, ça bougeait.
Les trois hommes de l’équipe étaient devenus fébriles.
Le commandant Cavalier était satisfait de ne s’être pas trompé. Mais il ne partageait pas leur excitation.
L’attente fut ensuite longue.
Roger Bangros n’arriva pas avant deux heures et demie.
– Bingo ! dit le guetteur d’une voix étouffée.
Les trois hommes s’étaient tournés vers le commandant.
« Qu’est-ce qu’on fait ? » demandaient leurs regards.
Cavalier déglutit sa salive.
– On y va ! dit-il d’une voix qu’il aurait souhaitée plus assurée.
Il regarda une dernière fois à travers la vitre sans tain et se tourna vers l’artificier qui sortait d’un étui une télécommande.
– Passe-la-moi, lui dit-il en lui tendant la main.
L’homme marqua une légère hésitation et la lui tendit sous le regard étonné de ses deux camarades.
– Avant, on se déplace un peu. Ça vaut mieux.
L’un des hommes se mit au volant et dégagea le fourgon pour aller se garer une cinquantaine de mètres plus bas. En double file.
Par la vitre arrière, Cavalier constata que rien n’avait bougé.
Il se tourna vers ses hommes et arma la télécommande.
– Il y a juste ce qu’il faut ? demanda-t-il par acquis de conscience à l’artificier.
Celui-ci hocha la tête affirmativement.
– Comme vous me l’avez demandé, commandant.
Pierre Cavalier déclencha l’explosion.
Qui ne fut pas « juste ce qu’il faut ».
Même le fourgon fut fortement ébranlé par la violence de l’explosion.
Il ne restait rien de l’immeuble désaffecté sinon un tas de gravats.
Pas grand-chose, non plus, des voitures garées sur une trentaine de mètres de part et d’autre de la chaussée.
Sur la gauche de l’immeuble effondré, la supérette n’avait plus de vitrine et son toit s’écroula sur les linéaires. Sur sa droite, un autre immeuble condamné et voué également à la démolition, séparé par une impasse, s’effondra à demi sur toute sa largeur, verticalement.
Le fourgon de Cavalier dégagea au plus vite. L’artificier ne cessant de répéter :
– Je ne comprends pas, il y avait juste ce qu’il faut…
Au milieu d’un silence lugubre.
Puis Pierre Cavalier, d’abord « sonné », finit par comprendre que les jeunes avaient dû transporter des explosifs dans la boutique au cours de leurs va-et-vient. Ce qui n’avait pas été envisagé et dont on ignorerait à jamais l’usage éventuel.


© Alain Pecunia, 2009.
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mercredi 1 juillet 2009

Noir Express : "Sous le faux étendard du Prophète" (C. C. XII) par Alain Pecunia, Chapitre 31

Chapitre 31





Roger Bangros avait assisté à l’arrivée de la police au bas de son immeuble.
Il était cinquante mètres plus bas dans la rue Belgrand en train de garer son taxi.
Il les avait vus embarquer Janine.
C’était mauvais signe. Surtout qu’il n’était pas parvenu à localiser Alain Berthon de toute la journée. Berthon se planquait ou était allé demander aide et protection à la police.
Son plan avait foiré. Il était fondé sur l’assassinat de tous, sans exception, les membres du Comité révolutionnaire contre l’islamophobie de Collin.
Il ne fallait pas qu’il reste un seul témoin en vie susceptible de deviner et de dévoiler sa machination.
En fait, son groupe avait tué pour rien. Sauf, peut-être, s’ils faisaient un communiqué de revendication comme Momo l’avait suggéré.
Mais en avaient-ils encore le temps ?
Non, ils devaient mourir en martyrs de la vraie Foi.
Pour l’instant, planqué chez une vielle copine de fac d’avant sa conversion à l’islam et qui l’ignorait, il imaginait l’apothéose de leur action.
La nuit du 31 décembre. À minuit. Parmi la foule des Champs-Élysées.
– Nous sauterons en même temps que les bouchons de champagne ! dit-il à haute voix le regard émerveillé. Nous serons les « bulles » d’Allah !
C’était son plaisir, sa grande jouissance. Imaginer le carnage qu’ils feraient à eux cinq en se faisant exploser avec leur charge d’explosifs en plein milieu de la foule.
Il avait prévu l’endroit où chacun devrait se trouver. Suffisamment éloignés les uns des autres pour obtenir le maximum d’effets.
Des centaines de morts ! jubilait-il. Pas autant que le grand Ben Laden, mais bien plus que nos frères palestiniens ! Nous aurons osé frapper en plein cœur Paris et nous serons des martyrs de l’islam et les héros du monde arabe. Nous aurons œuvré pour la plus grande gloire d’Allah…
En attendant ce grand moment, ils se retrouveraient, comme prévu, dès cette nuit, à leur planque de Montreuil.
Ils prieraient et se réjouiraient ensemble d’être bientôt accueillis en martyrs au paradis d’Allah.



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dimanche 28 juin 2009

Noir Express : "Sous le faux étendard du Prophète" (C. C. XII), par Alain Pecunia, Chapitre 28

Chapitre 28





Le commandant Cavalier fut introduit auprès d’un principal et d’un divisionnaire.
Ils avaient l’air tendu mais firent ceux qui voulaient jouer franc-jeu. Lui révélant que le couple Berthon s’était décidé à se mettre sous leur protection après avoir entendu à la radio l’annonce du massacre des Lilas. Ils avaient débarqué vers dix-neuf heures trente. Affolés.
On le serait à moins, se dit Pierre Cavalier.
Bref, Alain Berthon était convaincu que Bangros avait décidé d’éliminer leur groupe. Mais il ne comprenait pas pourquoi. De ne pas être d’accord avec leurs projets terroristes n’était pas suffisant pour décider de les éliminer un à un.
– C’est évident, pourtant, intervint le divisionnaire. Ils en savaient trop. Ils représentaient une menace.
Alain Berthon leur avait dit tout ce qu’il savait sur le « Groupe de la Foi » et leur avait donné l’adresse de Roger Bangros porte de Bagnolet et fait une description de ses deux lieutenants, Mourad Boulaoua et Mohammed Bouchad.
Pierre Cavalier sourit intérieurement de leur cinéma.
Toutes ces informations qu’ils prétendaient tenir de Berthon, leur informateur Jérôme Cassard avait déjà dû les leur communiquer.
Cavalier s’abstint toutefois de le mentionner.
Le principal poursuivit en racontant qu’ils étaient intervenus peu après vingt-deux heures pour tenter d’interpeller Roger Bangros à son domicile.
Pourtant, se dit Cavalier, c’était la meilleure façon de le louper et de l’alerter. Bizarre pour de si grands professionnels.
Le divisionnaire prit ensuite la parole pour sous-entendre qu’il ne voyait pas d’inconvénient à relâcher la femme de Roger Bangros puisqu’elle était un informateur du commandant Cavalier, mais que, quand même, il fallait que les RG admettent que cette affaire était du ressort de la DST et qu’ils pourraient peut-être communiquer les informations en leur possession concernant le « Groupe de la Foi ».
Pierre Cavalier fit semblant d’hésiter. En fait, il était ravi.
– Écoutez, c’est entendu. Mais, de mémoire, je ne me souviens que d’une de leur planques, rue du Poteau. Dès demain, je vous communiquerai les autres lieux où ils seraient susceptibles de se réfugier.
– Pourquoi pas maintenant ? demanda le principal d’un ton mielleux.
– Je suis désolé, mais le dossier se trouve dans le coffre de mon directeur, répondit Cavalier d’un ton plein de bonne volonté.
Ils se séparèrent amis-amis et Pierre Cavalier put repartir en compagnie de Janine Bangros.
En se frottant les mains de satisfaction.



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samedi 27 juin 2009

Noir Express : "Sous le faux étendard du Prophète" (C. C. XII), par Alain Pecunia, Chapitre 27

Chapitre 27





Pierre Cavalier consultait souvent sa pendulette de bureau. Un cadeau d’Isabelle.
Elle l’avait appelé une heure plus tôt pour lui dire qu’elle était sur le chemin de leur domicile, rue du Commerce.
– Tu as encore du travail ? lui demanda-t-elle d’une voix radoucie.
– Oui, ne m’attends pas. Je dormirai ici.
– Ça avance de ton côté ?
– Oui, dit-il laconique.
– Je t’aime.
Elle avait raccroché avant qu’il eût pu répondre que lui aussi.
Nostalgique, il s’était laissé entraîner dans une rêverie amoureuse.
La sonnerie de son portable le ramena sur terre.
Il était minuit dix.
C’était une voix rogue.
– Commandant Cavalier ?
– Oui.
– Nous avons interpellé une certaine Janine Bangros. Cette personne prétend être sous votre protection.
Le ton d’interrogatoire de son interlocuteur commençait de lui déplaire.
– Elle est sous ma protection, c’est exact. Que lui reprochez-vous ?
– Elle est impliquée dans une affaire de terrorisme, répondit l’autre sur le même registre.
– Oh ! la la ! Comme vous y allez… Moi, je vous conseillerai de la relâcher. Elle n’a rien à faire là-dedans.
– Pas question ! C’est un témoin de première importance.
Ils ont marqué un point, se dit Cavalier. Ils savent que je suis obligé de venir négocier si je veux qu’ils la relâchent. Ça sera du donnant-donnant. Ils voudront que je leur lâche un max d’infos.
Le commandant Cavalier sourit. Il avait envie de leur faire plaisir.
Il avait également envie d’apprendre beaucoup d’eux.
Il prit les devants. Imaginant la surprise de son interlocuteur qui ne s’était toujours pas identifié.
– Vous voulez que je vienne ?
Il savait que son interlocuteur serait surpris de cette bonne volonté.
– Ça serait mieux pour tout le monde, finit par dire d’un ton embarrassé le policier de la DST.
Avant de quitter son bureau, Pierre Cavalier appela le responsable de l’équipe de Montreuil.
– Je vais rue Nélaton. Rien de changer. Autorisation accordée si ça bouge.
Le commandant Cavalier se fit accompagner par deux policiers de permanence. Par prudence.
Une demi-heure plus tard, il demanda à celui qui conduisait de stopper boulevard de Grenelle devant la grille d’entrée de la DST et leur demanda de l’attendre une heure. Jusqu’à deux heures du matin.
Au-delà, qu’ils réveillent le directeur.


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vendredi 26 juin 2009

Noir Express : "Sous le faux étendard du Prophète" (C. C. XII), par Alain Pecunia, Chapitre 26

Chapitre 26





La ligne spéciale du commandant Cavalier sonna discrètement à vingt-deux heures quinze.
– C’est fait, mais on a eu chaud, lui dit son interlocuteur. On était à peine remontés dans le sous-marin qu’on a aperçu deux jeunes de type maghrébin rentrer dans la ruine. À quelques minutes près, ils tombaient sur nous !
– Ils peuvent se rendre compte ?
– En principe, non. C’est indétectable.
Pierre Cavalier était soucieux. Qui pouvaient être ces deux types ? Des dealers ou des complices ?
Il n’eut pas le temps de retourner ses hypothèses dans tous les sens.
La ligne sonna à nouveau.
– Il y a les gus « d’en face » qui ont débarqué chez Bangros et qui viennent d’embarquer sa moitié. Qu’est-ce qu’on fait ?
– Vous les laissez faire. N’intervenez surtout pas pour la récupérer. C’est assez compliqué comme ça. Continuez la surveillance du domicile.
Et merde ! pensa le commandant après avoir raccroché. Il ne manquait plus que ça.
Il était étonné que ceux « d’en face », la DST, soient intervenus aussi rapidement.
D’accord, ils devaient être assez « énervés » après la mort de leur indic Jérôme Cassard. Ils connaissaient l’existence de Bangros et de son groupe par Cassard, mais quel sens cela avait-il que d’arrêter sa femme ?
On va encore se marcher sur les pieds, songea amèrement Pierre Cavalier. Et Bangros et ses deux acolytes risquent de se perdre dans la nature.
De toute façon, il n’avait pas l’intention de changer quoi que ce fût à son dispositif.
Il n’y avait pas d’autre solution et il ne lui restait qu’à espérer que ceux d’en face ne parviennent pas à mettre la main sur le « Groupe de la Foi ».
Surtout pas !



© Alain Pecunia, 2009.
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jeudi 25 juin 2009

Noir Express : "Sous le faux étendard du Prophète" (C. C. XII), par Alain Pecunia, Chapitre 25

Chapitre 25





À dix-neuf heures, Pierre Cavalier avait paré au plus pressé. Dans une heure, il aurait confirmation de la présence ou non de Bangros et de ses deux lieutenants dans la planque de Montreuil. S’ils n’y étaient pas, il savait qu’à partir de vingt-deux heures, le dispositif serait paré.
Cyniquement, il se dit que rien ne servait de courir après Berthon et sa femme. Ils réapparaîtraient d’une façon ou d’une autre.
Alain Berthon avait apparemment choisi de disparaître au lieu de se présenter au Quai des Orfèvres. C’était son choix. À lui de l’assumer.
Le commandant Cavalier relégua le sort du couple Berthon au dernier rang de ses préoccupations.
Il ne servait à rien de courir non plus après Roger Bangros et ses deux inséparables.
Il fallait l’attendre. Le contraindre à venir se réfugier à la planque de Montreuil.
À vingt heures dix, après avoir été informé que la planque était vide, Pierre Cavalier se rendit chez le directeur pour lui annoncer que la solution du « problème » n’était plus qu’une question de temps.
– Ce sera long ? demanda le directeur.
Le commandant haussa les épaules.
C’était le type même de la question stupide.
– Je l’ignore, monsieur, mais ce sera fait.
– Vous ne pouvez pas être plus précis ? C’est pour « en haut », ajouta-t-il en levant les yeux au plafond. L’Élysée n’arrête pas de me téléphoner. Depuis l’hécatombe de la canicule, ils ont tendance à s’inquiéter facilement. Vous voyez ce que je veux dire. Et là, il ne faudrait pas que les vœux de fin d’année du Président soient gâchés. Il y tient particulièrement. Je l’ai eu personnellement au téléphone. Il m’a demandé qui pouvaient bien être ces « dingues qui ne respectent même pas la trêve des confiseurs ». Je lui ai dit de ne pas s’inquiéter, mais je n’ai pas été foutu de lui répondre.
– Vous pouvez toujours lui dire que ce n’est pas le Mossad.
– Ah ! ce n’est donc pas le Mossad, dit pensivement le directeur. En un sens, mon cher Cavalier, je crois que ça aurait été préférable. On aurait pu s’entendre… Mais alors, qui est-ce ? Non. Ne me le dites pas. Comme ça je ne serai pas tenté de le répéter « là-haut »… Allez-y, mon vieux, foncez !



© Alain Pecunia, 2009.
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mardi 23 juin 2009

Noir Express : "Sous le faux étendard du Prophète" (C. C. XII), par Alain Pecunia, Chapitre 24

Chapitre 24





Pierre Cavalier renonça à tout tenter pour bloquer l’information du massacre du pavillon des Lilas.
Par son modus operandi, il ne pouvait être relié aux deux autres meurtres de Noël.
Personne n’avait été égorgé dans le pavillon.
Il serait aisé à l’Intérieur de dissocier ces meurtres des précédents.
Ils n’étaient reliés entre eux que pour les initiés. Personne d’autre ne savait, pour l’instant, que les victimes se connaissaient et appartenaient à un même groupuscule. À part leurs meurtriers.
Pour l’instant…
Mais cinq meurtres pour le réveillon et le jour de Noël, et tous concentrés sur Paris et sa proche banlieue, ça allait malgré tout faire désordre dans la crèche de la Nativité.
Son téléphone sonna à ce moment-là, mais Pierre Cavalier s’abstint de décrocher.
Ce devait être le directeur ou le ministre qui venaient d’apprendre le massacre de la famille Collin.
Il préféra s’éclipser discrètement des locaux de la Direction centrale des Renseignements généraux et aller chercher lui-même la clé de l’énigme.
Il se dirigea à pied vers le boulevard Malesherbes et rentra dans la première cabine venue après s’être éloigné d’une bonne centaine de mètres de la rue des Saussaies.
– Allô ?
Il reconnut immédiatement la voix de son informateur.
Janine Bangros l’avait également reconnu.
– Je suis seule, répondit-elle d’une voix angoissée. Il est sorti en début d’après-midi.
– Ce sont eux, n’est-ce pas ?
– Je crois, dit-elle d’une voix hésitante. Enfin, je veux dire que c’était dans leurs projets.
– Bien, je vous remercie. Je voulais être sûr.
– Vous m’avez promis, n’est-ce pas ?
– Oui, je ferai tout mon possible, mentit-il.
Il savait qu’il ne pourrait rien faire pour Roger Bangros. Il avait été trop loin dans le crime et l’horreur.
C’est le mardi 16 septembre que la femme de Roger Bangros s’était présentée spontanément rue des Saussaies.
L’informateur « spontané », comme la plupart, contrairement aux idées reçues.
C’était une jeune femme de trente-cinq ans, son mari en avait trente-huit, qui avait épousé Roger Bangros six ans auparavant. Deux ans avant sa conversion à l’islam, qu’elle avait prise pour une tocade. Elle, la politique, ça ne l’intéressait pas, mais, peu à peu, elle s’était rendu compte que son mari changeait. Ses nouveaux amis avaient une mauvaise influence sur lui. Alors elle voulait le protéger. En dénonçant ses « mauvais amis ».
Elle parla d’un certain Mohammed Bouchad, trente-quatre ans, informaticien, et d’un Mourad Boulaoua, vingt-sept ans, commercial, qui venaient souvent à la maison. Ainsi que de Gérard Collin.
Ils ne parlaient que de soutien à la cause palestinienne et de lutte contre le sionisme. Mais, après le 11 septembre 2001, ils étaient tous devenus comme enragés. Ne rêvant que de suivre les traces de leur héros Ben Laden. D’éliminer les Juifs de France et les incroyants. C’est à ce moment-là qu’ils avaient créé le « Groupe de la Foi » et commencé à parler de guerre sainte, de devoir sacré de tout musulman, etc. Même son mari disait maintenant « nous les Arabes », alors qu’il était de Dunkerque. Et puis il était devenu leur chef, leur « émir », comme disaient Mohammed et Mourad, et se faisait appeler « Oussama ».
Elle demandait seulement, en échange de ses informations, que son mari soit protégé au cas où ses amis le conduiraient à commettre des « bêtises ».
Pierre Cavalier lui avait alors demandé de l’informer régulièrement. C’est ainsi qu’il avait su que Gérard Collin et Roger Bangros avaient eu un différend, qu’ils s’étaient « fâchés », avait dit Janine Bangros.
Roger Bangros et ses acolytes avaient été mis « sous surveillance ». Une surveillance de routine qui ne donnait rien. Comme tant d’autres. Alors, puisque rien ne « bougeait », elle devint de plus en plus distante.
On avait juste repéré des lieux de réunion. Quelques planques. Dont une dans Montreuil. Une ancienne boutique à la devanture murée dans un petit immeuble de trois étages désaffecté et voué à la démolition. Elle avait attiré leur attention car Roger Bangros s’y rendait seul.



© Alain Pecunia, 2009.
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mercredi 17 juin 2009

Noir Express : "Sous le faux étendard du Prophète" (C. C. XII), par Alain Pecunia, Chapitre 19

Chapitre 19





Dans son studio de la place de Stalingrad, Mourad se remémorait les événements de cette soirée qu’il trouvait digne des glorieux faits d’armes des frères du GIA en Algérie.
Le frère chargé de surveiller les allées et venues au bas de l’immeuble de Saint-Ouen après la découverte du corps de Jérôme Cassard l’avait appelé dès qu’il avait vu arriver Gérard Collin. Vers vingt heures trente.
Le même frère qui avait passé un coup de fil anonyme à la police pour les prévenir peu après dix-neuf heures qu’un crime venait d’être commis. Et qu’il venait de commettre.
Mourad s’était tourné vers Samir-Oussama.
– Tu avais raison, Oussama, il est là-bas, avait-il jubilé.
Mourad était empli d’admiration pour son émir.
Il avait prévu que Gérard Collin serait entendu par les keufs et qu’ils auraient la voie libre.
Mourad était ensuite parti aussitôt pour le pavillon des Lilas en passant par Montreuil pour prendre deux frères dont c’était la première mission un peu spéciale.
À vingt-deux heures, il avait garé leur véhicule à une cinquantaine de mètres du pavillon des Collin.
Mourad voulait agir au plus vite.
Il envoya un des deux jeunes frères en reconnaissance.
Celui-ci revint un quart d’heure plus tard.
Tout semblait calme mais il n’avait pas pu apercevoir combien de personnes se trouvaient dans le pavillon étant donné que tous les volets étaient clos.
Mourad était contrarié. Il pensa composer le numéro du pavillon et se faire passer pour un ami des deux frères Collin. C’était la meilleure façon de savoir s’ils étaient là.
Mais la chance vint au-devant de lui.
Deux jeunes hommes remontaient la rue et pénétrèrent dans le pavillon des Collin.
– On y va ! dit-il.
Mourad et ses deux acolytes se séparèrent momentanément.
Mourad se présenta seul et c’est Josy qui vint lui ouvrir.
Elle connaissait bien Mourad. Il venait souvent à la maison avec Roger et Momo.
Elle était même soulagée de le voir là.
– Je suis contente que tu sois venu, Mourad ! Rentre.
– Je suis venu avec mes neveux, dit-il en indiquant les deux hommes qui se tenaient à mi-distance du perron et du portail.
– Mais qu’ils viennent, Mourad. C’est Noël !
Mourad appela les deux hommes en arabe.
Josy les fit entrer dans le salon où se trouvaient ses deux fils qui venaient juste d’arriver.
Un film sans son défilait sur l’écran du téléviseur. Un truc sur la guerre des Américains entre eux au XIXe siècle.
– Je regardais le film que mes fils m’ont offert en attendant leur retour, dit-elle en guise d’explication. Mais il y a plus important. Deux de nos amis viennent de mourir dans d’étranges circonstances…
Les mots se bloquèrent dans sa gorge.
Les deux accompagnateurs de Mourad avaient sorti de sous leur imperméable deux fusils à canon et crosse sciés et les pointaient sur ses fils.
– Je ne comprends pas, Mourad, dit Josy d’une voix blanche et les yeux grands ouverts de surprise.
Mourad eut un sourire triste.
– Excuse-nous, Josy, mais c’est pour la Cause.
Il se tourna vers ses deux hommes de main.
– Emmenez-les dans la chambre du bas, ordonna-t-il.
Josy esquissa un pas, mais Mourad lui barra le passage en brandissant un couteau de chasse.
– Tu restes tranquille, tu fais ce que je t’ordonne et ils resteront en vie ! Si tu te défends ou si tu cries, on vous tue tous !
Paniquée, Josy acquiesça.
– Allonge-toi ! lui ordonna-t-il en indiquant le tapis entre le téléviseur et le sofa.
Josy s’exécuta en lui lançant des regards inquiets.
Mourad poussa le son du téléviseur.
Il se mit à genoux à côté d’elle et arracha sa jupe.
Josy frissonna et le supplia du regard.
Mourad se plaça à genoux entre ses cuisses et coupa le slip avec le couteau.
Il s’allongea sur elle et la viola.
Josy pleurait.
Il se releva et lui intima l’ordre de ne pas bouger.
Il se dirigea vers la chambre sans se retourner et ordonna à ses hommes « d’y aller ».
L’un des deux hommes lui remit son fusil.
Quelques gémissements et des cris étouffés parvinrent jusque dans la chambre malgré le son du téléviseur.
Mourad contempla avec mépris les deux fils assis sur le bord du lit côte à côte et qui n’esquissaient pas le moindre mouvement.
Un quart d’heure plus tard, un des deux hommes revint.
– C’est terminé, dit-il en arabe.
Il avait une large griffure d’ongle sur la joue.
– Bien, dit Mourad en français. On descend à la cave ! dit-il en pointant son fusil sur les deux frères Collin. Ne craignez rien, on va juste vous attacher.
L’escalier descendant à la cave et au garage se trouvait à gauche de la chambre d’ami au fond du couloir. Les frères Collin ne pouvaient apercevoir le corps martyrisé de leur mère.
Les deux frères s’affolèrent quand l’un des hommes de main voulut les attacher ensemble.
L’aîné tenta de s’enfuir vers l’escalier.
Une décharge de 12 lui fracassa le dos.
Le cadet avait choisi la porte du garage.
Il s’acharnait sur la fermeture en pleurant.
Mourad marcha lentement jusqu’à sa hauteur et l’assomma d’un coup de crosse.
Puis il se dirigea vers celui qui avait tiré et le gifla violemment.
– Faites ce que vous avez à faire ! ordonna-t-il.
Les deux jeunes à peine sortis de l’adolescence semblaient hésiter.
– Si vous ne le faites pas, c’est moi qui vous le ferai, leur dit-il d’une voix posée.
Les deux jeunes se dirigèrent vers le cadet des Collin et l’étranglèrent avant de lui baisser le pantalon.
Ils pratiquèrent de même avec l’aîné.
Les hommes de main étaient livides et près de vomir.
Mourad monta chercher deux assiettes dans la cuisine.
– Mettez ça dessus, leur dit-il en leur tendant les assiettes quand il fut redescendu.
Il était vingt-trois heures quarante-cinq lorsqu’ils ressortirent avec mille précautions du pavillon. Après que Mourad eut pris le temps de rouvrir les volets du salon.
Samir-Oussama, Momo et lui-même avaient décidé la mort de Josy Collin et des deux fils à l’unanimité.
Josy savait trop de choses sur eux et les deux fils auraient pu les identifier aisément pour les avoir souvent vus se réunir chez eux avec leur père et ses amis du Comité.



© Alain Pecunia, 2009.
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